Paprika
26 juin 2008 | Par Kakashi89 | Publié dans Critiques | 6 commentaires | lu 164 fois
Après Paranoia Agent, Perfect Blue ou encore Tokyo Godfathers, c’est désormais en tant que réalisateur bien assis sur son fauteuil de prospérité que Satoshi Kon nous présente son dernier-né sorti en 2006 : Paprika. En adaptant un roman d’anticipation du romancier Yasutaka Tsutsui (La Traversée du temps) en film d’animation, le réalisateur surdoué, revient une nouvelle fois à ses thèmes de prédilection ; à savoir la maladie mentale et plus généralement l’exploration des limites séparant l’illusion de la réalité. Toujours entouré de ses compagnons de succès (le studio Madhouse, le character designer Masashi Ando et le compositeur Susumu Hirasawa), celui-ci nous plonge, une fois de plus, dans les tréfonds de la confusion avec son habituelle folie scénaristique d’une cohérence à faire froid dans le dos. Une nouvelle œuvre d’art à la Satoshi Kon, à décortiquer ne serait ce que pour saluer ses précédents chefs-d’œuvre !

Dans le futur, un nouveau traitement psychothérapeutique nommé PT a été inventé. Grâce à une petite machine, la DC Mini, il est désormais possible de rentrer dans les rêves des patients afin de sonder les profondeurs de l’inconscient. Alors que le processus est toujours dans sa phase de test, l’un des prototypes de la DC Mini est volé, créant un vent de panique au sein des scientifiques. Entre de mauvaises mains, une telle invention pourrait avoir des résultats dévastateurs. La Dr. Atsuko Chiba, collègue de l’inventeur de la DC Mini, décide, sous l’apparence de sa délurée alter-ego Paprika, de s’aventurer dans le monde des rêves pour découvrir qui s’est emparé de cette machine… Ayant déjà approfondi, plus d’une fois, les questions de l’intrusion de l’irréel dans le réel, le réalisateur continu sur sa lancée avec Paprika en utilisant les rêves cette fois. Grâce à ces petites inventions nommées “DC Mini “, et à la fameuse Paprika qui sillonne les rêves de ses patients pour essayer de les guérir de leur névrose et troubles mentaux, Kon développe là un brillant nouveau concept qui va lui permettre d’étaler son expertise et son savoir faire dans tout ce qui relève de la description de l’intériorité psychologique humaine. En suivant les différents déplacements de Paprika dans ce monde onirique et donc dénué de toute logique, le spectateur se surprend à adhérer très facilement à toutes les absurdités et les aberrations qui défilent devant ses yeux. On saute d’une scène de cirque au film d’espionnage en passant par Tarzan. Mais bizarrement et contrairement à ce que nous avait habitué le cinéaste par ses précédentes œuvres, dans Paprika on n’a pas vraiment besoin de réunir tout son intellect pour suivre le fil logique des évènements. Tout l’univers déluré et décalé trouve un sens au milieu de ce qui semblait incohérent et incompréhensible de prime abord. On sent cette fois que Kon veut plus nous offrir du spectacle - tout en y intégrant sa touche personnelle - que nous faire sauter la cervelle avec une œuvre cérébrale truffée de scènes métaphoriques aussi impénétrables que insondables (je fais allusion à Paranoia Agent bien sûr).

Petit désenchantement pour ce qui est du développement des relations entre personnages. Les 90 minutes du long-métrage n’ont apparemment pas suffit pour bien approfondir ce point là. Même si chaque personnage, en tant que personne à part, sert bien le récit, mais pas plus que ça. Excepté le docteur Atsuko Chiba (et par ricochet Paprika) qui, en tant que personnage principal, a bénéficié de toute l’attention. Oui, vu que tout au long du film on bascule souvent, sans pourvoir l’anticiper, entre rêves et réalité, il convient mieux de dissocier les deux personnages (Paprika et Atsuko). Après tout, ces deux là ne forment peut être pas la même personne (ou plutôt personnalité). On perçoit quand même que Paprika est différente, de par sa façon d’agir, ses mouvements et même sa manière de parler qui n’a rien de la doctoresse qui est très sérieuse et assez flegmatique. On pourra même voir à la fin que les deux femmes subsistent dans le même rêve avec chacune son corps, et assister à une prise de tête entre elles alors qu’elles sont sensées constituer la même personnalité. Nous diront, pour ne pas trop se creuser la tête, que Paprika représente le subconscient et Atsuko le conscient. Pour donner vie à ce fantasme, le réalisateur a employé les grands moyens ; un budget à peu près deux fois supérieur à celui de Tokyo Godfathers (qui atteignais 2,4 millions de dollars quand même). Mais le résultat est là, des plans visuels rarement aussi riches et détaillés, même si les couleurs frôlent le criard par moment. Et comme susmentionné, le chara-design, très expressif, est signé Masashi Ando, et les musiques toujours aussi peu communes de Susumu Hirasawa appuient l’aspect décousu de l’atmosphère. Les seiyûs ont eux aussi fait du bon travail. Les voix des deux barmans dans le radio club, pour ceux qui ne le savaient pas, sont interprétées par Satoshi Kon (le grand mince aux cheveux bouclés) et Yasutaka Tsutsui (le gros avec la petite moustache) eux même. La VF n’a pas non plus grand-chose de reprochable.

À l’image d’un tour de manège, pendant lequel les couleurs et les décors s’entremêlent harmonieusement, Paprika nous aspire dans un tourbillon fantasmagorique parsemé de descentes vertigineuses et de looping déconcertants. Une ode à la liberté d’esprit assumée par un grand maitre qui ne cesse de nous surprendre par sa capacité à s’infiltrer au plus profond des méandres de l’esprit humain. On l’avait deviné, Satoshi Kon est un bon. Il le prouve encore une fois avec Paprika. Sachez que d’après ses propres dires, pour son prochain projet (encore non annoncé jusqu’à présent), il compte s’éloigner définitivement du registre “œuvre casse-tête” pour s’ouvrir à de nouveaux horizons inédits. Quoiqu’il en soit, l’avenir seul nous révèlera si celui-ci parviendra à transcender l’ordinaire avec ce nouveau lancement. En tous les cas, on ne lui souhaite aucunement la même dégringolade qu’un Yoshiaki Kawajiri !
26 juin 2008 à 10:10 (#)
Une nouvelle fois, excellent article qui rend hommage à un très bon film. Juste très bon car je n’ai pas été intégralement emballé à mon grand regret par le dernier film de Satoshi Kon. Reste une œuvre passionnante, irrémédiablement personnelle et thématiquement riche. A voir absolument.
27 juin 2008 à 01:22 (#)
Merci
Pour ma part, même si Kon avais placé la barre très haute avec Perfect Blue et Tokyo Godfathers, je trouve à mon humble avis que Paprika est son meilleur travail jusqu’à présent.
27 juin 2008 à 10:09 (#)
Excellent film. Bien meilleur que la série paranoia agent à mon goût.
27 juin 2008 à 12:27 (#)
exellent article en effet. perso j’ai confience en satoshi kon chui sur qu’il nous sortira un truc tjrs aussi original pour son prochain film !!
27 juin 2008 à 06:05 (#)
Excellent film avec un univers complexe et coloré.
En regardant le film commenté de Satoshi Kon nous explique qu’il a insérer le titre de son prochain film (Scène ou Paprika regarde le cinéma sur à la fin elle regarde une affiche de film) c’est celui la.
27 juin 2008 à 07:19 (#)
Il n’y a rien à reprocher ni à l’oeuvre du génie et le maitre incontesté de la japanimation ni aux talents de rédacteur de notre cher ” kakashi89 ” ^^ !
Trés bon film que j’ai adoré ; nous plongeant ainsi dans un monde onirique où on ne peut différencier le rêve du réel; dérangeant, mouvementé et intelligent ; une véritable claque sur un scénario exceptionnel.