Vision d’Escaflowne
14 août 2006 | Par Zak | Publié dans Critiques | lu 905 fois
Vision d’Escaflowne (on va l’appeler Escaflowne tout court) représente un des fers de lance de la nouvelle vague de l’animation japonaise qui commença au milieu des années 90. Période où celle-ci atteignit son apogée après les sorties respectives de Neon Genesis Evangelion, Cowboy Bebop et du film Ghost in the Shell. En 1996, le studio Sunrise, jusque là surtout connu pour être à l’origine des différents opus de Mobile Suit Gundam et de City Hunter, se voit chargé de produire une série extrêmement ambitieuse signé Shôji Kawamori et du collectif Hajime Yatate. Récit chevaleresque et guerrier, univers mêlant magie et technologie, idylles amoureuses, Escaflowne avait déjà tout en main pour devenir le futur classique qu’il est devenu au fil des années. Petit retour sur les aventures de Hitomi, Van et Allen…

Hitomi Kanzaki est une jeune lycéenne de 16 ans qui possède le don de lire l’avenir dans les cartes de tarot. Lors d’un exercice sportif, un jeune garçon du nom de Van Fanel, venu de nul part apparaît devant elle, en plein combat contre un dragon. Grâce à l’aide d’Hitomi, il terrasse la bête. Van a juste le temps de s’emparer du cœur du dragon avant qu’un rayon lumineux entraîne nos deux héros dans un autre monde, celui de Gaïa. Déboussolé par son voyage, Hitomi a la surprise de voir dans le ciel, la Terre, que les habitants de Gaïa appellent « la Lune des illusions ». Ils décident alors de rejoindre le royaume de Fanelia, la patrie de Van. Sur place, la capitale est attaquée par les troupes de Zaibacher, un empire maléfique qui prône la création d’une nouvelle ère. Van se voit alors obligé de libérer Escaflowne, le Guymelef légendaire avec le cœur du dragon. Avec Hitomi, il fuit le pays… Considéré à juste titre comme un pilier de l’animation japonaise, Shôji Kawamori (Macross Plus, Macross Zero, Arjuna ou récemment Aquarion) supervise le projet. Il laisse la réalisation à Kazuki Akane (Heat Guy J). Parmi les membres du staff technique, on retrouve Shinichiro Watanabe (réalisateur de Cowboy Bebop et Samurai Champloo) au poste de storyboardeur ou encore Toshiyuki Tsuru, futur metteur en scène de Gungrave en tant qu’assistant du directeur de l’animation. Du beau monde donc, mais Escaflowne a surtout permis à une compositrice de génie de s’exprimer pleinement. Les partitions de Yoko Kanno (Cowboy Bebop) donnent une véritable dimension épique au récit. Très variée, la bande originale navigue constamment entre les genres : chants grégoriens pour symboliser la guerre, musique douce et envoûtante pour une scène romantique ou diverses envolées lyriques pour les séquences dramatiques. Sans Kanno, il serait fort à parier que la réputation de Escaflowne ne serait sûrement pas aussi grande.

Le point de départ de la série est pour le moins classique : une héroïne se retrouve plongée dans un monde imaginaire à l’influence moyenâgeuse. Non seulement Hitomi se retrouve au centre des intrigues amoureuses (l’aspect shôjo étant ici particulièrement important) mais aussi au centre du destin du monde. Son pouvoir de divination fait qu’elle attise la curiosité de l’Empire Zaibacher, faisant d’elle la cible numéro une. Van, jeune guerrier fougueux tourmenté par la trahison de son propre frère, Folken (qui est devenu un général de l’Empire Zaibacher) et Allen, chevalier céleste et grand séducteur vont tout faire pour la protéger. Nos héros combattent dans de gigantesques méchas appelés communément Gyumelefs (Escaflowne est le plus puissant de tous et seul Van a le pouvoir de le piloter). Le mélange de fantasy et de mécha est étonnant et donne une dimension unique à l’œuvre de Kawamori. Escaflowne compte un panel d’influences nombreuses notamment envers Star Wars. En effet, sa structure narrative est pratiquement similaire : la destruction de Fanelia oblige Van à fuir comme Luke Skywalker lorsque son oncle et sa tante sont tués ; il commence alors une quête initiatique avec pour but la maîtrise de Escaflowne comme Luke et son sabre laser ; le traitement de la relation entre Van et Folken n’est pas s’en rappeler celle entre Luke et son père, Dark Vador. Bref, l’œuvre de George Lucas plane tout autour de Escaflowne, ce qui est plutôt un compliment. Dommage que les intrigues amoureuses soient complètement ratées car trop ancrées dans le style shôjo. Celles-ci parasitent le bon déroulement de l’intrigue principale à de nombreuses reprises. Hitomi est un personnage ultra caricatural, incapable de reconnaître ses véritables sentiments (son cœur balance entre Van, puis Allen, puis Van, pfff…), ce qui entraîne d’interminables scènes de dialogues niaiseux qui frisent l’indigestion. Seul le final fera jaillir une émotion brute et bouleversante.

Malgré une animation statique (et qui commence sérieusement à dater), Escaflowne impressionne de part la richesse et la diversité de ses décors. L’architecture des différentes villes s’inspire de Venise pour Palas ou celle de Los Angeles du film Blade Runner pour Zaibacher. Le chara design au style épuré et immédiatement identifiable de Nobuteru Yuki (Xenosaga : The Animation) renforce l’aspect shôjo de l’œuvre. Ajouter à cela une technique innovante pour l’époque avec l’incrustation de nombreux éléments en 3D (les capes mimétiques des méchas Zaibacher), on obtient un classique certes contestable sur certains points mais avant tout un authentique récit romanesque comme on aimerait en voir plus souvent.