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My-Otome

13 mai 2006  |  Par Zak  |  Publié dans Critiques  |  1 Comment  |  lu 715 fois

Début 2005, alors que la diffusion de My-HiME approche de la fin, la Sunrise ne sait pas encore qu’elle tient entre les mains une nouvelle franchise lucrative. Quelques mois plus tard, la suite déboule logiquement sur les écrans nippons. Je parle de « séquelle », mais en réalité My-Otome est ce qu’on appelle un spin-off, une série dérivée reprenant les personnages de My-HiME en les introduisant dans un univers alternatif et mettant en scène une autre histoire. Un concept que l’on retrouve souvent dans le domaine de la série TV et de la bande dessinée (chez les comics notamment). Bien sûr, l’intégralité du staff rempile : Masakazu Obara à la réalisation, Yuki Kajiura à la musique, Hiroyuki Yoshino au scénario, etc. Et comme le précédent opus, My-Otome est décliné en manga (toujours différent de l’animé et aussi ecchi) ainsi qu’en jeu vidéo. Bref, c’est reparti pour un tour et les fans ont de quoi jubiler. Reste une question en suspens : My-Otome, suite purement mercantile ou réel projet artistique ?

Arika Yumemiya est une jeune adolescente de 14 ans à la recherche de sa mère disparue. Elle sait juste que cette dernière était une Meister Otome, le grade le plus haut de ces membres d’élites chargés de la protection des dirigeants des pays. Lors d’une guerre entre nations, ces mêmes dirigeants envoient leurs Otome combattre en duel. La gagnante permet à son pays de remporter la victoire. Ainsi, Arika arrive à Wind Bloom, le royaume abritant l’école des Otome : Garde Robe. Sur place, elle fait la connaissance de Mashiro, la jeune reine du pays qui vient de s’échapper de son château, et de Nina Wang, une élève de l’école Garde Robe. Alors qu’elles se promenaient en ville, un ennemi inconnu les attaque. Sauvées in extremis par Shizuru, une Meister Otome, Arika, épatée par la grâce de celle-ci, vient de trouver sa voie, son rêve : devenir une Otome… Première chose frappante, My-Otome est clairement plus ambitieux que son aîné. Exit l’unique cadre estudiantin de l’académie Fuuka, ici l’action se déroule dans un monde original (du genre rétro-futuriste), plus fouillé et surtout bien plus étendu (nos héroïnes parcourent de nombreuses contrées). De même, le côté intimiste de My-HiME semble s’abandonner au profit de la démesure (le syndrome de la séquelle, en fait) au profit d’une histoire épique incluant guerres entre nations et intrigues politiques. De même, le nombre de personnages à gérer a sensiblement augmenté. Première bonne nouvelle, les auteurs ne se sont pas contentés d’une resucée de My-HiME. Bien au contraire, ils ont essayé de réaliser une suite différente, tout en gardant les thèmes du précédent opus : le passage à l’âge adulte, l’amour impossible et le combat fratricide. Ajouter à cela un zeste de tragédie grecque et votre My-Otome est prêt à être consommé sans modération.

La première partie de la série se concentre sur les déboires d’Arika au sein de l’académie Garde Robe. La jeune fille, un brin naïve et gaffeuse, se retrouve dans une école où l’on apprend à se battre mais aussi à avoir de bonnes manières (des choses qu’une rustre comme Arika a du mal à assimiler ^^’). Après tout, le terme « Otome » veut dire « servante » en japonais. Le concept est atypique, légèrement ridicule (les uniformes des Otome sentent le fan service à plein nez), mais il fonctionne. De part sa bonne humeur communicative, Arika se fait rapidement des amis, notamment Nina Wang, l’élève la plus douée de sa classe. Bien qu’extrêmement renfermée sur elle-même, Nina finira par accepter l’amitié de Petite Fourmi (surnom que le père de Nina, Sergay Wang, a donné à Arika). Arika, Nina, ces deux personnages et la relation qu’ils entretiennent rappellera beaucoup celle entre Naruto et Sasuke dans Naruto. Mais aussi dans une nette majorité de shônen. Voici donc le premier problème de l’animé : les personnages répondent trop à des stéréotypes récurrents dans ce genre de production (alors que My-HIME avait soigneusement évité cela). Même si les deux personnages sont bien écrits, leur évolution au sein du récit se révèlera peu surprenante car logique (Nina virant du côté obscur sur la fin à cause de sa rivalité amoureuse avec Arika, cette dernière essayant jusqu’au bout de la raisonner). De même, si l’on excepte les revenants de My-HiME (que l’on retrouve avec un certain plaisir), les autres protagonistes sont pour la plupart tous transparents (hormis Tomoe peut être). Mashiro est clairement un boulet : gâtée pourrie au début, elle découvrira par la suite que le rôle de reine ne consiste pas uniquement à jouer à la Barbie en grandeur nature. Être dirigeant c’est surtout gouverner son pays et répondre aux besoins de ses concitoyens. On pourra regretter que le changement de comportement de Mashiro soit si abrupt. Reste donc, Natsuki, Shizuru, Haruka, Shiho (qui est hilarante du début à la fin), Yuuchi… euh non, il s’appelle Sergay ici, et les autres. Cantonnés aux rôles secondaires, les héros de My-HiME s’imposent définitivement comme la galerie de personnages la plus attachante du moment.

Mais une interrogation subsiste. Et Mai dans tout ça ? Elle est aussi de la partie, dans le rôle tragique du Rubis de la Perle de Feu, une Otome qui, déchirée entre l’amour d’un homme (que l’on devine être Sergay) et son rôle de protecteur de la nation, préférera s’enfuir en abandonnant tout derrière elle. Décrit comme cela, les auteurs lui donnent l’occasion de briller à nouveau dans un rôle fort et complexe. Mais au final, sa présence est uniquement là pour satisfaire les fans (car elle ne sert pas à grand chose) et pire, elle est introduit n’importe comment dans l’histoire (en faisant de la cuisine !). À l’instar de My-HiME, un triangle amoureux va se retrouver au cœur du récit. Ce dernier est même plutôt inattendu puisque Arika va tomber amoureux du père adoptif (Sergay donc) de sa meilleure amie, Nina. Cette dernière aimant aussi son père… mais pas comme un père justement. Bref, nous sommes en pleine tragédie grecque (Nina pétera un câble en cours de route), ça ne peut que mal finir. Justement en parlant de ça, la série est nettement moins sombre et désespérée que son prédécesseur. Le cota de morts est nettement revu à la baisse et dramatiquement, la série est plutôt aseptisée (l’humour est trop présent, même sur la fin et les combats manquent de viscéralité même s’ils sont furieux). L’implication émotionnelle est donc moindre (voir la mort d’Erstin qui se révèle anecdotique) malgré une superbe scène où Sergay préfère rejeter Arika pour la protéger au lieu de l’embrasser (comme Mai envers Tate dans My-HiME). Vers le dernier tiers de la série, le scénario se met logiquement en place, Nagi (version mégalo de service qui joue avec la vie des gens comme un gamin jouerait avec ses playmobils) met son plan à exécution et s’empart du royaume de Wind Bloom. L’intrigue principale s’étoffe, les secondaires se multiplient (même si certaines seront laissées de côté en cours de route comme la relation entre Arika et sa mère) et les personnages évoluent. Malgré certaines ellipses gênantes (généralement après des affrontements majeurs), My-Otome se révèle être un idéal de divertissement, généreux de bout en bout.

On appréciera au passage la réelle volonté de Masakazu Obara pour rendre son univers cohérent par le biais d’un background solide. Sur un même épisode, on peut passer du château féerique de Mashiro aux bas-fonds sordides de la capitale de Wind Bloom. Le concept de l’Otome est assez proche de celui d’une HiME puisque ces valkyries des temps modernes doivent consacrer leur vie à la justice et s’interdire toutes relations amoureuses (du moins avec le sexe opposé…). Au cours de la série, Akane sera face à un dilemme cornélien, puisqu’elle devra choisir entre ses rêves (être une Otome) et l’amour de Kazuya. Quelle décision prendra-t-elle ? Je laisse la parole à Sergay Wang, dont la réplique suivante définit parfaitement la situation : « Abandonner ses rêves pour l’amour, c’est l’une des façons de vivre ». Chaque Otome doit avoir un « maître » pour exister (à l’instar des Child de My-HiME). Si l’Otome est blessé, le maître est blessé. Si l’Otome meurt, le maître aussi. Evidemment, ça marche également dans l’autre sens. Dommage que l’idée soit amenée si rapidement dans l’histoire et surtout de façon bien trop conventionnelle et bien moins subtile que dans My-HiME (en plus d’être mal exploitée finalement). Qui dit plus ambitieux, dit budget revu à la hausse. My-Otome dispose donc d’un visuel de qualité, le tout étant superbement animé (et ce en continu durant les 26 épisodes que dure la série) et le chara design de Hirokazu Hisayuki est toujours aussi agréable à l’œil. La mise en scène de Obara s’est améliorée depuis My-HiME (les combats sont superbement mis en images, bien que toujours aussi courts), confirmant qu’il est entrain de se faire un nom au même titre que Seiji Mizushima avec Fullmetal Alchemist (depuis passé à la postérité avec le film). Déception en rigueur pour les nouveaux thèmes musicaux de Yuki Kajiura qui manquent singulièrement d’ampleur, en plus d’être trop en retrait par rapport à l’action. Enfin, il est appréciable de voir que la majorité des seiyuu reprennent leurs rôles respectifs (sauf Tomokazu Seki remplacé par Katsuyuki Konishi pour la voix de Sergay).

Même si My-Otome est au final un excellent titre (sûrement un des meilleurs de l’année passée même si celle-ci fut bien morne), la déception est pourtant bien là. En effet, il est impossible de regarder la série sans se référer à My-HiME, œuvre qui avait placé la barre très haute (peut être trop justement). Mais en aucun cas, on ne pourra parler de suite opportuniste. Reste un univers attractif, qui vous manquera une fois que vous l’aurez quitté. Mais rassurez-vous, trois OAV vont suivre d’ici le mois de juillet. En attendant une éventuelle troisième saison qui, on l’espère, renouera ce maelstrom d’images fortes que fut My-HiME.

Commentaire

  1. sarkozy dit :

    29 septembre 2007 à 06:40 (#)

    ton blog a une proopension forte à me faire prendre un plaisir imense :) ;)

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