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Naruto

22 mars 2007  |  Par Zak  |  Publié dans Critiques  |  lu 1 850 fois

logo_naruto.jpgPrès de 40 tomes, une adaptation TV de plus de 200 épisodes, une nouvelle série animée qui vient juste de démarrer, des jeux vidéo sur presque tous les supports existants, du merchandising à foisons et des fans à travers la planète entière… Voici, en gros, les chiffres actuels de Naruto. D’où vient le succès de ce manga de Masashi Kishimoto (commencé en 1999 alors qu’il n’avait que 25 ans) alors que les shônen du même type pullulent sur le marché nippon ? Naruto est-il original, novateur, voir révolutionnaire ? Rien de cela, le manga a su juste exploiter pleinement ces influences et s’octroyer le titre de digne successeur de Dragon Ball. Ce qui n’est pas rien.

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Il y a douze années de cela, Kyuubi, le démon-renard à neuf queues qui terrorisait le pays fut vaincu par le quatrième Hokage du village de Konoha. Ce dernier sacrifia sa vie et scella l’esprit du démon dans le corps d’un jeune nouveau né du nom de Naruto Uzumaki. Aujourd’hui, Naruto est un jeune élève de l’académie de Konoha sur le point de devenir un Gennin, le rang le plus bas des ninjas. Orphelin, il a grandi dans la solitude et le mépris des autres. Seul Iruka, un professeur de l’académie, semble être attaché à lui. Ainsi, pour se faire remarquer, Naruto n’hésite jamais à faire le pitre et autres farces envers les autres. Le jeune garçon ne cache pas aussi ses ambitions démesurées en avouant, à qui l’entende, qu’il sera le prochain maître Hokage du village. Mais le chemin vers le plus haut rang ninja ne sera pas simple quand on a déjà du mal à obtenir son diplôme de Gennin… Si Masashi Kishimoto n’hésite pas à utiliser le terme de « dieu » pour évoquer d’Akira Toriyama, ce n’est pas un hasard. Le créateur des aventures de Son Goku est plus qu’une simple influence pour Naruto, il imprègne totalement l’âme même du manga. Naruto/Goku même combat ? On s’aperçoit que les deux personnages sont construits sur une base identique : gaffeur, gourmand, balèze et surtout imprévisible… Une chose les différencie vraiment : Naruto a les cheveux jaunes dès la naissance ! Kishimoto reprend aussi l’idée d’instaurer rapidement un rival à Naruto en la personne de Sasuke (tout comme Krilin l’était à Goku). Ainsi, une bonne partie des protagonistes trouvent leur inspiration dans l’univers de Dragon Ball (Jiraiya/Kame Sennin, Orochimaru/Freeza, Gaara/Vegeta, etc.). Le tournoi d’arts martiaux, propre aux shônen de baston, fait aussi parti de Naruto (lors de l’examen Chunnin), tout comme l’entraînement pour acquérir de nouvelles techniques de combat.

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Seulement voilà, il ne faudrait pas croire que Naruto n’est qu’une vague resucée de Dragon Ball. Masashi Kishimoto ancre davantage son univers dans le folklore nippon (les ninjas) que dans la science-fiction. Pas de boules d’énergie ici mais des techniques ninjas (les jutsu) offrant des combats plus tactiques que bourrins (le gros défaut d’un Bleach par exemple). Et pour l’anecdote, sachez que le mangaka est parti de la soupe de râmen, son plat favori pour créer le personnage de Naruto. De même, il s’est inspiré de son village natal pour Konoha. Tout ça pour dire que Kishimoto n’est pas qu’un simple élève de Toriyama. Il a su au fil des chapitres transcender son simple shônen en saga shinobiesque, aussi bien scénaristiquement que d’un point de vue graphique. Et surtout, il a su donner une identité à son œuvre. De là à dire qu’il peut rivaliser avec son maitre, il n’y a qu’un pas… Mais revenons à l’adaptation animée. La diffusion de cette dernière remonte à octobre 2002 avant de se clore 220 épisodes plus tard en février 2007. Puis de renaître sous le titre de Naruto Shippûden comme Dragon Ball Z en son temps (encore un point commun, tiens). Derrière l’énorme staff travaillant derrière l’animé se cache Studio Pierrot, à qui l’on devait déjà Saiyuki, autre shônen phare de ces dernières années, GTO, Hikaru no Go et récemment Bleach (le concurrent direct vient du même studio !). Hayato Date, réalisateur des deux premières saisons de Saiyuki, occupe le poste de réalisateur en chef (poste qu’il occupa aussi sur le premier long-métrage Naruto), secondé par une ribambelle de storyboarders (dont Toshiyuki Tsuru, réalisateur du troisième film Naruto et surtout de Gungrave !) et de scénaristes. On s’aperçoit d’ailleurs des choix hétéroclites de scénaristes engagés : d’un côté nous avons le duo Akatsuki Yamatoya (Fullmetal Alchemist et Saint Seiya Tenkai-hen) et Michiko Yokote (Saint Seiya : chapitre Hadès – Le Sanctuaire et Saint Seiya Tenkai-hen) et de l’autre on retrouve des « yes-men » tout droit sortis de cet étron de Yu-Gi-Oh!.

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Si l’adaptation reste plutôt fidèle, Naruto souffre du problème inhérent des transpositions d’œuvres fleuves dont la prépublication du manga est encore en cours. L’animé avance très lentement et perd forcément de son efficacité par rapport à son format d’origine (le combat Orochimura/Sarutobi ne semble jamais en finir par exemple). Un défaut, qui passera difficilement si vous connaissez le manga par cœur. En revanche, les autres vont prendre un plaisir indéniable devant les diverses aventures de nos héros. On retiendra notamment l’arc Zabuza avec ses affrontements dantesques (Kakashi copiant les mouvements de Zabuza, la furie du combat Naruto/Haku) et ses scènes véritablement touchantes (Naruto faisant craquer le cœur de pierre de Zabuza, la fin poétique sous la neige). Le second arc n’est pas en reste avec les traditionnelles épreuves (dont celle écrite digne d’un partiel d’électromagnétisme !) et autres éliminatoires où vont s’affronter différents ninjas venus de tous les villages cachés du pays. Parmi ceux-ci, on retiendra l’hallucinant (et le terme est faible) combat opposant Rock Lee à Gaara. Entre chorégraphies très travaillées, une explosion de fureur digne d’une transformation en Super Saiyan-jin et une animation exceptionnelle, cette séquence restera longtemps gravée dans vos rétines. Mais c’est aussi le cas de la rixe entre Sasuke et Orochimaru lors de l’examen Chunnin, celle opposant Sarutobi aux deux anciens Hokage du village revenus d’entre les morts, celle entre Rock Lee puis Gaara contre Kimimaro et bien sûr le duel fratricide Naruto/Sasuke qui aurait dû clôturer la première partie de la série. Nous sommes à l’épisode 135 (diffusé en mai 2005) et le manga est presque rattrapé. Faut-il arrêter la série en attendant que Kishimoto prenne de l’avance sur son œuvre ? Les exécutifs de Studio Pierrot ne l’entendent pas de cette oreille et décident de poursuivre l’animé par le biais de fillers, des histoires n’ayant aucun lien avec le manga (ce qui était déjà le cas pour les épisodes 101 à 106). Grossière erreur.

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Si le passé nous a démontré que les fillers pouvaient être une bonne idée (Saint Seiya Asgard), il a aussi prouvé le contraire (Dragon Ball Z, encore lui). Malheureusement, le je-m’en-foutisme de Studio Pierrot opte pour l’économie de moyens et d’idées. Ainsi, de l’épisode 136 à 220 (84 épisodes tout de même !), Naruto atteint des fonds abyssaux de nullité. Les personnages perdent leur charisme, les combats disparaissent pratiquement, l’humour est uniquement pipi caca, les intrigues s’adressent à un public très jeune au cerveau en voix de développement et l’animation prend un sacré coup de vieux. Seul le tout dernier filler remontera finalement le niveau de la série. Mais c’est peu car durant tout ce temps (quasiment 2 ans !), les fans se sont tirés des balles à tour de rôle. Le remède ? Suivre en même temps les DVD édités alors en France pour se rappeler que Naruto… C’était mieux avant ! En effet, après diverses tractations, Naruto a débarqué chez nous (d’abord en DVD) à la fin de l’année 2005 sous la bannière de Kana, l’éditeur du manga. La chaîne Game One commença début 2006 à diffuser la série en version non censurée… Gné ? Pourquoi parle-t-on de censure ? Serait-on revenus au temps du Club Dorothée ? Ségolène Royal aurait-elle encore frappée ? En France, il existe trois versions de l’animé : la version non censurée (la normale quoi), la version « jeunesse » diffusée sur Cartoon Network et la version « enfant » (sic) diffusée sur France 3 sous le titre absurde de Phénomène Naruto. On peut se demander quel est l’intérêt de ses différentes versions car Naruto n’a pas sa place dans les émissions destinées aux enfants. Censurer une œuvre, c’est dénaturer son contenu et insulter ceux qui y ont participé. Donc merci aux imbéciles responsables de cela (et malheureusement cela ne se limite pas à la France). Autant vous dire que pour profiter pleinement de la série il faut se tourner vers les coffrets DVD plutôt coûteux (VO obligatoire, la VF étant de toute façon pitoyable).

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Cet article arrive à son terme et on n’a pas encore évoqué les différents thèmes abordés par Kishimoto comme celui de l’exclusion et de la tolérance (Naruto rejeté depuis sa naissance car il renferme l’esprit de Kyuubi, idem pour Gaara avec le démon Shukaku) ou celui de la vengeance. En effet, Sasuke ne vit que pour se venger de son frère (Itachi, qui, en quelques séquences s’imposent comme le personnage le plus classieux de la série), coupable d’avoir décimé son propre clan. Versant au cours de l’histoire de plus en plus vers le côté obscur (la colère entraîne la haine… on connait le refrain !), Sasuke choisira le pouvoir, quitte à tout perdre. Une évolution remarquable et inattendue confirmant bel et bien que Naruto est capable d’être autre chose qu’un simple shônen de baston (encore faut-il faire abstraction de la période des fillers bien sûr…).

PS : au jeu du best of des séquences marquantes, on cite logiquement les différents combats mais la scène où Sasuke se réveille après avoir été « maudit » par Orochimaru avant de balancer à son amie : « Sakura, qui a osé porter la main sur toi ? », puis ensuite d’aller briser les deux bras du responsable, est un petit moment d’anthologie à vous donner des frissons.

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