Naruto : les films 1 et 2

5 juin 2006  |  Par Zak  |  Publié dans Critiques  |  lu 23 fois

Naruto: Dai Katsugeki!! Yuki Hime Shinobu Houjou Datte Bayo!

Avant de parler de ce premier film, il faut revenir sur ce phénomène qu’on appelle Naruto. À l’origine, c’est un manga shônen de Masashi Kishimoto (encore en cours de publication), qui en 2002 a eu droit à son adaptation animée par Studio Pierrot (comme le manga, la série est toujours en cours, l’épisode 187 vient d’être diffusé). L’animé est un énorme succès, comptant déjà dans le monde un nombre ahurissant de fans. Cette réussite, Naruto la doit à un scénario prenant, un univers attrayant, des combats dantesques et des personnages marquants. En gros, tous les ingrédients d’un bon shônen. Et la recette fonctionne encore à merveille comme au temps de Dragon Ball Z. Ce n’est pas une surprise si je vous dis que ce film a été un succès immédiat lors de sa sortie en août 2004 au Japon. Pourtant le résultat final est mi-figue, mi-raisin. Certes le film reste dans l’esprit de la série, mais le manque d’originalité et surtout d’ambitions l’empêche de dépasser le cadre de l’œuvre télévisée.

Sousetsu Kazehana était le Daiymo du Pays des Neiges. Il voulait qu’à sa mort, sa fille Koyuki lui succède, mais son frère, Dotou, voulait lui aussi prendre le pouvoir. Ce dernier prit alors le trône de force et Sousetsu fut tué. Avant de mourir, il donna à sa fille un cristal, et elle se sauva du pays. Dotou recherche depuis ce cristal pour découvrir les secrets du Pays des Neiges. Avide de pouvoir, il déclara la guerre aux pays voisins pour augmenter son influence. Quelques temps après l’examen Chuunin à Konoha, une nouvelle mission est donnée à l’équipe de Kakashi. Celle-ci consiste à escorter l’actrice Yukie Fujikaze au Pays des Neiges où elle jouera dans un nouveau film. Mais arrivés sur place, nos compagnons se font attaquer par trois ninjas répondant au nom de Mizore, Nadare et Fubuki. Hayato Date, réalisateur attitré de la série (ainsi que de Tokyo Underground et les deux premières saisons de Saiyuki) s’est vu attribué la lourde tâche de transposer l’univers de Kishimoto au cinéma. Un choix logique quand on voit l’énorme boulot de l’auteur pour nous offrir un shônen de très grande classe, souvent magnifié par une mise en scène inspirée (c’est là que Naruto dépasse un Dragon Ball Z). Ce n’est pas la première fois qu’il s’attaque à un long-métrage de cinéma puisqu’en 2001 il avait signé Saiyuki : Requiem, qui déjà était une déclinaison de série en film. Seulement voilà, ce dernier film n’était qu’un épisode de 20 minutes étiré sur 1 h 30 avec plus de moyens. On était en droit d’espérer qu’il ne nous refasse pas la même erreur sur son deuxième film. Pourtant c’est bien le cas et le film Naruto se révèle être un beau pétard mouillé.

Naruto et ses amis se retrouvent embarqués dans une histoire très classique et traitée sans la moindre originalité avec un méchant mégalo qui veut dominer le monde et kidnapper la jolie princesse. Je veux bien que le film n’ait aucun rapport avec la série, mais les auteurs auraient pu prendre soin de ne pas bâcler une telle franchise. Toutes les péripéties sentent le déjà vu, les combats ne manquent pas d’efficacités mais leur courte durée se révèle particulièrement frustrante (dans la série pour le combat Rock Lee contre Gaara, j’applaudissais comme un gamin). De même, le traitement stéréotypé des nouveaux personnages empêchera toute identification du spectateur sur les différents enjeux de l’intrigue. Finalement, tout ce qui faisait la saveur de la série se perd dans l’adaptation cinématographique. Typique. En effet, nombre d’animés ont foiré leur passage sur grand écran (toute proportion gardée, ces films restent largement regardables). Mais il est souvent difficile de condenser en métrage de 1 h 30 toute la richesse d’une série où l’on a le temps de présenter les personnages et de les faire évoluer au sein de l’intrigue. Néanmoins, le film a le mérite d’offrir une animation de qualité (budget important oblige) et les scènes mêlant la 3D à la 2D passent parfaitement à l’écran. Finalement, alors qu’on espérait une véritable œuvre de cinéma pour ce premier film Naruto, on obtient un téléfilm sans saveur. Putain de déception.

Gekijyouban Naruto Daigekitotsu! Maboroshi no Chiteiiseki Dattebayo!

Pour ce second film (sorti un an plus tard), Hayato Date laisse sa place à Hirotsugu Kawasaki. Si l’on ne connaît pas les circonstances de ce changement de réalisateur, on peut aisément deviner que Studio Pierrot voulait cette fois-ci placer la barre plus haute. Car Kawasaki est avant tout un habitué des long-métrages de cinéma. Il a été animateur sur Metropolis de Rintaro, Ghost in the Shell de Mamoru Oshii et même chef animateur sur Stink Bomb, un des segments de Memories. Enfin, il est surtout l’auteur de Spriggan ! Bref, un CV bien remplit et idéal pour remonter le niveau de la franchise (qui, sombre de plus en plus dans les abysses de la nullité depuis maintenant un an).

Naruto, Sakura et Shikamaru ont pour mission de retrouver un animal perdu pour le compte d’un village. Sur le chemin du retour, ils sont attaqués par un ennemi inconnu, menée par un chevalier du nom de Temujin. Durant la bataille, le groupe se retrouve séparé, tandis que Naruto et Temujin chutent d’une falaise. Shikamaru part à leur recherche et tombe sur une gigantesque forteresse volante. Il décide alors d’aller voir ça de plus près… Pendant ce temps-là, Naruto et Temujin sont sauvés par un peuple de nomades. Naruto demande alors au chevalier pourquoi il l’a attaqué. Ce dernier dit appartenir à un groupe idéaliste rêvant de construire un monde utopique sans guerres. Et pour cela, Temujin est prêt à tous les sacrifices pour atteindre son but. Avec son impressionnante scène d’ouverture dans laquelle Gaara et Kankuro montrent tout l’étendu de leur pouvoir, on pouvait, à ce moment, aisément deviner que ce second film risquait d’être d’un tout autre niveau. Ces quelques minutes se révèlent bien plus excitantes que tout ce qu’on a pu avoir dans le premier film. Et ce n’est qu’un avant-goût puisque le film recèle tout au long de son déroulement un panel de combats dynamiques superbement mis en scène (Naruto contre Temujin, Gaara et Kankuro contre les sbires d’Haido, la combinaison Shikamaru/Kankuro et le fight final). De quoi rendre le sourire aux fans en manque de bastons digne de ce nom. Long-métrage oblige, l’animation nettement supérieure à la série (surtout qu’actuellement celle-ci est juste du niveau d’un Yu-Gi-Oh) et de qualité égale avec le premier film.

Pourtant le film est loin d’être une réussite. Une fois de plus, le scénario se révèle extrêmement faiblard, peu original (on lorgne du côté du mythe de l’Atlantide) et peuplé de personnages stéréotypés (le méchant qui se fait passer pour le gentil). Néanmoins, le spectateur risque d’être surpris par cette petite réflexion très actuelle autour de l’extrémisme religieux, montrant l’absurdité des sacrifices. Cela ne va peut être pas très loin, mais elle a le mérite d’être présente (et ça nous change des leçons de morale dont nous assènent les scénaristes dans la série TV). En attendant Naruto Next Gen, le prochain film sort en août avec comme nouveau réalisateur Toshiyuki Tsuru (Gungrave donc ça va péter c’est moi qui vous le dis !).

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