Suzuka
31 janvier 2006 | Par Zak | Publié dans Critiques | lu 546 fois
Ah une comédie romantique ! Pour adolescents en plus ! Le type même de genre qui sombre rapidement dans la gaudriole vulgaire. Eh bien que nenni, Suzuka de Hiroshi Fukutomi (Gunnm et Fatal Fury : Legend of the Hungry Wolf, carrément pas la même chose) se veut très pudique, mélangeant avec dextérité le genre shôjo (pour les intrigues amoureuses) et shônen (pour tout l’aspect sportif). Produit par Studio Comet (L’Ère des Shura et School Rumble), l’animé fut diffusé au Japon sur la seconde moitié de l’année 2005. 26 épisodes pour raconter le long périple d’un lycéen pour séduire la fille de ses rêves. Et la quête va être ardue, pleines de désillusions, de désespoirs, de big râteaux in your face ! Oui bon, pas la peine d’instaurer un semblant de suspens, on connaît déjà tous comment cela va se terminer…

Bien qu’originaire de la province d’Hiroshima, Yamato Akitsuki part continuer ses études dans un lycée de Tokyo. Il est hébergé sur place dans la maison de bains de sa tante Ayano, laquelle vit avec sa fille Miho, et ce bien que la pension soit normalement réservée aux femmes. Yamato est logé, nourri et blanchi, en échange des travaux d’entretiens qu’il effectue pour sa tante. Il y a aussi trois jeunes et jolies pensionnaires qui sont Yuuka Saotome, Megumi Matsumoto, et Suzuka Asahina, sa voisine de chambrée. Yamato tombe directement amoureux de Suzuka, lycéenne membre du club d’athlétisme recrutée pour ses performances en saut en hauteur. Malheureusement pour lui, les premiers contacts sont moins encourageants… Néanmoins, Yamato et Suzuka vont vite devenir amis (en même temps, ils habitent presque ensemble, sont dans la même classe et font de l’athlétisme dans le même club, ça aide). Mais notre héros veut plus que de l’amitié et prépare sa déclaration avec minutie. Yamato n’a pas choisit la « cible » la plus facile puisque Suzuka ne supporte pas son attitude (elle n’arrête pas de voir des défauts en lui). De plus, la jeune femme traîne un lourd passé derrière elle : la mort accidentelle de son ex-petit ami. N’ayant toujours pas fait son deuil, elle refuse de se lancer dans une nouvelle relation amoureuse. Désespéré, Yamato trouve le réconfort dans les bras de Honoka, une amie d’enfance qui l’aimait en secret jusque-là. Une relation qui ne durera qu’un temps, Yamato ne peut oublier l’amour qu’il porte à Suzuka. Las, il décide de tout consacrer à sa discipline sportive (le 100 m) pour devenir le meilleur athlète du Japon.

Pauvre Yamato, il en a bien du courage pour séduire la fille qu’il aime. Naïf, gauche, voir idiot tout simplement, il n’est pas ce qu’on pourrait appeler une lumière. Le personnage se situe entre deux catégories : celle des œuvres dites réalistes (qui permettent donc une certaine identification de la part du spectateur) et celles plus loufoques (comme School Rumble par exemple, d’où la gaucherie). Le problème est que la construction du personnage est bancale et empêche souvent l’implication du spectateur (pas tout le temps, je vous rassure). À ce titre, les personnages féminins sont nettement plus intéressants. Suzuka d’abord, qui cache une forte sensibilité derrière sa facette de fille insupportable et associable. Ou encore Honoka, qui jouera au début le rôle de la fille serviable (voir soumise, cliché habituel de ce genre de production) avant de faire comprendre à Yamato qu’elle voudrait un retour (c’est la base du fonctionnement d’un couple). Bref, cette galerie de personnages attachants vous permettra de rentrer à fond dans l’histoire et ce même sans apprécier le genre (la mièvrerie est ô miracle absente). Là où l’animé montre ses limites, c’est du point de vue technique. Pas la peine d’y aller par quatre chemins, Suzuka est moche (la série, pas l’héroïne). Que la mise en scène soit plan-plan, on peut le comprendre, le genre s’y prête parfaitement. Mais, le studio aurait pu allonger quelques biftons de plus pour l’animation. Déjà que le chara design n’est pas très beau (seuls Suzuka et Yamato semblent avoir été travaillés avec un peu de sérieux), mais si l’animation ne suit pas derrière, certains risquent de vite abandonner l’animé en cours de route. Et ce serait une grave erreur ! Après une petite dizaine d’épisodes, la série prend véritablement son envol et on devient vite accroc.

Suzuka est un authentique bol d’air frais au sein de la production nippone d’animé. Imaginez une série drôle sans être vulgaire, émouvante sans être larmoyante et expurgée de tout fan-service (hormis le premier épisode, ce qui pouvait nous faire craindre le pire). Pourtant, cela existe encore et ce serait dommage que les éditeurs français passent à côté.