Sword of the Stranger

9 juin 2008  |  Par Zak  |  Publié dans Critiques  |  14 commentaires  |  lu 1 210 fois

Depuis sa création voici dix ans, le studio BONES n’a cessé d’accumuler les succès critiques et publics en proposant un panel de titres variés, ciblant tous les types de public tout en jonglant entre les adaptations de mangas (Fullmetal Alchemist, Jyu Oh Sei) et les projets originaux (Darker than Black, Eureka Seven). Bien que le studio ait fait une grosse partie de sa réputation sur le film Cowboy Bebop : Knockin’ on Heaven’s Door dont il avait assuré la coproduction avec Sunrise, BONES n’a que peu œuvré au cinéma pour l’instant. Il y eut bien sûr le film résumé RahXephon : Pluralitas Concentio en 2003, puis Fullmetal Alchemist : Conqueror of Shamballa en 2005, qui sont tous les deux des films tirés d’une série TV. Mais il aura fallu attendre septembre 2007, pour voir le premier long-métrage pensé comme une œuvre de cinéma à part entière : Sword of the Stranger de Masahiro Ando.

Poursuivi par des Mings venus de Chine, le jeune Kotarô et son chien Tobimaru rencontrent un ronin, Nanashi (littéralement “Sans Nom”), hanté les cauchemars de son passé et qui désormais a scellé son katana. Kotarô engage le samouraï déchu comme garde du corps pour que ce dernier l’escorte durant son voyage. Pendant ce temps-là, Rarô, un guerrier blond aux yeux bleus travaillant pour les Mings semble plus motivé par la recherche d’un adversaire digne de ce nom que par l’enfant… Véritable hommage à un genre ultra populaire en son temps mais qui aujourd’hui est en voie de disparition, Sword of the Stranger (ou Stranger - Mukoh Hadan dans sa version originale) est un authentique chambara historique et violent à l’ancienne délaissant tout aspect fantastique si à la mode dans les derniers avatars du genre (aussi bien à la télévision, qu’au cinéma). L’histoire se déroule durant l’époque Sengoku (milieu du XVème siècle jusqu’au début du XVIIème), dans une période trouble de conflits permanents mais aussi de transition vers l’ère de la modernité qui marquera la réunification du pays après maintes guerres civiles. C’est aussi une période où le commerce avec la Chine, alors considéré comme le pays le plus avancé au monde, était fleurissant. Le film retranscrit avec une certaine précision le cadre historique de l’époque avec notamment la confrontation entre deux nations voisines que tout oppose. D’un côté les Mings, des guerriers entraînés, loyaux, voué à un Empereur et de l’autre des japonais montrés comme des traîtres, des opportunistes, des voleurs, voir comme des assassins. Durant cette période de chaos, les trahisons furent monnaies courantes et nombres de seigneurs nippons se sont retrouvés avec une lame dans le dos. Une scène du film sur la fin symbolise bien cela lorsque, Itadori n’hésite pas à sacrifier son propre seigneur prisonnier de l’ennemi et ainsi prendre sa place.

Pour mettre en images cette histoire, BONES a mis quelques-uns des ses meilleurs éléments à commencer par Masahiro Ando, dont c’est la première réalisation mais qui a fait ses armes chez Mamoru Oshii (Ghost in the Shell) et Rintaro (Metropolis) en tant qu’animateur clé. Qui plus est, il a notamment participé aux storyboards des séries Fullmetal Alchemist et RahXephon, tout en assurant la réalisation de quelques épisodes. L’expérience est là et cela se voit à l’écran puisque la maîtrise du cadre et de la gestion de l’espace sont bluffantes durant les séquences d’actions. Il faut aussi prendre en compte que Sword of the Stranger est avant tout un projet personnel mené par le réalisateur depuis 2003, dont il avait réalisé un film pilote dans le but de vendre l’idée au studio. À cela, on peut ajouter le travail exceptionnel de l’équipe technique notamment le directeur de l’animation Yoshiyuki Ito (chara designer de Fullmetal Alchemist et Soul Eater) et du chara designer Tsunenori Saito (directeur de l’animation sur RahXephon, Mars Daybreak et Wolf’s Rain). Sans avoir le même budget, Sword of the Stranger n’a pourtant aucun mal à foutre la honte au récent Highlander de Yoshiaki Kawajiri. Ce qui au premier abord peut paraître insensé vu le bagage du cinéaste responsable de chefs-d’œuvre tels que Ninja Scroll ou Vampire Hunter D : Bloodlust. Entre un combat final mis en scène avec efficacité certes mais sans grand génie chez Kawajiri et un autre proprement hallucinant, multipliant les plans virevoltants comme un travelling circulaire en plein affrontement et surtout d’un dynamisme rarement vu dans un film d’animation, le choix est vite fait ! La rixe, très chorégraphiée, entre Nanashi et Rarô est la plus impressionnante et spectaculaire depuis celle entre Jubei et Gemma dans… Ninja Scroll. L’élève a dépassé le maître. D’autant que cette virtuosité ne s’étale pas uniquement sur quelques minutes mais bien sur toute la durée du métrage (même si les vingt dernières s’avèrent les plus réussies).

On doit le scénario à Fumihiko Takayama, scénariste sur RahXephon mais il est surtout connu pour avoir réalisé les OAV Mobile Suit Gundam 0080 et le film Patlabor WXIII. Sans être révolutionnaire, le script pioche avec adresse à droite et à gauche dans les diverses histoires de samouraïs dont le cinéma nippon nous a abreuvées durant quelques décennies. Ainsi, Nanashi est un ronin blasé en quête de rédemption. Bien qu’au début il accepte d’escorter Kotarô pour l’argent, il va peu à peu se lier l’amitié avec lui jusqu’à prendre son job comme un expiatoire des ses péchés antérieurs. Forcément, il en viendra à sortir à nouveau son épée de son fourreau pour protéger le jeune garçon (lors d’une scène à en donner des frissons !). Et si à la fin, Nanashi doit la vie sauve à la pierre que lui avait donnée Kotarô, cela se traduit par la rédemption cherchée au début. Sa conscience est libre. Rarô est un personnage plus énigmatique du fait de ses origines que l’on devine européennes mais aussi pour son véritable but dans l’histoire. Rarô évoque ses guerriers mythiques, tel Achille, incontrôlables pour leur souverain et souhaitant avant tout la gloire par l’épée. Pour cela, il cherche une lame à sa mesure et Nanashi semble être l’adversaire idéal. Rarô ira même jusqu’à trancher les deux bras de son chef, qui allait abattre Nanashi avec un fusil, pour avoir l’honneur de combattre avec le ronin. Sword of the Stranger impressionne par son approche décomplexée de la violence, là où la Toei et leurs récents films Hokuto no Ken se borgnent à livrer des œuvres aseptisées et inoffensives (un comble pour du Ken !). Ici, ça tranche, ça coupe, ça défigure à tout va. Les membres et les têtes volent, tandis que le sol se recouvre de sang. Le sang d’un pays en perdition.

Si l’on pouvait dès le départ faire confiance au studio BONES pour nous livrer un film soigné, il faut avouer que l’on ne s’attendait pas à une telle réussite de leur part. D’autant plus que l’on n’a pas évoqué toutes les bonnes idées jalonnant le film telles que la localisation des voix (les Mings parlent chinois) ou le score très inspiré de Naoki Sato (X, Eureka Seven). Le film est actuellement disponible en DVD au Japon et n’a pas encore eu le temps de s’exporter chez nous ou ailleurs. Mais cela ne devrait pas durer car Sword of the Stranger possède l’étoffe d’un classique et Masahiro Ando sera un réalisateur à suivre de près d’ici les prochaines années.

Commentaires

  1. pierrot dit :

    9 juin 2008 à 10:55 (#)

    Très juste critique. Je le conseille à tout le monde. J’espère que ce film restera dans les mémoires car il le mérite. Après tout, les bons films de samurais ne sont pas légions (vous pouvez acheter Ninja scroll en dvd aussi les yeux fermés).

  2. Zak dit :

    9 juin 2008 à 11:11 (#)

    Yep, d’ailleurs j’attends beaucoup de l’adaptation de L’Habitant de l’infini prévue pour cette été. Seul hic: c’est Bee Train et Koshimo derrière…

    (sinon, Samurai Champloo reste un très bon titre du genre pour rester dans les séries TV, avec le côté débridé propre à Watanabe en plus)

    (pis Kenshin forcément)

  3. Big'sBen'Z dit :

    10 juin 2008 à 09:04 (#)

    Il ya aussi Samurai 7 et Peacemaker. ;)

  4. Pierrot dit :

    10 juin 2008 à 11:42 (#)

    Le trailer de l’habitant de l’infini est assez alléchant. Le manga est terrible apparemment donc faut rester optimiste. En fait, je crois que c’est Bee train digital et non le studio bee train (tout court) qui le réalise. Donc, ça serait plutôt l’équipe de Tsubasa Chronicles que celle des animés mous du genoux comme .hack, noir ou el cazador. J’espère t’avoir redonné un peu d’espoir. Après, je ne connais pas ce Koshimo…

    Samurai champloo est ,en effet, une réussite et Samurai 7, dans un autre style, est pas mal non plus.

    Kenshin, c’est la grande classe également, même si ça a un peu vieilli et que certains épisodes font office de remplissage(la lutte contre shishio est sympathique et les 6 oavs surtout sont magnifiques).

    Pour peace maker, c’est vraiment bien ? (je suis passé à côté, je ne l’ai pas regardé)

  5. Big'sBen'Z dit :

    10 juin 2008 à 03:43 (#)

    Peace maker kurogane n’est pas vraiment gorgé d’action mais cela cotoie le monde des Shinsengumi.
    Il reste cependant agréable à regarder puisque l’on va suivre Testunosuke animer d’une vengeance qu’il veut accomplir, celle de venger ses parents, et son grand frére dans ce clan historique que sont les Shinsengumi.
    Ce qui est interessant dans cet anime , ce n’est pas les combats d’epéeiste mais les relations entre les shinsegumi.
    Ceux sont beaucoup de sentiments et d’émotions qui en ressortent ( d’ailleurs je crois que l’auteur du mangas est une femme il me semble et que cela explique le pourquoi du comment )
    Bon apres on aime ou, on aime pas.Lles gouts et les couleurs ne se discutent pas. Personnelemt j’ai aimé et le conseil.

  6. Zak dit :

    10 juin 2008 à 05:35 (#)

    Je parlais de “Koshimo” mais je voulais dire Koichi Mashimo en fait ^^, co-fondateur du studio et réal de quasiment toutes les séries du studio Bee Train.

  7. Pierrot dit :

    10 juin 2008 à 09:22 (#)

    Merci du tuyau,Big’sbenz, je vais me laisser tenter par ce peace maker. Quand j’aurais un moment, j’essayerai de voir le premier épisode.

    Zak, c’est vrai que pour l’habitant de l’infini, j’aurai préféré Bones (après ce sword of the stranger, ils sont crédibles) ou Sunrise que M.Mashimo (peu importent ses pseudonymes ^^)et ses amis de chez Bee train.Faut espérer qu’ils adaptent fidèlement le manga.

  8. Jacut dit :

    11 juin 2008 à 10:04 (#)

    #7 Euh je peux te le dire de suite, c’est raté pour l’adaptation fidèle du manga, Koichi Mashimo a une patte très reconnaissable : rythme lent et contemplatif, gros travail sur les expressions des personnages, scènes de combat plus artistiques que réalistes ou violentes etc… Et ça n’a jamais changé depuis Noir (je préférais son style d’avant sur Tylor mais bon…) donc il faut pas s’attendre à autre chose. Les détracteurs de Tsubasa Chronicles et Madlax vont encore frapper !

  9. Big'sBen'Z dit :

    11 juin 2008 à 11:08 (#)

    Ya pas de probl’ Pierrot mais un conseil ne t’arrete pas au premier épisode car je doute que l’on puisse apprécier un anime sur une durée de ~ 25 min. Enfin à toi de voir …

  10. Pierrot dit :

    11 juin 2008 à 05:15 (#)

    Alors il va falloir attendre un bon moment avant d’avoir de nouveau une bonne série de samurais… Enfin, il en faut pour tous les goûts, certains aiment ce genre de lenteurs mais on risque tous de passer notre chemin. Longue vie à Kenshin!

  11. Ippo dit :

    15 juin 2008 à 05:24 (#)

    J’ai regarder cet animé après la publication de ce poste sur le site et j’ai adoré. Très prenant, très bien dessiné, beau combat, bonne musique, et bon scénario. Je le conseil à tout ceux qui aime les histoires de samouraï.

    Je le met a coté de Kenshin le Vagabond (Rurouni Kenshin Tsuioku Hen) :)

  12. » Tour d’horizon du 22/06/2008 » Wildgrounds dit :

    22 juin 2008 à 12:36 (#)

    [...] Envie de voir un excellent film ? Essayez Sword of the Stranger [...]

  13. Faye317 dit :

    14 août 2008 à 04:54 (#)

    J’ai adoré ce film, vraiment très réussi. Le scénario n’est certes pas extrêmement original, mais c’est tellement bien fait (rythme, personnages, musique, mise en scène) qu’il est impossible de s’ennuyer!

    J’espère qu’il sortira en DVD chez nous ^^

  14. Yahiko dit :

    3 septembre 2008 à 04:14 (#)

    Ce film est une perle de l’animation japonaise, ca faisait longtemps que je m’étais pas autant émerveillé devant un tel animé! (tsuioku hen/seisou hen :) )
    salut!

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