Samurai 7
9 décembre 2005 | Par Zak | Publié dans Critiques |
Samurai 7, production Gonzo de 2004, est l’adaptation d’un classique du 7ème art : Shichinin no Samurai (1954), plus connu chez nous sous le titre Les Sept Samouraïs. Le film de Akira Kurosawa a déjà fait l’objet d’un remake en 1960 par l’américain John Sturges avec Les Sept Mercenaires. Cette fois-ci, c’est en série animée que l’histoire sera adaptée. Ce n’est pas la première fois qu’une œuvre du cinéaste japonais est tirée d’un de ses films. En 2001, Kaze no Yojimbo s’était déjà inspiré du film de 1961, Le Garde du corps (Yojimbo en VO).

Samurai 7, c’est 26 épisodes pour raconter la guerre que va mener le groupe de Kambei Shimada contre les bandits. 300 000 $ ont été déboursés pour créer l’univers original de l’animé. En effet, celui-ci est un mélange entre l’Âge Féodal et la science-fiction. Si le cadre semble se passer en 1652, les bandits sont des méchas, des samouraïs robotisés. On va le voir tout au long de la série que les auteurs s’inspirent fortement de l’univers de Star Wars également (certaines scènes semblent tout droit sorties de l’imagination de George Lucas). Mais avant tout, Samurai 7 est un chambara tout ce qu’il y a de plus classique. Un genre très à la mode en ce moment (Samurai Champloo, Otogi Zoushi) et c’est la série Gonzo qui va mieux le représenter. Les paysans d’un petit village doivent faire face aux attaques annuelles de bandits, qui viennent piller toutes les récoltes. Désespérés, ils ne savent plus que faire pour garder de quoi manger pendant le reste de l’année. Certains proposent de cacher une partie de la récolte, d’autres prônent une solution plus radicale, qui a déjà fait ses preuves dans d’autres villages : faire appel à des samouraïs. Après une âpre discussion, qui fait ressortir les peurs des paysans, le village décide d’envoyer trois représentants en ville, à la recherche de samouraïs. Le problème, c’est qu’ils n’ont que du riz à offrir à ces mercenaires, qui leur font subir de nombreuses humiliations. Le hasard les met cependant en contact avec Kambei Shimada, noble vétéran, qui, ému par leur détresse, décide de se rallier a leur cause. Il faut alors se mettre en quête d’autres samouraïs, ce qui devient plus facile avec un leader comme Kambei.

Avant de s’intéresser de plus près à la série, revenons sur la source d’inspiration : Les Sept Samouraïs. Le film de Akira Kurosawa est indubitablement un monument du cinéma. Nombre de cinéastes et de spectateurs sont restés marqués à jamais par ce véritable hymne à l’héroïsme. Très proche d’un western, le film va pourtant plus loin qu’un simple récit manichéen. Les samouraïs sont des guerriers certes, mais ils sont aussi humains, tourmentés par leur condition (Kikuchiyo et son passé de paysan, Katsushiro qui n’est pas habitué à la guerre). Nous sommes donc très loin de l’imagerie caricaturale du héros de western. De plus, le côté social de l’œuvre est très poussé. Le point de vue du cinéaste se porte souvent sur les paysans, obligés de trimer toute la journée pour avoir à manger. Des personnes faibles, exploitées, mais qui au contact de héros, trouvent le courage de survivre dans un monde qui ne leur a jamais fait de cadeau. Toute la force de l’œuvre de Kurosawa, on l’a retrouve dans l’animé. Le background de la série reste sensiblement le même que celui du film. Des villageois partent en ville à la recherche de samouraïs, tombent sur Kambei qui va former une équipe de sept samouraïs, ils voyagent ensemble vers le village, entraînent les paysans pour le combat et enfin se battent contre les bandits. La trame des Sept Samouraïs est respectée mais le plus important, est que l’esprit autour du mythe du samouraï dans lequel baignait le film de Kurosawa, se retrouve dans l’animé. En effet, les samouraïs obéissent à un code de l’honneur très strict appelé Code du Bushido, représenté par le courage, la loyauté, la sincérité, le on (respect envers sa caste) et le seppuku (le hara-kiri). Toutes ces vertus, propre à un chevalier sont tenues par nos héros dans leurs diverses actions. Chaque samouraï va se battre pour la cause des paysans et est prêt à se sacrifier pour eux. Les Sept Samouraïs représente en quelque sorte un des fondements du shônen (manga pour garçon prônant le courage et le dépassement de soi). On peut dire en quelque sorte que tous les succès en mangas et animés tels que Saint Seiya ou Naruto tiennent du film de Kurosawa.

Samurai 7 est une série adulte même si la violence graphique se révèle peu présente. Bien que semblant invincible au combat, nos samouraïs sont plus humains qu’il n’y paraît. Kikuchiyo, ici représenté par un samouraï mécanique, apparaît au début comme le sidekick de l’histoire. Pourtant, malgré son corps de métal, il va se découvrir une humanité auprès de ses compagnons et de la petite Komachi. Kikuchiyo va avoir un rôle prépondérant dans l’histoire puisqu’il va permettre aux paysans de faire confiance aux samouraïs. De la même façon, cette quête est un voyage initiatique pour le jeune Katsushiro, un samouraï apprenti qui n’a pas encore “l’odeur des champs de bataille”. En tuant son premier ennemi, Katsushiro va subir ce qu’on appelle le passage à l’âge adulte, mais en même temps, il va devenir un membre reconnu du groupe. Les autres guerriers sont parfaitement représentés. Kambei, le leader calculateur est le véritable héros de l’histoire. Humble tout en étant sûr de lui, il n’est pas sans rappeler un certain Obi-Wan Kenobi. À la fin, il prononcera des mots plein de sagesse marquant définitivement son statut d’authentique guerrier au noble du terme : “Ceux qui ont gagné, ce sont les paysans, pas nous”. Nous avons aussi Gorobei, un samouraï expérimenté qui s’est reconverti dans le spectacle de rue, Heihachi, le bricoleur du groupe, Shichiroji, l’ami proche de Kambei et enfin Kyuzo, le plus “classe” de tous, qui combat avec deux katanas. Ce dernier nous offre des scènes d’actions absolument démentes, pas si éloignées de celles de l’excellente série animée Clone Wars. Après tout, les Jedi sont des samouraïs aussi.

Une séquence est particulièrement marquante : dans le 16ème épisode, nous assistons à plusieurs combats montés en parallèles, avec comme unique effet sonore la respiration des personnages (plus la musique). Un effet de style qu’on retrouve dans la version cinéma des Chroniques de Riddick de David Twohy (cette scène étant changée pour le director’s cut disponible sur le DVD collector). Samurai 7 se révèle finalement très cinématographique comme série et dépasse souvent le cadre du simple produit TV. Il est juste dommage que l’animation soit inférieure à celle de Samurai Champloo, son concurrent direct en matière de chambara. De même, l’intégration des CGI est inégale (comme pour beaucoup de productions Gonzo). Bonne nouvelle, le premier DVD vient de sortir sous la bannière de Asian Star. Pareil que Gantz, celui-ci contient les six premiers épisodes. L’achat est donc conseillé et peut-être vous aurez envie de prolonger l’expérience en découvrant l’exceptionnelle filmographie de ce génie qu’est Akira Kurosawa.