Seirei no Moribito
2 janvier 2008 | Par Zak | Publié dans Critiques |

Après la longue saga Ghost in the Shell : Stand Alone Complex (deux saisons + un film), Kenji Kamiyama et son équipe se tournent vers une adaptation de la série de romans populaires de Nahoko Uehashi (Yami no Moribito, Yume no Moribito et Kami no Moribito). Cela donne Seirei no Moribito, aka Le Gardien de l’Esprit Sacré en français, série de 26 épisodes, toujours produite par Production I.G. Délaissant les univers virtuels et le cyberpunk, Kamiyama signe une œuvre fortement influencée par le “maître” Hayao Miyazaki (qui finalement inspire trop peu les auteurs de séries télévisées) tout en gardant certains éléments qui ont fait le succès de ces précédentes œuvres. En avril dernier, le premier épisode fit l’effet d’une bombe…

Balsa est une guerrière solitaire maniant la lance qui travaille occasionnellement comme garde du corps. Voyageant de ville en ville, elle a juré de se racheter d’un passé trouble en sauvant huit vies. Après deux ans d’absence, elle revient dans la région de Yogo. Son destin bascule le jour où elle sauve le jeune prince Chagum de la noyade. Sa mère et seconde femme de l’Empereur la récompense gracieusement mais lui demande une faveur : celle de protéger son fils d’une mort assurée. En effet, Chagum est condamné par son propre père car un astronome de la cour a découvert que le prince était possédé par un esprit aquatique, considéré par les hommes comme un démon. Balsa accepte la proposition et s’enfuit du palais avec le jeune garçon. La lancière prendra sa mission très à cœur car Chagum devient pour l’occasion la huitième personne à protéger de son serment… Pour retranscrire à l’écran les écrits de Nahoko Uehashi, Production I.G a fait appel donc à Kenji Kamiyama mais surtout Shôtarô Suga, un scénariste très productif qui a travaillé précédemment sur Blood+, Eureka Seven, Le Chevalier d’Eon, Darker than Black et bien évidemment Ghost in the Shell : Stand Alone Complex. Seirei no Moribito fait parti de ces histoires grand public qui ont pour but premier d’emmener le spectateur dans un monde imaginaire en leur offrant un récit d’aventure dépaysant. Une longue quête qui va permettre aussi d’installer une relation touchante entre Balsa, la guerrière trentenaire (c’est assez rare en anime pour le souligner) et un enfant qui doit tout apprendre du monde qui l’entoure.

En effet, Chagum vit depuis sa plus tendre enfance dans le confort du palais impérial sans connaître la vie des roturiers. Au contact de Balsa, Chagum va apprendre l’importance de l’argent mais aussi des choses simples, comme se faire à manger ou jouer avec d’autres enfants. Si la relation adulte/enfant est un grand classique dans les séries animées, elle est traitée ici avec une réelle intention de se détacher des standards habituels. Pas question d’utiliser Chagum dans le seul but d’humaniser le personnage de Balsa (ce n’est pas une machine à tuer, loin de là). Non, c’est une vraie relation d’amitié, puis d’amour maternel, qui s’installe entre les deux protagonistes. Une relation qui suivra son évolution logique tout au long des épisodes jusqu’à un aboutissement forcément déchirant. Le rôle de Chagum est d’une importance capitale dans le scénario puisque l’œuf de l’esprit aquatique qui est en lui décidera de l’avenir du monde. Balsa rappellera indéniablement le major Kusanagi de Ghost in the Shell. En plus humaine toutefois (logique, ce n’est pas un cyborg) puisque derrière cette facette de guerrière solitaire se cache un être aimant qui protégera jusqu’à la mort Chagum. Les capacités martiales de Balsa permettront au spectateur de jubiler devant des combats aux chorégraphies travaillées et dotées d’une animation incroyable de réalisme. On a tout simplement rarement vu ça dans une série animée (voir l’impressionnante rixe contre les soldats d’élite de l’Empereur dans la rizière de l’épisode 3). Malheureusement, Kenji Kamiyama en frustra plus d’un puisque Balsa se bat finalement très peu au cours de l’animé. Ainsi, il préfère installer un rythme contemplatif, développant l’univers, les personnages et leurs relations entre eux. Il n’est pas étonnant de voir un épisode complet se dérouler dans une forge ou devant une table de jeux. Et pourtant la sauce prend à tous les coups. On berce d’emblée dans ce monde fascinant et poétique.

J’évoquais plus haut l’influence de Hayao Miyazaki sur Seirei no Moribito. Elle est évidente à de nombreuses reprises. Le personnage du Chaman Torogai semble tout droit sortir de Princesses Mononoke (elle utilise même un loup géant à un moment !). L’importance de la nature et le message écologique que distille la série est sensiblement le même que chez le Disney japonais. Ainsi, la bande originale signée par l’immense Kenji Kawai égale sans problème celles de Joe Hisaishi sur les nombreux titres du maître. Le compositeur de Ghost in the Shell et Patlabor signant ici son œuvre la plus aboutie sur une production TV. Mais ce que le spectateur retiendra le plus, ce sera sous aucun doute les fantastiques décors naturels parsemant la série. Production I.G ne lésine jamais sur le budget tout en prenant le meilleur staff possible. Yusuke Takeda qui avait déjà fait des miracles sur Ghost in the Shell : Stand Alone Complex, Le Comte de Monte-Cristo et Blood : The Last Vampire se dépasse littéralement et nous offre d’authentiques tableaux de maître à chaque plan. Le soin artistique apporté à Seirei no Moribito relève quasiment du jamais vu pour une production télévisuelle. Il suffit de voir le soin apporté à certains détails comme les jeux de lumière lorsque l’astronome Shuga descend avec une lanterne dans la chambre des livres sacrés. Autre point remarquable : la cité de Yogo grouille continuellement de monde. Elle est vivante et toujours en mouvement, prouvant que Kamiyama ne laisse décidément rien de côté. Un bien bel ouvrage, comme on dit. Cependant, il manque quelque chose à Seirei no Moribito pour atteindre le niveau d’une œuvre majeure. Le perfectionnisme apporté à l’emballage, n’égalera jamais la profondeur apportée à l’histoire et ses personnages. Ainsi, on regrettera que la relation entre Balsa et Tanda soit souvent laissée de côté et que Shuga se révèle être un personnage creux. De même, la série rappellera de trop Les 12 Royaumes et manque terriblement d’action (malgré un excellent flash-back présentant le tuteur de Balsa, Jiguro).

Il est évident qu’il ne faudra pas se jeter sur la série en espérant voir un titre dans la veine de Claymore, car Seirei no Moribito est avant tout une aventure humaine prouvant une nouvelle fois que son réalisateur essaye de se démarquer des productions habituelles. Kenji Kamiyama peut sans nul doute rejoindre l’autel des auteurs importants en japanime au côté des Shinichiro Watanabe et autres Shoji Kawamori. On attend déjà fébrilement son prochain projet.