Mind Game
19 mars 2006 | Par Zak | Publié dans Critiques | lu 140 fois
Basé sur un manga en 3 volumes de Robin Nishi (aussi héros de l’histoire), Mind Game est le dernier petit bijou du Studio 4°C. Sorti au Japon en août 2004 dans une petite combinaison de salles (une dizaine seulement), le film de Masaaki Yuasa a pourtant très rapidement fait parler de lui dans le milieu de l’animation (il a notamment eu le Grand Prix au Japan Media Arts Festival 2004). Nishi, un mangaka sans succés retrouve son premier amour de collége Myon. De surprise en surprise, ils se feront poursuivre par des yakuzas avant de se retrouver dans le ventre d’une baleine. À l’intérieur de cet espace clos, Nishi et ses amis apprendront à aimer les autres, à s’aimer eux-mêmes…

Difficile de raconter en détail une histoire aussi déjantée que celle-ci. En effet, le film de Yuasa (dont c’est la seconde réalisation après le pilote de la série Vampiyan Kids) est un ride de 1 h 43 où se côtoie une galerie de personnages hétéroclites dans un univers totalement barré. Imaginez un film où le rythme fou ne s’arrêterait jamais, balançant le spectateur de droite à gauche sans que celui-ci puisse respirer une seconde. Au premier abord, on pense à du Bill Plympton, mais rapidement on devine que l’influence du cinéaste américain n’est que secondaire car Mind Game est un film unique aussi bien au niveau narratif que graphique. Certaines séquences se révèlent immédiatement cultes : le pétage de plomb du yakusa footballeur, le passage chez Dieu et la remontée des flots dans la baleine. Cette dernière scène étant clairement une métaphore de la naissance. On vit la séquence comme un accouchement, le héros, complètement nu, se libère d’un corps après un effort intense. La plupart des thématiques de l’œuvre tournent autour de la vie. Alors que nos héros se retrouvent enfermés dans la baleine, ils commencent à se remettre en question, ils se posent des questions existentielles sur le sens de leur vie, de la vie en général. Si le film est extrêmement drôle (sans tomber dans la caricature), il est aussi émotionnellement fort. On se surprend à éprouver de la tendresse pour les personnages. Le mélange des sensations est audacieux et fonctionne à merveille.

Mind Game est un authentique ovni animé mêlant différents styles graphiques : animation traditionnelle (2D et peinture), prises de vue réelles (pour les gros plans sur les visages) et des techniques plus évoluées comme les CGI ou le morphing. Si ce choix paraît dans un premier temps complètement déroutant, il s’intègre parfaitement à l’histoire et donne un cachet tout simplement unique à l’entreprise. De plus, le film alterne souvent les moments de narration classique et d’autres de psychédélisme expérimental (les passages musicaux notamment). Et malgré toutes ses qualités, Mind Game reste encore inédit chez nous. Qui sait, peut être qu’un jour il aura droit à une sortie en salles (ou au moins en DVD).