Trigun
29 septembre 2006 | Par Zak | Publié dans Critiques | lu 109 fois
Concurrent direct de Cowboy Bebop en 1998 (leur diffusion commença en même temps à deux jours près), Trigun s’inscrit dans un registre similaire avec un début d’aventure assez potache qui va peu à peu sombrer dans la noirceur la plus totale. Néanmoins, la série de Satoshi Nishimura (Hajime no Ippo), ne glanera pas au fil du temps la même réputation que celle de Shinichiro Watanabe, faute d’une animation inégale et d’une première moitié relativement puérile (mais très drôle aussi). L’animé est adapté du manga éponyme de Yasuhiro Nightow et compte 26 épisodes. On retrouve parmi le staff des habitués de chez Madhouse Studios, notamment le scénariste Yôuke Kuroda (Gungrave et Hellsing Ultimate), le compositeur Tsuneo Imahori (qui, à l’instar de Gungrave signait ici un opening uniquement musical) ou encore le directeur de l’animation et chara designer Takahiro Yoshimatsu (Ninja Scroll et Jubei Chan - The Ninja Girl).

Sur une planète brûlée par la présence de deux soleils, deux employées de la société d’assurances Bernardelli, Meryl Stryfe et Milly Thompson, ont pour mission de retrouver et de surveiller nuit et jour celui que tout le monde appelle le “Humanoid Typhoon”, Vash the Stampede. Sa tête est mise à prix 60 milliards de dollars car partout où il passe, c’est le désastre. De nombreuses rumeurs courent à son sujet et personne ne sait vraiment à quoi il ressemble. Tout ce que l’on sait, c’est que plusieurs villes ont été rasées à cause de lui. Meryl et Milly tombent au cours de leurs recherches sur un homme un peu idiot et qui n’a pas peur de se couvrir de ridicule. Il se révèlera être le fameux Vash the Stampede, en réalité un tireur d’exception mais qui refuse plus que tout la mort de quelque être vivant que ce soit. Seulement, les problèmes ne font que le suivre où qu’il aille, entre les personnes voulant sa tête pour la mise à prix et un incroyable passé que tout le monde ignore. Malgré un background ouvertement inspiré du genre western (sable, saloon, ville fantôme, duel, etc.), Trigun est avant tout une œuvre pacifiste (qui est en contradiction avec un genre plutôt violent). Aussi bizarre que cela puisse paraître le héros ne cherche pas ici la confrontation et ce malgré son indéniable talent de tireur (il n’a même jamais tué personne). Sa réputation étant désastreuse (il attire les catastrophes), Vash cache sa véritable identité (et nature) sous l’aspect d’un gus un peu couillon, gauche mais surtout immédiatement sympathique. C’est la force première de Trigun, il suffit d’un seul épisode pour que l’on s’attache au personnage principal. J’appellerai ça un véritable tour de force. Après quelques épisodes indépendants présentant les différents protagonistes, la trame principale se met rapidement en place. Le ton léger et rafraîchissant de l’ensemble (malgré le désert) laisse place a un règlement de compte entre deux frères ennemis : l’ange et le démon.

Dans ses aventures, Vash the Stampede est accompagné par les deux assureuses, Meryl et Milly, chargées de le surveiller et ainsi d’éviter que leur entreprise débourse des sommes astronomiques en dédommagement. Bien que dur de caractère (et extrêmement têtue), Meryl va, au fil des épisodes, s’attacher à notre héros. Elle ira même jusqu’à le défendre de sa fausse réputation de typhon humanoïde. Milly a plus le profil de la femme-enfant (malgré sa taille démesurée) avec sa voix fluette et sa récurrente bonne humeur. Le personnage de Vash (doublé par l’excellent Masaya Onosaka) est de facture assez classique puisque qu’il se situe entre un Ryo Saeba, Lupin et Cobra (avec un zeste de Terence Hill), c’est-à-dire l’archétype du héros charismatique, dragueur, maladroit mais balèze quand même et surtout qui cache un passé sombre. Vash est clairement un pacifiste, préférant se faire insulter, voir se faire rouer de coups et ainsi éviter un bain de sang (notamment lorsqu’il se cache sous une autre identité après avoir détruit une partie de la lune). Le fait de rester évasif lui permet surtout d’oublier un passé marqué par la violence. Au fil d’un voyage, Vash se lie d’amitié avec Nicholas D. Wolfwood, un prêtre itinérant pas très catholique. En effet, le bonhomme se balade avec une énorme croix sur le dos qui se trouve être une arme dévastatrice. À l’instar de Vash, Wolfwood cache un passé trouble par un côté comique prononcé. Une seule chose semble les différencier : le droit de tuer. Vash lui rappelle à de nombreuses reprises (“tu ne tueras point, t’as oublié ? C’est qui le curé ici ?”), ce qui entraîne de violentes discussions sur le thème entre les deux amis (tuer ou être tuer). Mais Vash ne veut rien entendre. Son manteau rouge symbolise sa détermination, celle de préserver la vie, à tout prix. Vash et Wolfwood sont loin d’être des héros indestructibles. Au contraire, ils sont très fragiles et luttent contre un passé qui finira bien par resurgir. Rien ne semble briser l’amitié forte qui unit les deux hommes. Pas même la mort.

Finalement, le passé de Vash refait surface. Il y a plus de 100 ans, Vash et Knives sont nés d’une centrale (source d’énergie alimentée par des créatures mutantes) dans un vaisseau spatial censé coloniser les planètes après la destruction de la Terre. Bien qu’humains en apparence, les deux enfants possèdent des facultés extraordinaires. Rem, un membre d’équipage leur enseigne les notions du respect de la vie. Néanmoins, Knives va développer de la haine envers la race humaine et il va tuer tout le monde. Les deux enfants, seuls survivants du désastre, débarquent sur une planète désertique. 130 ans plus tard, Knives réapparaît. L’affrontement final peut commencer. Apparaissant en toute fin d’histoire, Knives n’est finalement qu’un psychopathe qui ne souhaite que la destruction : la Némésis de Vash en somme. Un personnage finalement peu marquant mais qui aura le mérite de nous offrir un combat final renversant (sans parole, ni musique). Seul son bras droit, Legato Bluesummers, possède une véritable aura charismatique digne de ce nom. Alors que la bande des Gun-Ho Guns cherche uniquement a tuer Vash (contrairement au manga, leur participation est anecdotique), Legato veut le faire souffrir, faire souffrir son âme. La fascination que ce personnage exerce sur le spectateur en devient malsaine. Dévoué corps et âme à Knives, il poussera Vash dans ses retranchements et l’obligera à commettre l’irréparable : un meurtre. Legato sacrifiera sa propre vie dans une scène proprement hallucinante (qui rappelle fortement le final de Seven). La religion, ou plutôt le symbolisme chrétien tient une place prépondérante au sein du récit (les signes religieux tels que les croix). Si Wolfwood a l’apparence de l’homme d’Église, c’est Vash qui en possède les préceptes. Son idéologie le rapproche énormément d’un certain Jésus Christ : à la fin, il pardonne son ennemi en le soignant, permettant ainsi à la série de s’achever sur une formidable note d’espoir.

Bien que techniquement inférieur à Neon Genesis Evangelion ou Cowboy Bebop, Trigun n’en reste pas moins un classique définitif des années 90. Et cela, en grande partie grâce à la personnalité de son héros, Vash the Stampede, ainsi que par les thématiques abordées qui font de cette série une superbe leçon de vie. Love and peace !