Romeo x Juliet

5 mai 2008  |  Par Zak  |  Publié dans Critiques  |  5 commentaires  |  lu 180 fois

En 2004, le studio Gonzo et Mahiro Maeda adaptèrent librement Le Comte de Monte-Cristo d’Alexandre Dumas. Le résultat donna une œuvre atypique, dotée d’un esthétisme clinquant inspiré des toiles de Gustav Klimt et d’univers steampunk à la Jules Verne. Trois ans plus tard, le studio réitère l’expérience de “l’adaptation à leur manière” avec cette fois la célèbre pièce de William Shakespeare, Roméo et Juliette. Délaissant l’expérimental pour le classicisme le plus sommaire, c’est l’équipe de Kaleido Star (shôjo à succès sorti en 2003) qui fut engagée pour raconter la passion que vécurent les deux tourtereaux. Ainsi, on retrouve à la réalisation Fumitoshi Oisaka, directeur de l’animation et chara designer sur Kaleido Star (il a aussi travaillé sur Welcome to the NHK! récemment). Quant à la lourde tâche de retranscrire l’histoire originale, c’est la scénariste Reiko Yoshida (Kaleido Star, Jyu Oh Sei, Scrapped Princess) qui s’en chargea. Alors que le cinéaste Baz Luhrmann (la version de 1996 avec Leonardo DiCaprio) avait déjà porté à l’écran la pièce de manière somme toute fort original, Gonzo nous propose un shôjo en costume mâtiné d’idéologies révolutionnaire et marxiste. Oui, vous avez bien lu.

Voici quatorze ans, l’Archiduc Capulet, régent de la cité de Neo Verona fut assassiné avec toute sa famille par Lord Montaigu. Seule sa fille de deux ans, Juliette, pu s’échapper avec l’aide du capitaine des gardes. Aujourd’hui, la ville est dirigée d’une main de fer par le nouveau Grand Duc Montaigu. Les nobles profitent d’une vie aisée alors que le peuple meurt de faim. C’est alors qu’un mystérieux justicier masqué, Le Tourbillon Rouge, aide les opprimés et vole de la nourriture pour eux. Ignorant tout de son passé et se cachant aux yeux de tous sous les traits d’un garçon, c’est Juliette qui joue ce rôle de héros du peuple. Roméo, le fils du dirigeant de Neo Verona, vit paisiblement dans le palais. Il passe généralement ses journées à voler au-dessus de la ville sur le dos de son pégase. Bien que vivant deux vies totalement différentes, leurs destins vont pourtant se croiser et ils vont tomber amoureux l’un de l’autre dès le premier regard… Ne cherchez pas une once de fidélité entre le texte original et le traitement “shôjo épique” de Gonzo, puisqu’il n’y en quasiment pas ! En effet, le scénario de Yoshida ne garde que le thème principal (l’amour impossible entre deux membres de familles qui se haïssent dans l’Italie du 16ème siècle) pour réinventer complètement l’histoire. Ainsi, Juliette est désormais la dernière de sa lignée et joue les justiciers façon Tulipe Noire dans la cité de Neo Verona, capitale d’un continent qui vole dans les airs. Plus proche de son personnage d’origine, Roméo fait parti de l’aristocratie de la cité et son meilleur ami est Benvolio (en revanche Mercutio est très loin de l’être). Si l’on excepte les balades en pégase, la psychologie du personnage se rapproche beaucoup de celle de la pièce. De même, certaines séquences de la pièce reviennent au cours de la série comme la première rencontre au bal ou l’exil de Roméo (mais pas la déclaration d’amour à la fenêtre !). Mais soyons clair, il ne faudra pas regarder la série pour son allégeance envers le matériau d’origine. Le studio en avait fait de même avec Le Comte de Monte-Cristo et cela avait particulièrement marché. La forme était différente mais le contenu de l’œuvre de Dumas avait été parfaitement retranscrit (de la noirceur générale du récit à la caractérisation fascinante du personnage d’Edmond Dantès). Il faut avouer que la sauce prend nettement moins avec Romeo x Juliet.

L’animé verse trop facilement dans le shôjo pour midinettes avec des personnages qui rougissent dès qu’ils se regardent, des dialogues gnangnan juste bon à émouvoir les fans de roman-photo, des balades champêtres dans des champs de fleurs, des sous-textes crypto-gay et surtout une réelle absence de souffle épique. L’histoire est manichéenne au possible avec d’un côté le vilain Grand Duc Montaigu qui fronce les sourcils pendant toute la durée de la série et de l’autre les Capulet, des héros braves au cœur pur qui sauvent le peuple des vilains nobles. Certains personnages sont traités de manière approximatives (Mercutio qui passe toute la série à apparaître une fois par épisode pour paraphraser ce que dit le Grand Duc), d’autres ne servent carrément à rien (la tentative ratée de triangle amoureux avec Hermione) et les plus intéressants sont malheureusement sous-exploités (Tybalt, l’expert en maniement des deux épées). Enfin, histoire de faire un clin d’œil à la pièce, Gonzo nous rajoute un personnage de dramaturge nommé “Willy”, malheureusement plus proche d’Assurancetourix que de William Shakespeare. Romeo x Juliet manque aussi terriblement de péripéties qui pourraient dynamiser le tout. Les scènes d’actions sont peu nombreuses et quand il y en a, elles sont coupées en plein milieu par des ellipses foireuses (l’attaque de la cachette des Capulet). Et lorsque les auteurs essayent de relancer l’intrigue sur la fin, comme la régénération de l’arbre Escalus (on ne rigole pas merci), c’est peine perdue. Il y en a franchement marre de ces pseudo histoires d’équilibre écologique à deux sous (les derniers épisodes sont vraiment pitoyables et gâchent complètement le final dramatique). Mais tout ceci est pardonnable comparé à ce qui va suivre ! L’idéologie véhiculée en sous-texte par la série est tout à fait étonnante dans ce genre de production. D’un côté nous avons les méchants nobles qui profitent de la vie sans se soucier du peuple, qu’ils exploitent inévitablement. De l’autre, les roturiers sont affamés et martyrisés par les gardes mais continuent de travailler durement pour essayer de s’en sortir. La notion de travail est régulièrement mise en avant de manière positive. À ce titre, le passage où les mineurs avec l’aide de Roméo essayent de restaurer un village abandonné est tout à fait représentatif de cela.

Forcément, cette lutte des classes ne peut plus durer et le peuple se soulève avec l’appui de Juliette et des Capulet. Le fait que le costume du Tourbillon Rouge est rouge justement n’est sûrement pas anodin. Cette couleur est le symbole des révolutionnaires. D’ailleurs, Juliette préfère diriger la révolution sous l’apparence du Tourbillon et non en tant que Capulet (des nobles donc). Son discours fédérateur lors de l’assaut de Neo Verona est assez hallucinant dans ses propos : “Ce n’est pas le Grand Duc qui gouverne Neo Verona, mais son peuple” ou encore “Le vent pourpre soufflera autant qu’il le faudra ! Pour un vent de liberté dans Neo Verona !”. Bref, on se croirait en pleine révolution russe de 1917 avec ce coup d’État (malheureusement sans la moindre bataille…). Quoi qu’il en soit, cela rend Romeo x Juliet aussi fascinant que profondément couillon car ces idées n’ont rien à faire dans cette histoire et encore moins dans un blockbuster made by Gonzo. Maintenant, si l’on excepte ce fond quelque peu dérangeant, Romeo x Juliet reste un titre au visuel très soigné : Neo Verona est superbe et très dense, le chara design et l’animation sont très réussis et la musique en adéquation avec les images (dont une reprise de You Raise Me Up de Josh Groban en version nippone pour l’opening). Allez tiens, pour la peine je vais chercher ma carte de membre du parti communiste…

Commentaires

  1. Pierrot dit :

    6 mai 2008 à 04:48 (#)

    Tous dans la rue! Pendons tous ces nobles ! lol
    Gonzo est quand-même sur le déclin et manque de cette petite touche d’ audace et de prise de risque qu’il avait il y a quelques années. Je suis d’accord.Romeo X juliet est efficace et correct mais aura été loin de mes attentes après Gankutsuou. Romeo a quand même peu de classe et c’est vrai que le manichéisme (non présent effectivement dans l’ oeuvre originale)est regrettable.Dommage! Et si Lénine était un Capulet?

  2. Big'sBen'Z dit :

    6 mai 2008 à 05:17 (#)

    Ahlala ! il faut s’y attendre quand l’on décide de faire des remakes de grands histoires comme “Roméo et Juliete”. Soit ça passe ou ça casse. Gonzo nous à tant fasciné avec des oeuvres comme Basilisk,Last exile que lorsque l’on matte Romeo X juliete on s’interroge sur une telle adaptation.

  3. Zak dit :

    6 mai 2008 à 05:50 (#)

    Le problème aussi est qu’un roman populaire comme chez Alexandre Dumas est peut être plus simple à raconter (même différemment) qu’une pièce de théâtre (un mélo qui plus est, genre quasiment absent en animation). Après, y’a le talent aussi…

  4. hana dit :

    12 mai 2008 à 12:31 (#)

    je ne vois pas ou est la passion! n’ont parceque romeo et juliet c’est surtout une histoire d’amour très passionnelle hors ici les deux personnages sont tellement potiches par moment qu’on ne croit pas une second a leur passion encore plus vers la fin! Ce romeo est trop naif bien loin de celui original qui est tout le contraire de celui de l’anime (c’est a dire un peu delinquant et tete brulé et non pas niais et propre sur lui..) et puis le coup de la revolution et faire passé le père de romeo pour une gros sal… genre mon père il etait gentil pas le tien na (un peu simple la vision du bien et du mal)…c’est vraiment abusé oio ! dans l’histoire original le peuple est plutot bien traité et les deux rois sont pas des dictateurs…

    et puis bonjour la touche ecolo a la fin devenir un arbre je m’attendais a tout sauf a un fake paraille c’etait plus comique que tragique en y pensant…et puis la revolution digne de lady oscar c’est le chapeau! -_-au armes citoyen ou au arbres citoyen comme dirait yannick noa plus approprié pour la fin

  5. Tybalt dit :

    14 juin 2008 à 03:44 (#)

    J’ai beaucoup apprécié cet anime, il est vrai que les personnages manquent parfois de consistance, en particulier Romeo et Juliet, mais l’histoire est assez prenante malgré tout cela. Escalus, je n’en parle pas, ça n’a rien à faire là… Mais cette série est digne d’intérêt, on se demande d’un bout à l’autre si les amants vont finir aussi tragiquement que les personnages d’origine… puisque les principaux faits sont fidèles à la pièce (la déclaration au balcon y est ^^). Le détachement à lhistoire originale et l’adjonction d’éléments fantasistes sont bienvenus car ajoutent à l’aspect rêveur de la série. La musique et les graphismes sont un plus…

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