Noein - to your other self
18 septembre 2006 | Par Zak | Publié dans Critiques | lu 57 fois
Entré dans la cour des grands depuis le début de l’année 2005, le jeune studio Satelight (spécialisé auparavant dans les travaux de sous-traitance, notamment sur l’animation des CGI) a affiché d’emblé des ambitions dignes des plus grands studios nippons d’animation : budget de blockbuster, utilisation innovante des nouvelles technologies, staff technique de rêve et développement d’histoires épiques. Si le succès est au rendez-vous pour l’instant, leurs œuvres ont du mal à convaincre les aficionados. Entre un Aquarion sentant la chaussette usagée et un Hellsing Ultimate très controversé, Satelight a encore tout à prouver pour s’imposer sur le marché. Noein de Kazuki Akane (Vision d’Escaflowne et Heat Guy J), série de science-fiction en 24 épisodes diffusée d’octobre 2005 à avril 2006, est peut-être le titre qui allait changer la donne…

Quinze années dans le futur, une guerre oppose Lacryma à Shangri-La, deux dimensions parallèles. Pour mettre fin au conflit, les dirigeants de Lacryma envoient les “Dragons”, des guerriers d’élite aux pouvoirs extraordinaires, dans le passé. Ils ont pour mission de trouver le Torque du Dragon (ou Collier du Dragon), un être censé faire pencher la balance définitivement. Au Japon de nos jours, Haruka, Yuu, Isami, Miho et Ai forment un groupe d’amis soudés. Un soir, alors qu’ils se promènent dans le cimetière du coin à la recherche d’éventuels fantômes, ils tombent sur Karasu, un des Dragons de Lacryma. Haruka, la jeune écolière de 12 ans, découvre alors qu’elle est l’objet de tous les désirs… Comme vous pouvez le constater, le postulat de départ de Noein est d’un classicisme effarant. Les univers parallèles et autres voyages temporels ont souvent été le sujet de nombreuses œuvres cinématographiques et télévisuelles (notamment en animé). Si l’on peu apprécier l’approche scientifique du multivers (par le biais des théories de la physique quantique), la plupart des thèmes développés ont été maintes fois exploités en japanime (danger de la technologie, quête des souvenirs perdus ou encore les décisions à prendre dans sa vie et leurs conséquences). D’autant plus que ces derniers sont traités de manière académique au sein d’un récit trop manichéen (d’où la désagréable impression d’assister à un sous-Matrix). La faute revenant aux dictats commerciaux imposés par Satelight au réalisateur d’Escaflowne : cibler un public adolescent, aussi bien féminin que masculin (avec les désormais traditionnels “je vais devenir plus fort pour te protéger” de shônen qu’on entend au moins trois fois par épisode) privant ainsi Noein du statut d’œuvre de maturité (et mature par la même occasion).

Finalement, si l’on enlève la niaiserie ambiante de Aquarion, Satelight refait les mêmes erreurs et saborde un animé qui aurait pu devenir une nouvelle référence. Mais malgré ses nombreuses tares, la série de Kazuki Akane (et Hiroshi Ohnogi, scénariste sur Macross Zero, Eureka 7 et… Aquarion) sauve les meubles de bien belle manière sur une bonne partie de sa durée. Grâce notamment à la galerie de jeunes héros, dégageant de leurs interactions un sentiment de nostalgie palpable. Les auteurs ont opté pour des portraits réalistes de ces enfants. Ainsi, chacun doit affronter les démons qui l’entourent (les affres de la vie) comme l’absence du père (chez Haruka et Yuu) entraînant des problèmes de communications au sein du cocon familial (Yuu et sa mère). Même si certaines scènes sont redondantes (Yuu qui fugue…), Noein s’inscrit dans un registre intimiste et réaliste fortement appréciable. En parallèle, l’animé nous présente d’authentiques figures guerrières iconiques nommées Dragons (qui possèdent tous des noms d’oiseaux). Karasu, Fukurou et surtout Atori (excellente prestation, à la fois démoniaque et touchante, de Kenichi Suzumura) et les autres représentent le dernier espoir d’une humanité sur le point de disparaître. Si la présence de ces soldats du futur nous permet d’assister à des affrontements jubilatoires (Bleach et Naruto viennent de prendre 10 ans d’âge), certains devront faire face à leur double temporels (Karasu et Noein, le leader de Shangri-La, sont tous deux Yuu avec 15 ans de plus !). Dès lors, Karasu va trahir son camp pour protéger Haruka (qui aurait dû finir en légume pour sauver Lacryma) devenant ainsi un père de substitution pour la jeune fille. Parmi bonnes idées que nous offre Noein, on peut citer la surprenante disparition de l’un des principaux protagonistes en milieu de série et l’évolution scénaristique d’Atori, passant du psychopathe caricatural au bisounours attachant.

Si le script s’avère assez brouillon et trop souvent tiré en longueur (il y a bien 8 épisodes en trop), il est heureusement transcendé par une mise en scène inventive et efficace dès que l’action se met en route. Kazuki Akane est bien le maître à bord, mais il pourra remercier Shoji Kawamori (storyboardeur sur l’épisode 20), Shinichiro Watanabe (storyboardeur sur l’épisode 22 et son flash-forward nihiliste sur le futur destin de nos héros) et surtout Kazuhiro Furuhashi (storyboardeur sur l’épisode 12 et son hallucinant combat) pour leur travail graphique exceptionnel (comme les effets de style crayonnés). De même, le chara design de Takahiro Kishida (Serial Experiment Lain) risque de vous surprendre avec un style plus proche des productions américaines que japonaises. Enfin, on citera aussi une bande originale marquante aux consonances épiques et lyriques signé Hikaru Nanase (Scrapped Princess et Chrno Crusade). En soit, même si la série se tire plusieurs fois la balle dans le pied pour céder aux sirènes commerciales, Noein est un titre de qualité permettant au studio Satelight de préparer le terrain en vu de futurs chefs-d’œuvre. Du moins, on l’espère.