The Place Promised in Our Early Days
30 juin 2006 | Par Zak | Publié dans Critiques |
Makoto Shinkai, nouveau prodige de l’animation japonaise est à l’origine un ancien du monde du jeu vidéo où il s’occupait de cinématique. Ambitieux, il quitte le domaine et se lance dans la réalisation d’un court-métrage de 5 minutes She and Her Cat (2000), puis d’un OAV de 25 minutes, The Voices of a Distant Star (2002). Après s’être fait un nom, il a pu enfin s’attaquer à un projet plus important : The Place Promised in Our Early Days (Kumo no Mukou, Yakusoku no Basho, aussi connu sous le titre Beyond the Clouds, The Promised Place). Alors qu’au début, cette histoire n’aurait dû être qu’un OAV, Shinkai décida d’en faire un long-métrage de cinéma. Le film sort en novembre 2004 dans un nombre restreint de salles (comme Mind Game), mais assez pour se forger une réputation dans le monde entier. Petite anecdote sympa : on retrouve au générique en tant que directeur de la post-production, Yuji Mitsuya, le célèbre seiyuu de Shaka et Mime dans Saint Seiya.

Après une guerre, le Japon est divisé en deux parties et est occupé. L’Union s’occupe d’Hokkaido et de ses alentours alors que les États-Unis contrôlent le sud de l’île. Hiroki Fujisawa et Takuya Shirakawa sont deux jeunes écoliers vivant dans la préfecture de Aomori. Ils sont inséparables et rêvent un jour de voler dans le ciel et d’approcher la mystérieuse tour se trouvant à Hokkaido, de l’autre côté du détroit de Tsugaru. Ils sont tous deux amoureux de la belle et mystérieuse Sayuri Sawatari. Alors qu’ils construisent l’avion de leurs rêves, le Velaciela, à partir de pièces de récupération, ils vont impliquer Sayuri dans leur rêve et ainsi se faire une promesse à trois. Un jour, ils iront à l’endroit de leurs rêves, ils toucheront cette tour. Peu de temps après, Sayuri devra partir pour Tokyo car elle souffre d’une maladie inexplicable provoquant chez elle des troubles du sommeil. Notre trio va alors se séparer pendant plusieurs années. La situation géopolitique du Japon est tendue, une guerre entre les États-Unis et l’Union est sur le point de commencer. The Place Promised in Our Early Days est scindée en deux parties : la première, très nostalgique, nous conte l’histoire d’amitié que vont vivre les trois adolescents au cours d’un été. La seconde, plus dramatique, nous entraîne dans un Japon au bord de l’éclatement. Takuya travaille désormais pour l’armée et étudie la tour, tandis que Hiroki est à l’université et déprime tout seul (la solitude est un des thèmes centraux du film). Alors que le rêve de s’évader par-delà les nuages était la raison de vivre de Takuya et Hiroki, l’espoir semble avoir disparu. Alors que le destin veut que nos héros soient à nouveau réunis, le passé ressurgit et le rêve va pouvoir enfin se réaliser. Le film de Makoto Shinkai est une interprétation personnelle de La Belle au bois dormant. En effet, cet aspect de conte est très présent par cette ambiance onirique qui règne donnant un cachet fantaisiste à une histoire pourtant ancrée dans la réalité.

Le film n’est pas exempt de défauts, loin de là. La transition entre les deux segments est trop abrupte (on passe directement du rêve au cauchemar) et la seconde partie est trop courte. Il aurait fallu une bonne demi-heure supplémentaire pour s’intéresser de plus près aux divers enjeux politiques et militaires pour rendre la narration moins laborieuse. Par contre, l’aspect graphique est presque irréprochable. Les décors sont sublimes, les effets de lumières superbement rendus, bref, on est impressionné devant un tel tourbillon d’images fortes, accentuées par une esthétique envoûtante. Seul ombre au tableau : un chara design trop simpliste. Au final, The Place Promised in Our Early Days est une œuvre d’une étonnante sensibilité où l’amour représente la dernière source d’espoir pour nos héros dans un monde voué à s’autodétruire. C’est beau.