Texhnolyze
25 novembre 2006 | Par Zak | Publié dans Critiques | 1 Comment | lu 867 fois
Savez-vous quel est le point commun entre Serial Experiment Lain, NieA_7, Ailes grises et Texhnolyze ? Vous l’aurez sûrement déjà deviné, il s’agit du créateur, ou plutôt des créateurs puisqu’ils sont deux : Yasuyuki Ueda et Yoshitoshi ABe. Le producteur couillu et l’illustrateur de génie ont marqué de leur empreinte le petit monde de la japanime ces dernières années avec leurs œuvres subversives, atypiques, torturées, expérimentales et irrémédiablement marquantes. Texhnolyze, produit chez Madhouse Studios, s’inscrit dans la continuité de Serial Experiment Lain (bien plus que les autres titres – plus légers – du tandem). Diffusé courant 2003 sur l’Archipel, Texhnolyze (22 épisodes) a fait l’effet d’une bombe, refusant tous les impératifs commerciaux au profit d’une histoire de destins croisés sur fond de fin du monde.

Ichise est un jeune boxeur vivant de combats illégaux dans la cité souterraine de Lux. Abandonné par les gens de la surface et dirigé par les gangs, la ville meurt à petit feu chaque jour. L’espoir a disparu et la mort rode à tous les coins de rue. Un jour, Ichise se rebelle contre son employeur et s’enfuit. Las d’être exploité dans des matchs truqués et d’être considéré comme un objet sexuel par sa patronne. Rattrapé par des yakusas, il perd un bras et une jambe lors de cette expédition punitive. Alors qu’il allait mourir dans le caniveau, il est recueilli par un médecin spécialisé dans la texhnolyzation. Ce procédé technologique permet de remplacer les membres amputés par des prothèses cybernétiques. Pendant ce temps, Yoshii, un visiteur de la surface arrive à Lux dans le but de déstabiliser la paix entres les gangs et mener la ville définitivement à sa perte… Texhnolyze est la première réalisation d’Hiroshi Hamasaki. Cet ex-animateur du studio Madhouse a fait ses armes chez Yoshiaki Kawajiri et Rintaro, notamment sur quelques chefs-d’œuvre tels que Ninja Scroll, Vampire Hunter D : Bloodlust ou Metropolis. Il est donc logique que sa mise en scène fasse preuve d’autant d’audace et d’expérimentations visuelles. Le premier épisode est, à ce titre, un maelström d’images hypnotiques (le premier dialogue n’arrive qu’au bout de onze minutes !) provoquant une immersion sensorielle déstabilisante. Les couleurs définissant l’univers de Texhnolyze (ocre, gris, brun… Et puis c’est à peu près tout) confèrent une identité visuelle à l’ensemble et définit parfaitement l’ambiance apocalyptique se dégageant des ruelles de Lux. Cette cité labyrinthique hostile et lugubre, véritable personnage central de l’histoire est le dernier bastion d’un monde sur le point de s’éteindre.

C’est dans ce lieu de perdition que s’entrecroisent les destins de plusieurs personnes. Tout d’abord celui d’Ichise, jeune loup enragé et mutilé qui va devoir accepter ses nouveaux membres. Ce dernier finira par rejoindre le gang de l’Organo, sous l’aile d’Ohnishi, l’un des membres influent, lui-même texhnolyzé. Ichise est aussi lié à Ran, une jeune fille à l’allure fantomatique pouvant voir le futur (elle lui a permis de survivre). Malgré son air austère, Ran représente le symbole de l’espoir pour les habitants de Lux du fait de son statut de prophète. Le désespoir, lui, est incarné par Yoshi, ce mystérieux individu « d’en haut » venu dans la cité souterraine pour y mener la zizanie et ainsi accélérer les choses… Car de toute façon, on mourra tous bientôt. Le scénario (brillant) de Chiaki Konaka (Serial Experimental Lain) ne laisse aucun répit au spectateur. La réflexion sur l’avenir de l’humanité est radicale et désespérée. Si la texhnolyzation représente pour certains une évolution de l’être humain, pour d’autres elle est synonyme de déshumanisation. C’est pourtant grâce à ses nouveaux membres qu’Ichise va s’humaniser et trouver un but dans sa vie. Mais avant cela, il doit parcourir un long chemin pour les accepter en tant que parties de lui-même. Les thématiques de Texhnolyze rappellent fortement celles du cinéaste canadien David Cronenberg, notamment cette fascination morbide pour la « nouvelle chair ». Par exemple, Crash est directement cité : Doc, la spécialiste en texhnolyzation, conçoit la fusion entre la chair et le métal comme un acte sexuel. Mais derrière sa facette d’œuvre de science-fiction, c’est notre monde que Texhnolyze égratigne… Non, mutile plutôt ! Il est évident que la société actuelle nous déshumanise de plus en plus. Deux problèmes majeurs sont en cause : l’absence de communication entre les individus (ce qui peut entraîner au pire des cas la guerre, comme cela est décrit ici) et l’uniformisation de notre vie (la bureaucratie en prend pour son grade lors du bref passage à la surface).

On notera au passage la participation de Juno Reactor pour l’opening, groupe de transe qui s’est fait connaître sur des films tels que Mortal Kombat ou la trilogie Matrix. Ainsi que l’excellent score de Hajime Mizoguchi (Jin-Roh, la brigade des loups et dernièrement Jyu Oh Sei) retranscrivant à merveille l’ambiance apocalyptique de la cité de Lux. Une chose est sûre, tout le monde n’accrochera pas à Texhnolyze. En effet, Son côté hermétique, sa froideur et surtout son nihilisme outrancier risque de rebuter bon nombre de personnes (surtout les dépressifs !). Pour les autres, attendez-vous à une œuvre jusqu’au-boutiste qui vaut largement Serial Experiment Lain… Ce n’est pas un mince exploit.
15 août 2007 à 04:44 (#)
thank you for accepting me