Monster
30 mai 2006 | Par Zak | Publié dans Critiques | 1 Comment | lu 1 038 fois
Ach l’Allemagne ! Ses bières, ses saucisses de Francfort, ses déclinaisons grammaticales, sa Coupe du Monde de football… Si je débute cet article par une description très stéréotypée de la patrie d’Angela Merkel, c’est parce que l’histoire de Monster s’y déroule presque intégralement. À l’origine, Monster est un manga de Naoki Urasawa (20th Century Boys). Commencé à la fin de l’année 1995 et terminé presque 7 ans plus tard, l’œuvre du mangaka est rapidement devenu un titre mondialement connu. Vendu à plus de 100 millions d’exemplaires et salué unanimement par la critique, Monster est ce qu’on appelle un chef-d’œuvre, ni plus, ni moins. Même Télérama en a fait sa couverture le temps d’un numéro. Ceux-là mêmes qui dénigraient les mangas il y a quelques années ! La preuve irréfutable, que Urasawa venait de frapper un grand coup dans la marre “manga”. Et ce n’est qu’un début.
Sehen Sie mich ! Sehen Sie mich ! Das Monstrum in meinem Selbst ist so gross geworden !

1986. Kenzo Tenma est un brillant neurochirurgien japonais pratiquant son art à l’hôpital Eisler de Düsseldorf en Allemagne de l’Ouest. Tenma est comblé, il vient de sauver la vie d’un chanteur d’opéra célèbre. Promis à la belle Eva Heinemann, la fille du directeur de l’hôpital, son avenir est tout tracé. Tout lui sourit jusqu’à cette nuit où arrivent deux enfants, Anna et Johann Liebert, dont les parents ont été découverts sauvagement assassinés. En choisissant de sauver le petit garçon plutôt que le maire de la ville, le docteur perdra tout : ses ambitions, son avenir prometteur et la main d’Eva. Le bonheur laisse place à la solitude et l’alcool. Surtout qu’autour des deux enfants, les morts se multiplient. Tenma n’aurait-il pas sauvé un monstre ? Deux ans après que le dernier volume soit sorti, Madhouse Studios produit l’adaptation animée. 74 épisodes pour retranscrire toute la richesse de l’œuvre de Naoki Urasawa. Une durée conséquente, réservée habituellement aux shônen fleuves. Pour mener à bien ce projet ambitieux, toute l’équipe de Master Keaton (autre adaptation d’un manga de Urasawa datant de 1998) se retrouve, avec comme chef de file Masayuki Kojima. Le réalisateur veut être fidèle au support d’origine, très fidèle (trop diront certains). Il ira, avec son staff, jusqu’en Allemagne pour des repérages et ainsi coller à la réalité. Düsseldorf, Francfort, Munich, ses villes présentes dans la trame principale sont toutes représentées avec le souci du détail. “Réalisme”, ce maître mot définit parfaitement l’animé. Loin des clichés, Monster brise, à de nombreuses reprises, les codes traditionnels du manga.

Atypique, on pourrait qualifier Monster de thriller psychologique. 9 ans après avoir sauvé le jeune Johann, Tenma est finalement devenu le chef du service de chirurgie de l’hôpital. Mais le passé rattrape le médecin puisque Johann, devenu adulte, refait son apparition. Après une vague de meurtres sordides, Tenma devient le suspect numéro un et se retrouve contraint de fuir… Ce qui pourrait s’apparenter à une vague resucée du Fugitif (un flic, ressemblant étrangement à Tommy Lee Jones, se retrouve chargé de poursuivre Tenma) n’est finalement qu’un leurre. Car ce qui intéresse l’auteur de Monster n’est pas la chasse à l’homme en elle-même, mais la confrontation entre le Bien (Tenma) et le Mal (Johann). En effet, Urasawa nous plonge dans les tréfonds obscurs de la nature humaine, nous emmenant aux sources même du Mal. Johann la chimère, le démon, mais aussi l’humain. À l’instar de George Lucas avec son désormais mythique Dark Vador, l’auteur nous présente l’incarnation absolue de la figure maléfique. Le Mal à l’état pur. Comme Vador, Johann est encore un humain (voir la magnifique scène de la larme lorsque Karl lui raconte sa jeunesse). Un point le dissocie par rapport au Seigneur Sith : son visage d’ange, sa beauté androgyne. Si la présence de Vador suffisait pour qu’on le craigne, Johann est terrifiant car le Mal est présent au fin fond de son âme. On peut apercevoir l’Enfer dans ses yeux (dira un des personnages). Et le monstre grandit en lui. Meurtrier, mais surtout manipulateur de génie, il se jouera de toutes les personnes de son entourage tel un marionnettiste virtuose (il ira jusqu’à convaincre des enfants de se jeter du haut d’un immeuble). Si Tenma fuit, ce n’est pas pour prouver son innocence, mais pour arrêter le massacre.

Et pour stopper tout ça, Kenzo Tenma est prêt à franchir la barrière. Ce “sauveur de vies”, aimé par tous ses patients, va abattre Johann et ainsi réparer son erreur. Très sombre, Monster nous décrit la descente aux enfers d’un homme, ultime symbole du Bien, qui, pour combattre un monstre, est obligé de devenir comme lui. Tenma part donc à travers l’Allemagne (en passant par la République Tchèque), à la recherche de sa cible. Il y rencontrera de multiples personnages. Parmi eux, Nina Fortner, ou plutôt Anna Liebert, la sœur de Johann. Elle est amnésique, comme si son esprit avait fermé à clef les souvenirs tragiques de son enfance. Mais le passé refait toujours surface, à un moment ou un autre. La force de Monster tient principalement dans les portraits psychologiques des différents protagonistes de l’histoire. Qu’ils soient présents tout au long de la série ou juste un épisode, chaque personnage est important pour Urasawa. À ce titre, Grimmer vole la vedette à Tenma à de nombreuses reprises. Cet ancien espion de l’Allemagne de l’Est reconverti dans le journalisme freelance enquête sur le mystérieux Kinderheim 511. Cet orphelinat, où l’on pratiquait des expériences sur les enfants, va se retrouver au cœur même de l’intrigue. En effet, Johann y aura passé un cours moment durant son enfance et provoquera la destruction de celui-ci (il aurait été l’initiateur d’une révolution). Grimmer affiche un sourire niais continuel. Mais ce sourire est superficiel (juste esthétique) car en réalité il n’arrive plus à éprouver le moindre sentiment. Des émotions qui lui ont été volées (tout comme sa véritable identité) durant sa jeunesse au… Kinderheim 511 (tout se regroupe). Grimmer est un personnage fort, incroyablement bien écrit et interprété avec une justesse remarquable par Hideyuki Tanaka (même en version française Pierre Tessier s’en sort à merveille). Et lorsque “Super Steiner” se réveillera, vous serez sacrément surpris…

Le commissaire Runge et Eva Heinemann font tous deux partis des personnages marquants de Monster. Le premier est un policier convaincu que Tenma est responsable de la vague de meurtres qui ensanglante l’Allemagne. Son intuition ne l’a jamais trompé et il est aveuglé par celle-ci. Runge est en réalité un homme terriblement seul, n’ayant plus aucun contact social avec sa famille. Il ne vit que pour son travail… jusqu’à ce que la vérité lui saute aux yeux. Eva est aussi une femme désespérément seule. Après avoir abandonné Tenma, elle tombe en dépression et sombre dans l’alcool. Elle, qui à l’habitude de tout posséder, se retrouve sans rien. Cette femme détestable aux premiers abords, inspirera finalement plus de la pitié que de dégoût. Monster nous dévoile une galerie de personnages aux destins généralement tragiques, des hommes ou femmes seules, en quête d’identité, de rédemption, de pouvoir ou de justice. Mais Monster ne serait rien sans son scénario machiavélique à souhait. Passionnant de bout en bout, la série possède un background incroyablement fouillé, un suspense généralement étouffant et présente un nombre incalculable de sous-intrigues. Si Tenma est le héros de l’histoire, la force centrifuge est indéniablement Johann (magnifiquement interprété par Nozomu Sasaki) et tous les personnages gravitent autour de lui. Il arrive que l’ex-neurochirurgien soit laissé de côté pendant plusieurs épisodes. L’histoire se concentre alors sur quelqu’un d’autre, dont le destin sera intimement lié à celui de Johann (par exemple le détective Richard Braun). Mieux, Monster risque de vous surprendre à de nombreuses surprises. Le rebondissement final de l’épisode 44 (au début du passage à Prague) est d’un diabolisme ahurissant (tout restant extrêmement cohérent) et la séance de torture de l’épisode 42 va vous scotcher à votre siège.

Naoki Urasawa est un grand fan d’Ozamu Tezuka, le maître de tous les mangaka. En serait-il le digne héritier ? Certains vous diront sans hésiter que oui et ils auront sûrement raison. L’ombre de Tezuka plane sur Monster : le héros est un médecin, Tenma était le nom du créateur de Astro Boy ou encore un style narratif très proche de celui de l’auteur de Black Jack. Outre Tezuka, les influences de Monster sont bibliques (Johann le démon, l’apocalypse qu’il veut déclencher), cinématographiques (le Film Noir comme ce passage avec Martin, le garde du corps d’Eva) et surtout historiques puisque la description de l’ex-bloc de l’Est est stupéfiante (espionnage, expériences, etc.). Comme je le soulignais précédemment, les villes sont décrites de manière pointilleuse par un authentique perfectionniste. Prague notamment, une ville magique qui semble sortir d’un “conte de fée”. Mais une fois que l’on sort de celle-ci, on découvre une banlieue triste, sorte de vestige du communisme (les usines pourrissantes). Si Masayuki Kojima reprend dans les grandes lignes le découpage d’Urasawa (qui relève du génie, tout simplement), il a réussi à instaurer l’ambiance glauque et oppressante qui émanait du manga. Et le pari n’était pas si aisé que cela. Une grande part de ce succès tient aux superbes partitions musicales de Kuniaki Mashima. Le compositeur se montre aussi bien à l’aise sur des séquences fortes que sur celles plus calmes. Malgré un rythme plutôt lent, Kojima nous offre de purs moments de stress comme cette scène où Grimmer et l’inspecteur Suk se retrouvent piégés dans une vieille bâtisse. Assiégés par d’anciens membres de la police secrète tchèque armés jusqu’aux dents, nous suivons la scène uniquement du point de vue de nos héros. Utilisant avec parcimonie le procédé du hors champ (on entend uniquement les opposants ce qui renforce l’implication du spectateur), le réalisateur livre ici une des séquences les plus palpitantes de l’animé.

Parmi les autres séquences marquantes de Monster, on citera l’incendie de la bibliothèque, la confrontation entre Runge et le docteur Gillen, le retour de Roberto, Johann torturant mentalement un orphelin à la recherche sa mère et bien sûr le final. Ce dernier reprenant l’idée de la menace invisible, mais cette fois-ci c’est un village entier qui se transforme en champ de bataille ! Un climax absolument dément (impression de danger permanent, Runge qui perd son calme, révélations à foisons) dont l’aboutissement contraste totalement avec la noirceur apocalyptique qui émanait de l’animé jusque-là (Tenma ne deviendra jamais un monstre). Au final, on quitte nos héros avec regret car on aura vécu avec eux, souffert avec eux, ressenti leurs émotions, leurs désespoirs… La preuve que Monster est une œuvre viscérale, intense et poignante. Un chef-d’œuvre quoi.
2 février 2009 à 10:18 (#)
salut je viens de tomber sur ton article que j’ai bcp aimé
la petite histoire c’est que je suis tombée au hasard il y a bien un an de ça sur Monster à la télé,et j’ai bien accroché mais malheureusement j’ai fini par ne plus pouvoir le regarder à cause de l’horaire de diffusion
et ce w-e je me suis souvenue de l’existence de ce manga et donc j’ai repris l’anime en cours et depuis j’ai du mal à m’arrêter de regarder, dès que je finis un épisode j’en lance un autre etc lol
et comme j’ai fait vite fait un article sur l’anime sur mon skyblog, je pense y ajouter un lien vers ta page car ton article est vraiment très bien et donne vraiment envie de regarder la série ou feuilleter le manga voilà ^^