Solty Rei
21 juillet 2006 | Par Zak | Publié dans Critiques | lu 246 fois
Après un millésime 2004 exceptionnel (le hat-trick Gantz, Samurai 7 et Le Comte de Monte-Cristo), le studio Gonzo allait devoir placer la barre sacrément haute l’année suivante pour pouvoir faire aussi bien… Un an après, nous ne sommes pas passé loin de l’exploit ! Car, si un seul titre peut prétendre rivaliser avec ceux cités plus haut (je parle évidemment de Basilisk), les autres séries se sont révélées d’excellente facture. Parmi elles, Solty Rei de Yoshimasa Hiraike (la seconde saison de Kaleido Star et prochainement l’adaptation de Suspiria). Ce récit d’anticipation en 24 épisodes, écrit par l’auteur du manga My-HiME (Noburu Kimura) raconte la relation entre un chasseur de prime bourru et une jeune androïde. Rien de bien excitant de prime abord, sauf que justement Solty Rei arrive à nous surprendre là où on ne l’attendait pas…

Roy Revant est un chasseur de prime. Solitaire et brutal, il traîne une sale réputation dans le milieu. Mais il n’a pas toujours été comme cela. Il y a 12 ans, il était policier et vivait le parfait bonheur avec sa petite fille Rita jusqu’à ce que le bouclier magnétique englobant la ville explose. La catastrophe, (sur)nommée “Blast Fall” fit de très nombreuses victimes ainsi que des portés disparus, dont sa fille. Depuis ce temps, Roy n’a cessé de la chercher et il espère toujours qu’elle est vivante, quelque part… Pendant une mission, Roy se retrouve en mauvaise posture. Il est alors sauvé in extremis par une jeune fille aux cheveux verts. Cette dernière est amnésique et s’attache tout de suite au chasseur de prime. Mais Roy découvre qu’elle est une cyborg. En effet, son corps est entièrement composé de “Resemble” (membres cybernétiques conçus par les ingénieurs de la RUC, le consortium dirigeant la cité). Malgré sa réticence, Roy l’accepte sous son aile et lui donne un nom : Solty. Il est évident que Solty Rei apparaît comme une compilation de plusieurs titres Gonzo : Speed Grapher, Kiddy Grade ou encore Burst Angel sont cités tout au long des épisodes. Mais en aucun cas on ne pourra parler d’un manque d’inspiration puisque certains éléments se retrouvent ici bien mieux gérés. Par exemple, la relation père-fille (qui se retrouve au coeur de Speed Grapher) est pleinement exploitée en plus de sonner juste et d’être émouvante (l’adieu du dernier épisode). Même chose pour le traitement du bad guy : Ashley Dinks semble être un copier-coller de Suitengu… mais en mieux écrit ! De même, l’univers de Solty Rei est assez proche de celui de Burst Angel. En effet, la ville est dirigée par une organisation du nom de RUC, dont le premier rôle est de faire régner l’ordre. Ainsi, le RUC dispose d’une section d’élite composée uniquement de femmes génétiquement améliorées. À croire que ces séries ont servi de brouillon à celle-ci. Le choix était risqué, mais force est de constater que Solty Rei est plus abouti que ces prédécesseurs, en tout point.

Mais la série trouve aussi son inspiration du côté du cinéma américain. Roy Revant n’est-il pas calqué sur Clint Eastwood et Bruce Willis (John McLane pour le marcel) ? En parlant du héros des Die Hard, les épisodes 11 et 12 s’inspirent directement du troisième opus de la trilogie (Une journée en enfer) avec ce poseur de bombes qui s’amuse avec Roy comme Simon Gruber le faisant avec McLane dans le film. Blade Runner, le chef-d’œuvre de Ridley Scott est aussi cité par l’intermédiaire de la ville (nocturne) et la présence de cyborgs. Même Roy semble avoir aussi un peu de Deckard en lui. De l’autre côté Solty apparaît comme une version “infantile” de la Gally de Gunnm. Bref, des références assumées, qui passent extrêmement bien à l’écran car parfaitement intégrées à l’univers. On parle de Roy et Solty, mais pourtant ils sont loin d’être les seuls héros de la série. Ainsi, Rose est le troisième personnage central de l’intrigue principale. Cette Robin des bois au féminin fait partie d’une équipe de voleurs qui se retrouvera confronté à Roy et Solty avant de sympathiser avec eux (jusqu’à venir squatter dans l’appartement de Roy !). Rose est l’archétype de l’héroïne énervante d’animé, un cliché ambulant en somme. Difficile donc de s’attacher à un tel personnage… et pourtant ! Il suffira d’une idée scénaristique pour que cela arrive (par le biais d’une scène arrivant tel un coup de boutoir). En plus de mettre à genoux le spectateur, l’intérêt de la série s’en retrouve complètement relancé puisque le scénario se dévoile enfin et surtout, la noirceur est de mise (voir le mélancolique épisode 15 avec le jeune Will et la désormais traditionnelle boucherie à la My-HiME). Je vous ai mis l’eau à la bouche, là, c’est bon ?

C’est ça Solty Rei, une œuvre riche en surprises, jouant avec les nerfs du spectateur comme un enfant s’amuserait avec un insecte. La mise en images n’est pas en reste puisque Yoshimasa Hiraike fait preuve d’efficacité dans sa réalisation (même si les limites télévisuelles l’empêche d’aller au bout de ses idées) telle une utilisation judicieuse du bullet time (Solty qui attrape une balle en plein vol et se retourne pour foutre une baigne à un tueur) ou un montage parfaitement maîtrisé (la narration explosée des épisodes finaux). Il n’y a que certains stéréotypes inhérents au genre, quelques personnages inutiles (Yûto notamment) et un abus de gros plans sur le fessier de l’héroïne qui sont à regretter. Pour le reste, c’est du Gonzo de très bonne cuvée. À consommer sans modération.