Shinobi
30 avril 2007 | Par Zak | Publié dans Critiques | 2 commentaires | lu 44 fois
Alors que plus personne n’espérait découvrir Shinobi sur grand écran en France, l’éditeur Kaze spécialisé habituellement dans la japanime (Appleseed et Origine), sort, via le distributeur EuroZoom, le film en salles (là où un Azumi, pour prendre un titre nippon assez proche, n’avait malheureusement pas eu ce privilège). Adapté d’un des plus populaires romans de ninjas, The Kouga Ninja Scrolls (Kôga Ninpôchô dans la langue des shoguns), l’histoire prend place au Japon en 1614. Le seigneur féodal Ieyasu Tokugawa n’arrive pas à désigner lequel de ses deux fils pourrait lui succéder. Son conseiller lui suggère un moyen efficace pour les départager : organiser une guerre entre les deux plus grands clans ninjas du pays, les Kôga et les Iga, dont chaque fils sera l’un des représentants. Dix guerriers vont devoir s’affronter dans les combats à morts dont l’issue conduira au choix d’un des deux fils. Malgré la haine que se vouent les Kôga et les Iga depuis près de 400 ans, Gennosuke et Oboro, les descendants directs des fondateurs des deux clans, s’aiment passionnément. Mais la guerre les rattrape et ils vont devoir choisir entre leur amour ou l’honneur de leur clan…

Sous influence Shakespearienne (Roméo et Juliette en pleine ère Edo), le roman de Fûtarô Yamada est devenu, au fil des ans, une source intarissable d’influences pour nombre d’histoires de ninjas. Ainsi, l’immense Yoshiaki Kawajri s’en est fortement inspiré pour réaliser l’un de ses chefs-d’œuvre, Ninja Scroll. Mais l’adaptation peut-être la plus fidèle s’est faite en manga sous le titre de Basilisk par Masaki Segawa en 2003. Cinq tomes (disponibles en France chez Kurokawa) qui donnèrent d’ailleurs un formidable anime deux ans plus tard. C’est au même moment que Shinobi fut mis en chantier sous la direction de Ten Shimoyama, réalisateur de pub et clip à succès, mais aussi du long-métrage horrifique St. John’s Wort. Depuis quelques temps déjà, la production nippone se lance dans un revival du chambara, genre ultra codifié qui a eu son heure de gloire sous le règne des Kurosawa et autre Kobayashi. Même s’il est évident que nous ne jouons pas dans la même cour, le retour en force des samouraïs et autres ninjas fait plaisir à voir. À l’instar d’Azumi, Shinobi se place dans une catégorie de chambara moderne fortement inspiré par l’univers du manga, voire de ses dérivés comme le cosplay (des gus déguisés en personnage d’anime). Mais derrière son allure de blockbuster friqué aux nombreux effets visuels, Shinobi cache avant tout un authentique mélodrame intimiste, voire naturaliste, en pleine période charnière de l’histoire du Japon. Un pays qui doit choisir entre ses traditions et la modernité. Logiquement, le film délaisse tout le côté malsain de Basilisk pour des objectifs plus commerciaux. Les deux personnages principaux sont interprétés par de jeunes comédiens populaires (dont Jô Odagiri, que l’on verra bientôt dans Mushishi, le second film en prises de vues réelles de Katsuhiro Otomo) et le cocktail “sexe & gore” est nettement édulcoré par rapport au manga. Cependant, bien loin d’être le simple film de baston que la bande-annonce essayait de nous vendre, Shinobi opte pour un rythme contemplatif en totale opposition avec la furie des films de Ryuhei Kitamura. En effet, le premier véritable affrontement n’intervient qu’au bout de 40 minutes de métrage. Le réalisateur préfère installer tranquillement son histoire (relativement simple au final, mais placée dans un contexte qu’il est impératif de développer) et présenter ses protagonistes principaux (une scène quasi-muette suffit à décrire la passion entre nos deux héros) pour seulement ensuite, les lâcher dans l’arène.
Mais là encore, nous n’aurons le droit qu’à un seul véritable combat chorégraphié digne de ce nom pour tout le métrage (excepté la séquence où Gennosuke se débarrasse d’une vingtaine de ninjas à lui tout seul). Mais quel combat ! Imaginez deux guerriers bondissants (dont Tak Versus Sakaguchi en grande forme) n’ayant cure des lois de la gravité, se balançant des techniques de ninjas à la figure en espérant trouver le point faible de l’un ou de l’autre. Si cela ne vous donne pas envie, c’est que vous êtes peut-être trop vieux pour ces conneries. En effet, chaque combattant dispose de techniques (les jutsus) qui leur sont propre, donnant lieu à des affrontements plus tactiques que bourrins : Yashamaru et ses fils tranchants, Kagero et ses baisés empoisonnés (qu’on retrouvait déjà dans Ninja Scroll), Hotarubi et ses papillons, Gennosuke et… Ah non, mieux vaut vous laisser la surprise pour celui-là. Quoi qu’il en soit, Gennosuke et Oboro, les deux leaders et amants, traversent le film tels des spectateurs, laissant finalement tout le boulot aux rôles secondaires. Gennosuke veut aller à la capitale car il se doute que le véritable but de cette guerre est autre, tandis qu’Oboro semble désorientée par la situation et se fait manipuler par Tenzen, l’ex-conseiller d’Ogen, l’ancienne maîtresse du clan. Pourtant la guerre entre Kôga et Iga, entre le feu et l’eau, est inévitable. Par définition, le shinobi est une arme et sa raison de vivre est le combat. C’est leur honneur de guerrier. Si on leur enlève cela, il ne leur reste rien. Impuissants, nos deux amants ne peuvent se heurter à cette fatalité. Le sang doit donc couler, les larmes aussi puisque le destin de tous ces personnages sera forcément tragique. Ici, pas d’assaut final où l’héroïne massacre une armée complète, puis va botter le train arrière d’Hattori Hanzo et enfin occit le shogun en lui balançant la punchline de circonstance. Non, rien de tout ça, le final de Shinobi est tout en retenue, humble mais destructeur, poétique mais poignant, et surtout romantique telle cette séquence crépusculaire marquant les retrouvailles entre Gennosuke et Oboro.

Quoi qu’il en soit, les fans du manga ou de l’anime risque de tirer légèrement la gueule devant quelques menus défauts forcément dérangeant si l’on s’amuse au jeu des comparaisons : certains personnages sous-exploités (Tenzen), d’autres au look vraiment foirés (Mino Nenki, Saemon…) et des storylines manquante vis-à-vis du manga (la romance entre Yashamaru et Hotarubi qui aurait gagné à humaniser le premier) empêchant le film d’avoir le potentiel de rivaliser avec ses modèles. Ceci dit, Shinobi vaut amplement le détour, ne serait-ce pour le découvrir sur grand écran (dans peu de salles, évidemment…). Et puis, c’est toujours largement mieux que les baudruches multicolores de Zhang Yimou.
1 mai 2007 à 08:28 (#)
ah ben c’est l’histoire de "basilisk" en fait !
20 mai 2007 à 10:46 (#)
super, oon retrouve bien l’ambiance manga avec des persos charismatiques et des pouvoirs propres quissez devoilent au fur et a mesure, mais en 1h45 pa trop le temps de develloper…