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Samurai Champloo

26 mars 2006  |  Par Zak  |  Publié dans Critiques  |  1 Comment  |  lu 1 572 fois

Il aura fallu six ans pour que Shinichiro Watanabe, le génial créateur de Cowboy Bebop, se relance dans l’aventure télévisuelle. Avec l’aide de Dai Sato (déjà scénariste sur Cowboy Bebop) et de deux petits nouveaux (Seiko Takagi et Shinji Obara), Watanabe donne naissance à Samurai Champloo, une histoire de samouraï qui pue. L’animé est produit par un tout jeune studio, Manglobe Inc. (Ergo Proxy dernièrement) pour une diffusion en deux fois au Japon (contrairement à ce que la majorité des gens pensent, il n’y a pas deux saisons mais juste une coupure de quatre mois entre les épisodes 17 et 18). Malgré un studio encore peu coté, le budget et les ambitions sont bien présents. Watanabe s’entoure d’une fine équipe (parmi les membres de celle-ci, nombreux sont ceux qui officient habituellement au poste de réalisateur) : Kazuto Nakazawa (Comedy et Parasite Dolls) comme directeur de l’animation et chara designer, Shukou Murase (Witch Hunter Robin et Ergo Proxy) au storyboard, Mahiro Maeda (Le Comte de Monte-Cristo) au design des armes et surtout la crème des artistes de hip hop japonais pour la bande originale (j’oublie même de signaler la participation de Masaaki Yuasa, le réalisateur de Mind Game, qui a bossé sur l’animation du 9ème épisode). Pas étonnant que Samurai Champloo déchire sa reum (excusez le langage, mais cela concorde bien ici).

Mugen et Jin sont deux personnages que les styles et les valeurs opposent. L’un est un vagabond à la technique de combat inspiré par le break-dance, l’autre est un ronin qui adhère strictement au code de conduite du bushido. Pourtant, leurs destins vont se lier à celui de Fuu, jeune serveuse de 15 ans qui vient de perdre son travail à la suite d’un combat impliquant les deux hommes. En effet, après avoir détruit le salon de thé dans lequel Fuu travaillait (et accessoirement tuer le fils du gouverneur), les deux zigotos sont jetés en prison en attente de se faire exécuter. Fuu promet de les sauver de la mort s’ils acceptent de l’aider à retrouver quelqu’un qu’elle recherche depuis plusieurs années : le « samouraï qui sent le tournesol ». Sauvé in extremis de la décapitation, Mugen, Jin et Fuu partent ensemble sur les routes du Japon à la recherche de ce mystérieux individu. Samurai Champloo est un chambara, c’est-à-dire un récit de samouraïs se déroulant dans un Japon Féodal. Donc, un genre ayant des codes propres. Pourtant, Shinichiro Watanabe n’a que faire de tout cela et décide de renouveler le chambara à sa sauce (tout comme la science-fiction avec Cowboy Bebop). Ici, les héros de l’histoire sont loin de la représentation traditionnelle du samouraï. Mugen et Jin des « outcasts », se déplaçant de villes en villes sans véritable but. Ce sont des guerriers autodestructeurs, cherchant la confrontation (Mugen) ou alors une chose insondable enfouie au plus profond de leur âme (Jin). Leur rencontre avec la jeune Fuu, va donner un sens à leur vie et surtout leur faire découvrir quelque chose d’inconnu pour eux : l’amitié. La quête du « samouraï qui schlingue le tournesol » apparaît donc comme un parcours initiatique pour nos deux héros. De là à dire que Fuu est la Amélie Poulain de l’époque, il n’y a qu’un pas. On l’aura compris, Watanabe nous ressert ici après Cowboy Bebop, des personnages forts et complexes comme il les aime. Et nous aussi.

Revenons à la signification du titre, « Samurai Champloo ». En effet, on va voir au cours des épisodes que la nourriture est au cœur de l’histoire. Tout d’abord, par le biais du terme « Champloo », plat traditionnel de la ville d’Okinawa, mais aussi car elle représente un gimmick récurrent : nos héros sont régulièrement affamés car ils n’ont pas d’argent pour s’acheter à manger. On peut citer aussi l’épisode avec le concours du plus gros mangeur ou tout simplement les multiples mets que l’on découvre au cours du voyage. Un vrai guide du routard culinaire cet animé ! Mais « Champloo » veut aussi dire « mélange », une autre signification évoquant les nombreux sous-genres jalonnant la série : aventure, comédie, action, mélodrame… ou tout simplement le mélange des époques astucieusement mis en valeur par de délirants anachronismes (du hip hop à l’ère Édo, yeah !). La série se compose de « loners », c’est-à-dire d’épisodes indépendants de la trame principale (seuls les trois derniers épisodes nous plonge véritablement dedans). Il suffit d’un épisode à Watanabe pour présenter nos héros (au cœur même de l’action !) et l’aventure commence. La construction des épisodes est telle qu’il est impossible au spectateur de se lasser des péripéties rocambolesques de Mugen, Jin et Fuu. On peut passer d’un épisode narrant une histoire d’amour impossible à un autre bourré l’humour nonsensique (je pense notamment à celui où la libido de Mugen le rend invincible), sans qu’on soit bousculé par cet abrupt changement de ton. Plus surprenant, Samurai Champloo n’oublie jamais de parler de notre société actuelle : l’importance de l’éducation (épisode sur les tag), la religion (souvent de manière virulente) ou encore tout simplement les femmes (souvent plus fortes que les hommes). Cerise sur le gâteau, George A. Romero et sa tétralogie des zombies sont cités lors du 22ème épisode. Une série qui cite un des maître de l’épouvante, moi, j’adhère tout de suite.

Vous aurez remarqué tout au long de cet article que Cowboy Bebop revient souvent lorsque que l’on parle de Samurai Champloo. En effet, les deux œuvres partagent un nombre conséquent de points communs : des épisodes indépendants mélangeant les genres, un univers décalé et multiréférentiel, le gimmick sur le manque de nourriture ou encore des héros marginaux (Jin rappelle Spike Spiegel, tandis que Mugen évoque Faye Valentine sur certains points). Pourtant, Samurai Champloo est loin d’être une simple copie de son aîné. Alors que Cowboy Bebop instaurait une ambiance westernienne et de film noir dans un pur récit de science-fiction, Samurai Champloo s’inscrit dans un registre postmoderne et nettement plus fun (le ton est aussi plus léger, comme le prouve le final). Nanti d’un budget confortable, la série se distingue par une animation proche de la perfection. Sur ce point, Samurai Champloo écrase une large majorité de la production actuelle, et ce, sans même utiliser la moindre image de synthèse (alors que Cowboy Bebop était précurseur dans le domaine). Les chorégraphies des combats sont proprement hallucinantes : la maîtrise de l’espace, l’originalité des styles et les différents mouvements de caméras sont digne d’une œuvre de Yoshiaki Kawajiri, c’est-à-dire furieuse et surtout, jouissive. Il manque néanmoins un élément essentiel à cette petite merveille animée : Yoko Kanno. Une chose explicable par les choix musicaux de Shinichiro Watanabe (du hip hop donc, ce qui n’est pas véritablement le genre de prédilection de la compositrice). Il en ressort une OST certes originale pour un animé mais peu marquante (l’opening par exemple fascinera nettement plus par son style graphique que par sa musique).

Shinichiro Watanabe confirme avec Samurai Champloo qu’il est un auteur majeur au Japon. Il marque une nouvelle fois son talent irréprochable à raconter une histoire originale et décomplexée. Beaucoup ont sûrement découvert la série par le biais de la diffusion sur Canal +, mais je conseille les deux coffrets DVD parus chez Dybex, ne serait-ce pour découvrir la version originale et la fabuleuse prestation de Kazuya Nakai dans le rôle de Mugen. Doté d’une réalisation sans faille et de dialogues savoureux ( »je ne te dis pas que tu as de beaux yeux, mais j’aime toute le reste » dit Mugen à une aveugle, énorme !), Samurai Champloo est un des titres majeurs de ces dernières années. Une série qui parle aussi bien de hip hop que de Van Gogh, et qui vous fait aimer les deux, je dis chapeau !

Commentaire

  1. Tramadol. dit :

    24 mai 2007 à 09:09 (#)

    Tramadol.

    Tramadol.

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