Nana
14 août 2008 | Par Zak | Publié dans Critiques | 1 Comment | lu 1 276 fois
Après avoir adapté Paradise Kiss en 2005, manga de la désormais ultra célèbre Ai Yazawa, le studio Madhouse attaqua dès l’année suivante celle de Nana. Derrière ce titre passe-partout se cache l’œuvre la plus aboutie de la mangaka mais aussi le shôjo le plus populaire et le plus célébré à travers le monde. Nana, c’est 19 volumes depuis 2000, des goodies à foisons, deux films live (2005 et 2006) et donc désormais une série animée de 47 épisodes (disponible chez Kaze) signé Morio Asaka (Cardcaptor Sakura, Chobits, Gunslinger Girl). Après le monde de la haute-couture, Ai Yazawa s’attaque à celui de la musique punk rock par le biais d’une histoire d’amitié entre deux jeunes femmes que tout oppose mais qui recherchent au final la même chose : l’amour.

Nana Osaki et Nana Komatsu ont toutes deux le même prénom, le même âge et elles montent à Tokyo. Les deux jeunes femmes se rencontrent dans le train : l’une va rejoindre son petit ami, l’autre veut devenir chanteuse pro, mais quelque part, elle est également à la poursuite de son petit ami parti pour faire carrière dans la musique deux ans plus tôt. Après avoir fait connaissance, elles se séparent finalement à la descente du train sans s’échanger leurs coordonnées… pour se retrouver par hasard, alors qu’elles cherchent toutes les deux un appartement. Trouvant avantageux de partager les frais de loyer, elles décident d’en louer un ensemble. Aussi différentes d’apparence que de caractère, Nana Osaki et Nana Komatsu se complètent pourtant, se soutenant mutuellement à travers les différentes épreuves qu’elles vont vivre… Très fidèle au support d’origine, la série dispose toutefois d’un atout de taille vis-à-vis de ce dernier : la musique. En effet, quoi de plus frustrant de lire le manga sans pouvoir entendre les partitions et chansons des groupes fictifs Black Stones et Trapnest. Aujourd’hui, c’est désormais possible grâce au compositeur Tomoki Hasegawa (Sayonara Zetsubô Sensei, D.N.Angel) et les deux chanteuses, Anna Tsuchiya et Olivia Lufkin (respectivement Nana Osaki et Reira Serizawa). Ainsi, des titres comme Rose, Wish, Starless Night ou Kuroi Namida apportent une véritable identité à la série par rapport au manga. Auquel on peut ajouter la participation de quelques pointures du doublage comme Romi Paku (Nana Osaki), Akira Ishida (Shin), Tomokazu Seki (Nobu) ou encore Toshiyuki Morikawa (Takumi), donnant littéralement vies à nos personnages préférés. On notera aussi - c’est assez rare pour le souligner - que le doublage français est presque aussi bon que l’original. L’animé Nana, apparaît alors comme un excellent complément et non une redite du formidable manga d’Ai Yazawa.

En effet, impossible de ne pas tomber sous le charme de cette histoire : de l’amitié forte unissant nos deux héroïnes, des relations amoureuses complexes et surtout crédibles, de la découverte du monde de la musique ou tout simplement celui de la vie à Tokyo. Contrairement aux apparences, Nana n’est pas un shôjo ordinaire et s’apparente peut être plus au jôsei (équivalent féminin du seinen). S’il est question d’amour de prime, les marivaudages sont traités avec une justesse et une maturité que l’on ne retrouve pas habituellement dans les mangas ou animés du genre. Par exemple, le sexe n’est absolument pas tabou ici et est montré comme quelque chose de banal dans une relation (sans pour autant être vide de sens bien sûr !). Bien sûr, on découvre qu’une relation sentimentale est compliquée à gérer et que le véritable prince charmant n’existe que dans les contes de fées. L’amour peut faire aussi très mal. On y évoque l’adultère et la séparation : celle entre Nana et Ren au début à la gare est déchirante. Le traitement est donc réaliste (difficile de ne pas se retrouver dans cette galerie de personnages) et grâce au soin apporté à l’écriture, le tout fonctionne avec une facilité qui semble déconcertante. Mais Nana est aussi un récit sur un groupe amateur qui monte à Tokyo pour devenir professionnel. Le chemin est encore long avant d’arriver là et Black Stones (ou Blast) doit se faire une réputation dans la capitale nippone pour intéresser les investisseurs. Ainsi, on plonge dans l’univers de la musique pro avec des maisons de disques qui cherchent avant tout le profit au détriment des ambitions artistiques du jeune groupe. On y évoque aussi la gestion compliquée de la starification, notamment au niveau de la vie privée (paparazzis, fans). La célébrité et l’argent ne font pas forcément le bonheur…

Les épreuves que traversent nos héros forment en réalité la thématique générale du passage à l’âge adulte. Quoi qu’il en soit Nana reste avant tout une comédie, souvent très drôle grâce aux pitreries de Nana “Hachi” Komatsu, fille délirante à la bonne humeur communicative. L’alchimie qui l’unit à l’autre Nana en fait un couple d’amies irrésistibles. Autour d’eux gravitent une galerie de personnages tous plus attachants les uns que les autres tels que Nobu, Shin, Yasu, Ren… Au fil des épisodes, le nombre de protagonistes devient de plus en plus important, si bien que la petite Hachi, véritable pièce centrale de l’histoire, prend de moins en moins de place dans l’intrigue… Comme si l’auteur ne savait plus trop quoi en faire. En effet, Nana est loin d’être parfait sur toute la durée. Non pas que la série réserve des longueurs (au contraire, il se passe toujours quelque chose !) mais sur la fin, on sent une baisse d’intérêt lorsque nos deux héroïnes se retrouvent séparées. De même, l’introduction de nouveaux personnages n’est pas tout le temps pleinement justifiée pour faire avancer l’intrigue. On devine d’emblé que Yuri et Myu ne sont là que pour jouer des futures petites amies (provisoires ?) pour les membres de Blast. Toutefois, les sous-entendus salaces de l’actrice X Yuri donneront lieux à quelques répliques très drôles. Autre chose, bien que la série s’inscrive dans le genre si balisé de la comédie romantique, l’auteur évite brillamment les clichés habituels et surtout conclut sur une incertitude, voir une note douce-amère. Bien sûr, l’animé ne couvre pas l’intégralité de l’histoire (le dernier épisode se termine au début du 12ème tome) donc cette fin est juste celle de la série mais elle sied parfaitement à la note d’intention affichée au départ : les sentiments dans Nana sont tout sauf simplistes et l’amour est définitivement quelque chose de très compliqué.

Ainsi, Nana réussit là où une très grosse majorité des œuvres appartenant au genre se plantent (aussi bien en manga, qu’au cinéma en général). Ce qui fait aussi que le public masculin est aussi friand de Nana que celui féminin (visé en premier lieu, forcément). En tout cas, on saluera l’excellent travail d’adaptation de Tomoko Konparu (Cat’s Eye, School Rumble, Nodame Cantabile) et celui de l’équipe technique de chez Madhouse : excellent choix des couleurs, le chara design est respecté, l’animation est de qualité et la ville de Tokyo personnifié comme on l’a rarement vu. Reste l’éternel problème des adaptations de mangas encore en cours : à quand la suite ? Eh bien, tant qu’Ai Yazawa n’aura pas conclut, Madhouse ne continuera sûrement pas la série. Les plus pressés se tourneront alors vers le format sur papier pour poursuivre, les autres devront encore être patients.
19 août 2008 à 02:23 (#)
J’ai acheté les 2 premiers tomes les yeux fermés, c’est un manga qui m’attirait alors que je ne connaissais pas du tout.
Enfin si, je connaissais le buzz autour, mais je ne regrette pas. (maintenant, j’ai tous les tomes sortis).
Les personnages des deux groupes (surtout Trapnest) sont très charismatique on mémorise rapidement leurs noms.
c’est intéressant de voir évoluer leurs relations sentimentale, tout est emmêlé et en même temps ils sont en concurrence musicalement.
“Ce qui fait aussi que le public masculin est aussi friand de Nana que celui féminin”
C’est vrai, d’ailleurs j’étais étonné moi même que ce manga d’apparence très féminin m’attire. Les shojo ont aussi leurs lecteurs masculins, ce n’est pas nouveau.
En tout cas très bon manga pour moi il me reste a voir la série animé. Je me pencherais plus sur les Shojo maintenant !
Merci pour l’article intéressant.