Scrapped Princess
14 septembre 2006 | Par Zak | Publié dans Critiques | lu 410 fois
En 1998, Masahiko Minami, producteur chez Sunrise fonde avec deux animateurs (Toshihiro Kawamoto et Hiroshi Osaka) son propre studio d’animation : BONES. Conscient de son potentiel, le studio Sunrise lui fera sous-traiter la production d’une bonne partie des épisodes de Cowboy Bebop. Fort de cette réussite, le studio coproduit ensuite le film Escaflowne. Ces différents succès permettent à BONES de produire ses propres œuvres. La première sera Karakuri Kiden Hiwou Senki en 2000, puis viendra Angelic Layer et le film Cowboy Bebop en 2001. Il faudra attendre les deux années suivantes pour que le studio rentre dans la cour des grands avec RahXephon, Wolf’s Rain et Scrapped Princess, sujet de cet article.

Rejetée après sa naissance à cause d’une prophétie voyant en elle “le poison qui détruirait le monde” lorsqu’elle atteindrait ses 16 ans, Pacifica fut recueillie par la famille Casull. Le jour fatidique approche et Pacifica fuit des créatures nommées “Pacificateurs”, accompagnée de son frère Shannon et de sa sœur Raquel. Chassée par tous, elle rencontrera en chemin un chevalier servant courageux et romantique, un chasseur d’hérétiques désabusé ou encore une seconde princesse rejetée. Quelque chose ne tourne pas rond dans ce monde, l’univers médiéval est mêlé d’éléments technologiques qui révèleront peu à peu la raison de cette prophétie et du destin de Pacifica et de ses protecteurs. Constitué de 24 épisodes, Scrapped Princess s’inspire du manga du même nom parut chaque mois dans le Dragon Magazine. La réalisation a été confiée à Soichi Masari (storyboardeur sur RahXephon et The Melody of Oblivion). On ne dénote pas de véritables stars au générique mais qu’importe, les ambitions sont là et dès la mise en chantier du projet, on sentait une réelle volonté de renouer avec l’aventure moyenâgeuse sérieuse à la Vision d’Escaflowne ou Chroniques de la guerre de Lodoss. L’animé se déroule dans le royaume de Linevan, un monde qui pourrait sortir de n’importe quel récit d’heroic-fantasy. Ce macrocosme est régit par des êtres supérieurs : les Pacificateurs, qui se disent être les Apôtres de Dieu. Pacifica est une menace pour eux et elle devient leur cible prioritaire. Commence alors une “chasse à la sorcière” où chaque individu peut être un danger potentiel pour Pacifica et une quête de vérité concernant la destinée de la princesse (est-elle vraiment le poison qui détruira le monde ?).

Scrapped Princess compte un nombre considérable de protagonistes. Tous, gravitant autour de Pacifica. Shannon, son frère est un guerrier de nature calme et cynique. Mais dès que la vie de sa sœur adoptive rentre en jeu, il devient un tout autre homme et il est capable de tout pour la protéger (la fureur qu’il dégage lors de certaines scènes est sacrément impressionnante). Raquel ne possède pas la fougue de son frère et adopte un comportement plus réfléchi (normal c’est un mage). Néanmoins, elle ne laissera personne toucher un cheveu de sa sœur et tuera sans retenu si nécessaire. Au centre, nous avons Pacifica, une adolescente caractérielle, pleine d’énergie, à la fois attachante et énervante. Malgré son statut “d’antéchrist”, elle essaye de vivre pleinement même si dans les moments difficiles elle souhaite pouvoir disparaître (de ce côté, elle ressemble énormément à Chisé de L’Arme Ultime). Heureusement, l’amour porté par ses proches lui donne la force de vivre. En chemin, nos héros font la connaissance de Leo, un noble qui se prend pour un chevalier et Winia, une orpheline qui va devenir la meilleure amie de Pacifica. Ils rencontreront aussi Christopher, un guerrier membre d’une unité d’élite chargé d’assassiner Pacifica, tout comme Kidarf, un barde à l’accent délirant et Bergens, un prêtre bourru. Les trois personnages se remettront en question au contact de la “princesse rejetée” car Pacifica n’a semble-t-il rien de maléfique. Après avoir perdu la mémoire (dans la seconde partie de la série), Pacifica va faire la connaissance de Furet, un jeune homme énigmatique au passé trouble, à qui elle va s’attacher. Sans le savoir, notre héroïne va se trouver un frère de substitution (d’autant plus que Furet possède un caractère et des aptitudes au combat proche de celle de Shannon). Enfin, parmi les Pacificateurs, on retiendra surtout Seeze, dont la relation ambiguë avec Shannon lui confère un semblant d’humanité.

Dans sa première partie, Scrapped Princess est un récit d’aventures tout ce qui a de plus classique. Nos héros parcourent le royaume en essayant d’éviter les diverses confrontations. L’humour est omniprésent, venant en particulier de la relation entre Pacifica et Shannon ou alors avec les diverses pitreries de Leo. Or, dans sa seconde partie, l’histoire devient plus tragique (Leo n’est plus le sidekick de base), le scénario prend une dimension épique où se juxtapose la fantasy et la science-fiction. Le mélange est détonant et fonctionne à merveille. Certaines séquences sont immédiatement marquantes comme le sacrifice de Furet (ainsi que le moment très émouvant où Pacifica se rappelle de lui après avoir retrouvé la mémoire), la rencontre entre Pacifica et le prince ou encore la bataille aérienne au-dessus de la capitale. Des scènes qui transcendent un récit qui à la base était déjà de grande qualité. En terme d’animation, la série s’en tire fort bien, ne subissant aucune perte de qualité tout au long des épisodes. Ainsi, la réalisation rend parfaitement hommage aux différentes séquences d’action (notamment celles aériennes, tout simplement renversantes). À l’instar de Fullmetal Alchemist ou de My-HiME, le visuel jongle entre les couleurs chatoyantes et celles plus sombres (de même, les auteurs se limitent au maximum aux effets 3D). Le final crépusculaire en est la preuve immédiate. Enfin, on dénotera un chara design très accrocheur signé Takahiro Komori (aussi l’auteur de celui de Angelic Layer mais aussi directeur de l’animation sur RahXephon).

Difficile de trouver de véritables défauts à Scrapped Princess, si ce n’est peut-être quelques baisses de rythme lors de sa première partie et une fin trop vite expédiée. Mais rien de méchant en soi. Cette série confirme une nouvelle fois que BONES est un des studios les plus inspirés du moment (et encore, la vague Fullmetal Alchemist n’était pas encore d’actualité). Scrapped Princess est disponible depuis peu en coffret collector VF et VOSTF chez Déclic Images. Pas la peine que j’insiste pour que vous vous le procuriez…