Le Drôle de Noël de Scrooge
4 décembre 2009 | Par Zak | Publié dans Critiques | 1 Comment | lu 651 fois
La période de Noël commence tout doucement. On pense à acheter les premiers cadeaux, on réfléchit quelle hauteur de sapin on prendra, les enfants apprennent par cœur les catalogues de jouets… tandis que la neige se profile à l’horizon. On vit en plein cliché mais on s’en fout, Noël c’est magique, que l’on soit enfant ou adulte. C’est le moment idéal pour Disney de sortir le « dessin animé des fêtes » qui amènera toute la petite famille dans les salles obscures en cette fin d’année 2009. Pixar ayant désormais choisit de sortir leurs films l’été, il leur a fallu trouver une alternative. C’est Robert Zemeckis et son studio ImageMovers Digital qui s’y colle. Le créateur de Retour vers le futur et Roger Rabbit est passé depuis trois films maintenant à l’animation via le procédé de Performance Capture (qui permet de récréer à la perfection la gestuelle des comédiens). Deux ans après son formidable Beowulf, Zemeckis nous livre ici une nouvelle adaptation du classique de Charles Dickens écrit en 1843, A Christmas Carol (traduit chez nous par Un chant de Noël ou Un conte de Noël). Le tout en 3D et avec un Jim Carrey au meilleur de sa forme.

Alors que la joie grandit dans les rues de Londres en cette veille de Noël, Ebenezer Scrooge, connu pour être le vieillard le plus riche et le plus avare, reçoit la visite du spectre de son ancien associé. Ce dernier lui annonce que trois esprits vont venir le hanter : celui des Noëls passés, celui du Noël présent et enfin celui des Noëls à venir. Un cauchemar éveillé qui va propulser le vieux cynique dans ses souvenirs enfouis et les recoins sombres de sa misérable existence. Derrière son apparence de conte moralisateur et inoffensif, Le Drôle de Noël de Scrooge cache en réalité une œuvre au contenu bien plus subtil tout en faisant preuve d’une étonnante noirceur. Pour l’aspect « train fantôme », argument principal de vente du film, mais surtout dans la description de milieux sociaux radicalement opposés (la famille pauvre de Bob Cratchit et celle du riche neveu de Scrooge) et celle de rapports humains souvent compliqués (Scrooge déteste les gens sans les connaître véritablement). Alors certes, on retrouvait cette critique du capitalisme ( »l’argent rend mauvais » en somme) dans le texte original de Dickens, mais on ne peut qu’être surpris devant le choix de Disney de se refuser à toute forme d’édulcoration du propos. Le Drôle de Noël de Scrooge apparaît alors comme un divertissement aussi bien adulte que destiné aux enfants, au même titre que les productions Pixar (on notera au passage que Là-haut avait aussi un héros du troisième âge). D’un point de vue technique, la Performance Capture est toujours aussi impressionnante. Les mimiques de Jim Carrey sont immédiatement identifiables malgré les huit rôles différents qu’il occupe. Tandis que Robert Zemeckis s’amuse « derrière la caméra » car son procédé n’offre aucune limite de mise en scène. Il suffit alors d’un seul et unique plan-séquence aérien pour présenter cette fourmilière qu’est le fameux quartier de Whitechapel du 19ème siècle. Une séquence qui prendrait des pages de scénario, réduite ici avec efficacité sans rien perdre en qualité de description.

Généralement utilisé comme simple gadget histoire de vendre des places de cinéma plus cher (la plupart des films d’animation et d’horreur), la 3D trouve ici sa meilleure utilisation depuis La Légende de Beowulf. En attendant, Avatar de James Cameron pour dans quelques jours, Robert Zemeckis semble le seul cinéaste capable d’utiliser avec intelligence la 3D pour faire évoluer le langage cinématographique. Ainsi, l’histoire se déroule au premier plan, mais aussi au second, jouant énormément sur la profondeur de champ. L’implication du spectateur s’en retrouve accentuée au point que l’on assiste à un film quasiment immersif. Si Le Pôle Express et La Légende de Beowulf avait du mal à capter l’émotion du spectateur, ce n’est plus le cas ici. L’histoire de Scrooge est vraiment touchante, celle d’un homme brisé dès l’enfance dont la société en a fait un vieil acariâtre solitaire. Les trois fantômes lui montrent alors ses erreurs passées et lui fait comprendre qu’il détient le pouvoir pour changer les choses. Non pas celui de l’argent, mais de la générosité. Derrière le classicisme évident de ce conte se cache en réalité le miroir de notre société de plus en plus déshumanisée, délaissant toute forme d’altruisme au profit de l’individualisme. Et si Robert Zemeckis conclut son film sur une note d’espoir, cela reste malheureusement idyllique vis-à-vis de la réalité. Joyeux Noël quand même !
5 décembre 2009 à 12:31 (#)
Je ne suis pas du tout convaincu par la technique employée par Zemeckis. Beowulf ne m’a pas marqué plus que ça.
Mais bon, si y’a Jim Carrey… On va se laisser tenter à l’occasion. Jim Carrey bute TOUT ! \o/