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Last Exile

21 février 2006  |  Par Zak  |  Publié dans Critiques  |  3 commentaires  |  lu 1 017 fois

Lancé pour les 10 ans du studio Gonzo, Last Exile n’a pas laissé indifférent la critique et le public. Mélange d’aventure et de drame, la série montre surtout les progrès dans le domaine technique, notamment l’intégration des CGI (images de synthèse) à l’animation 2D traditionnelle. Avant d’être déclinée en série de 26 épisodes, Last Exile aurait pu devenir un film, mais ses producteurs ont préféré choisir la solution du petit écran pour réduire les risques financiers. Dommage, car l’univers aurait pu parfaitement s’intégrer à celui d’un long-métrage de cinéma, finalement pas si lointain d’un Miyazaki. Il faudra donc se contenter d’une série animée, qui malgré tout, possède largement les qualités d’une œuvre cinématographique.

Claus Valca et Lavie Head sont deux jeunes pilotes de vanship (petit avion biplace nécessitant un pilote et un navigateur) subvenant à leurs besoins en faisant des livraisons. Leur train de vie est modeste et ils acceptent tout type de travail, même les plus dangereux. Leur dernier travail consiste à livrer une lettre au commandant de navire de guerre David Mad-Thane qui se trouve en plein combat aérien. Un terrible conflit se déroule en effet dans le monde de Prester entre les deux principales nations, Anatorey et Dithis. Ce conflit se caractérise par d’immenses joutes aériennes mettant en scène de gigantesques navires de guerre. Celles-ci sont régies par la Guilde, qui fournit aux différents protagonistes du conflit la technologie nécessaire pour les combats. Nous retrouvons à la réalisation, Kôichi Chigira qui travailla au même poste sur Full Metal Panic!, une autre production Gonzo. C’est lui qui sera chargé avec Mahiro Maeda (réalisateur du Comte de Monte-Cristo) de créer le monde de Prester, un univers imaginaire, qui empreinte à la fois au 19ème siècle (pour le cadre de vie) et au 20ème (début de l’aviation). L’influence du Steampunk se fait nettement sentir tout au long de la série. Le design des vanships est fortement inspiré des avions du début du 20ème, le Silverna et les vaisseaux de Anatorey rappellent les navires de guerre allemands de la seconde guerre mondiale et ceux de Dithis évoquent le Hindenburg, le célèbre zeppelin. Le soin apporté à la création de l’ensemble est une des forces de l’animé.

L’animation est, elle aussi, de très grande qualité. C’est beau, même très beau (superbe) quand les batailles font rage au-dessus des nuages. L’utilisation des CGI s’intègre parfaitement à l’ensemble (à part quelques fois où elles sont trop voyantes) et donne une force visuelle que la 2D ne pourrait retranscrire. Je pense notamment aux ballets aériens des vanships. La 3D est très présente tout au long de l’animé, le premier épisode en regorge plus que certaines séries entières ! Visuellement, Last Exile dispose de peu de couleurs. Hormis, le ciel bleu, la colorimétrie tend principalement vers l’ocre, donnant un cachet rétro à l’entreprise (et plus dépressif aussi). Côté bande son, elle est généralement bien adaptée aux images, s’accélérant en fonction de l’action. De même, l’opening Cloud Age Symphony est tout simplement sublime. Last Exile n’a rien d’une série humoristique pour adolescents. Même si ses héros ont le même âge, il est question ici de voyage initiatique, de conflits guerriers et de vengeance destructrice. Revenons un peu sur l’intrigue. Pendant une course digne de celle de La Menace Fantôme, Claus et Lavie se portent au secours d’un vanship criblé de balles. L’homme qui pilotait l’avion leur demande de poursuivre sa mission : remettre un chargement au bâtiment de guerre le Silverna et à son capitaine Alex Row. Cependant, ce chargement est peu ordinaire puisqu’il s’agit d’une petite fille, Alvis. Ils acceptent et ne tardent pas à être pris en chasse par un étrange vaisseau en forme d’étoile. Après une longue course poursuite, nos deux héros sont sauvés in extremis par Alex. Ayant pris la décision de rester sur le navire, ils se trouveront mêlés au conflit qui secoue leur monde et qui les met aux prises avec la toute puissante Guilde, à la recherche de l’Exile.

Le soin apporté à la création de l’univers est remarquable. Par exemple, les origines de la guerre entre Dithis et Anatorey sont complexes. Le royaume de Dithis n’est plus un territoire viable. Pour survivre, la population est obligée de s’exiler et le seul endroit où aller est Anatorey, le pays voisin. Le roi de ce royaume voit cette « invasion » d’un mauvais œil car les ressources de sa région sont aussi en chute libre. Ceci entraîne une forte hostilité envers le peuple de Dithis et l’inévitable arrive : la guerre éclate. Lorsque le roi d’Anatorey meurt et avec l’arrivée de l’impératrice Sophia, les négociations peuvent reprendre. Les deux royaumes arrivent finalement à un accord de paix. Ceci explique pourquoi les deux pays s’allient par la suite pour combattre un ennemi commun : la Guilde, qui jusque là prenait un malin plaisir à voir les deux peuples s’entretuer. Le gros point fort de Last Exile est sans conteste son scénario (pourtant graphiquement on atteint déjà des sommets). Passionnant de bout en bout, toujours surprenant, on comprend rapidement pourquoi l’animé est un des plus respectés de ces dernières années. L’histoire met du temps à se mettre en place, mais rapidement la progression dramatique devient constante, jusqu’au final renversant. Les personnages sont nombreux, tous hauts en couleurs et ô miracle échappant aux stéréotypes habituels. Certaines relations entre les protagonistes sont ambigües. En effet, qu’est Lavie pour Claus exactement ? Juste une « sœur » ? De même, qu’éprouvent exactement Tatiana et Sophia pour Claus ? Tatiana retrouve le goût de vivre pleinement grâce à Claus, Sophia embrasse carrément Claus alors qu’elle est clairement attirée par Alex. Vu comme ça, on se croirait dans un feuilleton romantique aseptisé, mais la complexité des relations amoureuses nous plonge directement dans l’intimité de nos héros et renforce immédiatement leur humanité. L’amour étant la seule lueur d’espoir dans ce monde voué à la guerre.

Vous l’aurez compris, Last Exile n’est pas vraiment un animé joyeux. L’humour est presque absent, le seul catalyseur de situations comiques étant la bande de mécaniciens du Silverna. La série nous offre de grands moments de tragédie. Des instants dramatiques viscéraux mais aussi poétiques : la mort d’Alex, prêt à rejoindre son amour perdu, ou le sacrifice de Lucciola. Le personnage de Dio est un des plus intéressants, d’abord ennemi de Claus, il va au fur et à mesure se faire accepter par l’équipage du Silverna avant de sombrer dans la folie (merci au lavage de cerveau). Il passe, en quelques épisodes, du personnage horripilant, à celui d’être attachant qui va finir tel un héros de tragédie grecque. Sa mort brutale est un des moments les plus crus de la série. L’évolution des différents protagonistes est, sans conteste, une des forces de l’animé (on pourrait aussi citer le destin héroïque du trouillard Mullin). Le fait de voler, a été un des désirs les plus ardent de l’Homme au cours de son existence. Or, dans Last Exile, le fait de parcourir le ciel est une façon de se déplacer mais aussi de s’exprimer, de s’affirmer. Cet aspect métaphorique donne une connotation philosophique plutôt étonnante à l’ensemble. La fin de l’animé laissa bon nombre de spectateurs dans l’expectative car finalement aucune réponse claire n’aura été fournie sur la nature de l’Exile. Ce côté obscur est typique de la culture nippone, préférant laisser le spectateur se faire sa propre vision des choses. Il suffit de comparer les versions japonaise et américaine du film Ring. Pourtant, la fin de Last Exile peut s’expliquer de manière cohérente. Explications. Prester est en fait un monde abrité à l’intérieur d’une gigantesque station spatiale en forme de sablier. Les régions de Dithis et Anatorey correspondent à chaque hémisphère du sablier. De même, Le Grand Courant représente le lien entre les deux pays (après sa disparition, on peut apercevoir Dithis dans le ciel depuis Anatorey). L’origine de la station reste mystérieuse mais on peut penser que les membres de la Guilde ont construit cet édifice.

Tels des rats de laboratoire, les gens appartenant au peuple de Prester font-ils parti d’une gigantesque expérience? Nous ne sommes pas loin de la thématique du film Dark City. Prester est un monde artificiel, n’ayant pas de climat naturel d’où le manque d’eau. Pour en revenir à l’Exile, il s’agit du vaisseau permettant de relier la station orbitale à la Terre (on la devine de par son apparence de planète bleue). Voilà pourquoi, l’Exile représente la terre promise des habitants de Prester. Ceux-ci pourront « s’exiler » sur une planète pleine de ressources et surtout un monde totalement naturel (la fin bucolique se déroule sur Terre et marque le début d’une nouvelle ère). Malgré le ton sombre de la série, l’espoir a permis aux gens de (sur)vivre et de trouver enfin leur paradis terrestre. Finalement, cette fin qui ressemblait à un gros pétard mouillé des auteurs se révèle être d’une beauté absolue. Last Exile est clairement une des séries les plus marquantes de ces dernières années. Pour sa qualité graphique indéniable, mais surtout pour la complexité de ses intrigues et des relations entre les différents personnages (ainsi que leurs évolutions tout au long de l’histoire). L’aspect dramatique est très poussé, la série est très adulte dans son traitement, les derniers épisodes mettent vraiment le spectateur sous pression. On est même soulagé d’assister à un happy end lors du générique de fin. Pour découvrir ce petit bijou, je vous conseille les coffrets parus chez Déclic Images (dont un superbe collector), c’est une bonne occasion d’investir sur un produit de qualité, qui va vous permettre de rêver un peu, la tête dans les nuages.

Commentaires

  1. Dio dit :

    13 mai 2007 à 03:30 (#)

    Série superbe ! Un scénario béton et un univers original associé avec une supebe réalisation font de cet anime un incontournable ! J’aurai bien aimé un film basé sur cet univers :)

  2. R3Avenger dit :

    1 juillet 2007 à 04:43 (#)

    Visuel qui cartonne, Scénario accrochant, personnages charismatiques. Une série qui mérite d’être encore plus célèbre ! A conseiller à ceux qui ont aimé "[i] L’Autre Monde[/i] " .. ;-)

  3. delirium dit :

    29 août 2007 à 11:21 (#)

    pour moi l une des meilleur serrie manga et niveau calité de dessin rare a retrouvé dans d autre manga , si quelq un en conné est peut donné des nom merci

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