Le Château Ambulant

13 juin 2006  |  Par Zak  |  Publié dans Critiques  | 

logochateau3ve.jpgAvant Le Voyage de Chihiro, Hayao Miyazaki était un génie pour les connaisseurs en matière de japanimation. Depuis, l’homme et ses œuvres sont reconnus par une frange du public (et des critiques) qui n’allaient pas voir ce genre film auparavant. Pourquoi ? Les goûts des gens ont-ils changé (ou évolué plutôt) ? En réalité, la pauvreté de la production actuelle de films d’animation (hormis les Pixar) oblige les gens à se rétracter vers d’autres horizons. Des films qui seraient à même de faire rêver les enfants et leurs parents comme à la grande époque de Walt Disney. C’est ainsi que Miyazaki est devenu mondialement (re)connu en l’espace d’un film (aidé en France par les ressorties successives du Château dans le ciel et Kiki la petite sorcière). Il était donc logique que Le Château Ambulant soit attendu au tournant.

La jeune Sophie, âgée de 18 ans, travaille sans relâche dans la boutique de chapelier que tenait son père avant de mourir. Lors de l’une de ses rares sorties en ville, elle fait la connaissance de Hauru le magicien. Se méprenant sur leur relation, une sorcière jette un épouvantable sort à Sophie et la transforme en vieille femme de 90 ans. Accablée, Sophie s’enfuit et erre dans les terres désolées. Par hasard, elle pénètre dans le Château Ambulant de Hauru et, cachant sa véritable identité, s’y fait engager comme femme de ménage. Cette “vieille dame” aussi mystérieuse que dynamique va bientôt redonner une nouvelle vie à l’ancienne demeure seulement habitée par un jeune apprenti, Marko et celui qui fait marcher le Château, Calcifer, le démon du feu. Plus énergique que jamais, Sophie accomplit des miracles. Quel fabuleux destin l’attend ? Et si son histoire avec Hauru n’en était qu’à son véritable commencement ? Adapté d’un roman de Diana Wynne Jones, Le Château Ambulant est, à l’instar des précédents opus du réalisateur, un authentique conte de fée. Véritable arc-en-ciel animé, le film nous entraîne dans un monde où la magie règne en maître. Mais derrière ce festival de couleurs enchanteresses et de trouvailles visuelles, se déroule une guerre sanglante, détruisant tout sur son passage : les villes, les Hommes, l’amour, l’espoir. Au milieu de tout ce joyeux “bordel” (le terme est adéquat devant la richesse du long-métrage), Miyazaki nous conte avant tout une histoire d’amour (soit une nouveauté chez lui) entre deux personnes maudites, Sophie et Hauru. Surprenant, Le Château Ambulant l’est encore lorsque le réalisateur se cite lui-même au cours du récit, transformant son film en œuvre auto-référentielle. En effet, l’univers et les personnages nous semblent tellement familiers, que les opus du maître semblent avoir un lien étroit les uns avec les autres.

À ce titre, la galerie de personnages est une nouvelle fois particulièrement inspirée : Sophie et Hauru le magicien excentrique bien sûr, mais aussi Calcifer le démon peureux, La Sorcière des Landes, dangereuse au début et inoffensive à la fin ou encore Navet l’épouvantail bondissant. On regrettera toutefois une trop grande multiplicité de sous-intrigues, dont certaines s’avèrent mal gérées (la fin brutale et trop “happy” en étant l’exemple flagrant) et un score plutôt décevant de Joe Hisaishi. Quelques menus défauts qui n’ont pas empêché Le Château Ambulant de faire près de 15 millions de spectateurs au Japon (1,2 millions pour la France) et d’avoir une nomination à l’Oscar du meilleur film d’animation cette année. C’est bien mérité.

Vous voulez laisser un commentaire ?


Archives

Abonnez-vous par RSS