Library War
26 janvier 2009 | Par Zak | Publié dans Critiques | 1 Comment | lu 1 093 fois
Après la fin de la diffusion de Ghost Hound au printemps 2008, Production I.G se lança dans deux nouveaux projets. Real Drive et Toshokan Sensô, adaptation en 12 épisodes d’une série de romans à succès d’Hiro Arikawa (qui donna aussi deux mangas qui débutèrent un peu plus tôt). Réalisée par Takayuki Hamana (Sisters of Wellber, The Prince of Tennis) et écrite par Takeshi Konuta (Texhnolyze), cette « guerre des bibliothèques » disposait sur le papier d’un énorme potentiel de subversion avec comme thèmes centraux, la censure et la liberté d’expression. Seulement voilà, il aura fallu un seul épisode pour nous faire comprendre que le background allait être simplifié au maximum pour se concentrer sur une énième comédie romantique.

2019, Japon. Les ouvrages susceptibles de choquer les jeunes sont systématiquement retirés de la vente et une nouvelle forme de censure, votée par le gouvernement en place, menace la pérennité de la littérature, du manga, de la liberté d’expression. Face à cette mainmise grandissante du contrôle social dans la sphère culturelle, des militants et de simples lecteurs se constituent en groupes armés pour protéger les librairies cheville au corps. Iku Kasahara, une jeune recrue, fraîchement débarquée à la bibliothèque de Kantô, va découvrir que protéger les livres n’est pas un boulot de tout repos… Library War reçoit sans nul doute la palme de l’animé le plus décevant de l’année tant il était prometteur. On espérait que Production I.G se sorte les doigts du derrière pour nous livrer un authentique brûlot contestataire à l’heure où certains pays abusent aujourd’hui encore d’une censure outrancière et contrôlent l’information à leur guise (l’exemple le plus frappant reste la Chine évidemment). Mais en vain, Library War n’exploite jamais son contexte passionnant au détriment de la comédie (Iku est du genre gaffeuse) et de la romance (Iku se découvre des sentiments envers son instructeur). On ajoute un peu d’action pour bien doser le tout et on obtient une série bien menée sur le coup mais que le spectateur oubliera rapidement. Le cadre militaire est évidemment très adoucit. Les séquences d’entraînement sont pitoyables si bien que l’on se croirait dans un camp de vacances. L’instructeur gueulard Dôjô est en réalité un gros nounours macho qui cherche juste à protéger Iku, la seule femme engagée dans la force d’intervention. Devant tant de mièvrerie, on aurait envie de leur envoyer Sôsuke Sagara remettre de l’ordre… La série fait preuve toutefois de bonnes idées comme la rivalité entre Hikaru (le surdoué de l’académie) et son frère, membre du gouvernement. Mais, cela n’est pas suffisant pour faire de Library War, un récit d’anticipation passionnant comme le célèbre Fahrenheit 451 de Ray Bradbury (la source d’inspiration première, évidemment).

À défaut d’un fond consistant, Production I.G se rattrape sur l’aspect technique puisque l’animation et les dessins sont de haute volée (chara design notamment). Superbe travail, une fois de plus, de Shigemi Ikeda sur les décors. Le directeur artistique de Gantz, Bokurano, Afro Samurai, Mobile Suit Gundam Seed et Infinite Ryvius, fait preuve d’une précision remarquable pour la création des bibliothèques et des quartiers de la ville. Pour une production mineure du studio, Library War s’en sort techniquement avec les honneurs (côté musique, c’est plutôt discret en revanche). Mais la déception est bien là au final, car il y avait peut être mieux à faire qu’une banale romance dans un contexte aussi politisé.
31 mai 2009 à 09:12 (#)
A noter que les éditions DVD nippones proposent un épisode supplémentaire centré sur Komaki et sa relation avec une jeune malentendante. Comme beaucoup d’épisode bonus, c’est un loner, mais de qualité car bien écrit et parlant de la place du handicap dans la société.