Steamboy

20 avril 2006  |  Par Zak  |  Publié dans Critiques  | 

Dix longues années, c’est le temps qu’il a fallu pour venir à bout de Steamboy, second long-métrage de Katsuhiro Otomo. Produit par le studio Sunrise, auquel on doit les séries animées Cowboy Bebop et My-HiME, le film a coûté la bagatelle de 20 millions d’euros (je vous fais grâce de la conversion en yen), soit le budget le plus important de l’histoire de l’animation japonaise. Le réalisateur de Akira nous livre ici une œuvre extrêmement ambitieuse, une véritable épopée technologique et humaine en pleine Angleterre Victorienne. Et pourtant, le film est loin d’être le chef-d’œuvre espéré…

En 1866, tandis que Londres s’apprête à accueillir l’Exposition Universelle, le jeune Ray Steam se voit confier par son grand-père une mission de la plus haute importance. Chargé de remettre à Stephenson, un autre scientifique, une mystérieuse sphère de métal, Ray découvre qu’il a entre les mains une invention révolutionnaire: la Steam Ball, qui est en fait une source d’énergie dont la puissance dépasse l’imagination et qui est la pierre angulaire du “Château de vapeur” une création géniale du propre père de Ray. Le jeune garçon est très vite poursuivi par de nombreux assaillants dont il ne sait s’ils ne veulent utiliser cette source de vapeur sous pression foudroyante pour le bien ou le mal. Très vite, une véritable guerre va se déclencher en plein cœur de la ville de Londres, opposant machines et d’autres inventions toutes plus retorses les unes que les autres. C’est évident, Steamboy est une authentique claque visuelle. Grâce à une utilisation intelligente des CGI, toujours au service de l’histoire, le réalisateur virtuose nous offre des mouvements de caméras complexes et virevoltants. Sa mise en scène est nerveuse et les scènes d’actions à couper le souffle (la première poursuite notamment). Ce maelström d’images fortes et marquantes laissera à de nombreuses reprises, le spectateur sur les genoux. Perfectionniste, Otomo nous livre une stupéfiante reconstitution du Londres de 1866 (soit dit en passant, l’Exposition Universelle a eu lieu en 1851). La ville est majestueuse et la profusion de détails est remarquable (notamment les différents engins mécaniques). L’univers du film empreinte à Jules Verne, à Nadia et le Secret de l’eau bleue la série culte de Hideki Anno, aux films de Miyazaki et enfin à Last Exile pour le ton sombre des couleurs et de la luminosité. Sans aucun doute, Steamboy est un film généreux… Peut être de trop.

En effet, à force d’en mettre plein la vue, Otomo oublie l’essentiel et ce qui faisait la force de Akira : des personnages travaillés et un scénario solide. La faute est peut être d’avoir voulu faire un film accessible à tous, avec des personnages stéréotypés, ou pire qui ne servent à rien (Scarlett la gamine insupportable dont les réactions frisent le ridicule). De plus, la réflexion sur des dangers de la science se révèle simpliste et très éloignée de la puissance des précédentes œuvres du réalisateur. Au final, le manque d’implication émotionnel est évident et la déception est de mise. Cependant, le film reste une œuvre immense doublée d’une orgie visuelle sans précédent. Le générique de fin laisse présager une suite hautement excitante. Vivement qu’Otomo se rattrape (pour l’instant on ne sait pas encore si ce sera un film ou une série).

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