La Mangalisation : faut-il s’en réjouir ou la redouter ?
22 janvier 2006 | Par Ulrich | Publié dans Divers | lu 48 fois
ACBD (Association des critiques et journalistes de bande dessinée) a récemment publié une étude. Gilles Ratier, le secrétaire général de l’ACBD, étudie, en terme de production, le marché de la bande dessinée sur le territoire francophone européen. Selon lui, 2005 fut « l’année de Mangalisation », tant l’importance de la BD asiatique se confirme au fil des mois.
On apprend que…
Source : études de Gilles Ratier
On apprend dans cette étude que 3.600 albums auraient été publiés en 2005, marquant ainsi une progression de la production de 17,26% ! Parmi ces albums, 2.701 nouveautés ont été éditées contre 2.120 l’année précédente (augmentation de 27,41%). Les mangas et manwhas représentent 42,28% du total des nouveautés, avec 1.142 albums parus contre 754 l’année précédente. Une progression fulgurante lorsque l’on sait que la BD asiatique ne représentait que 269 titres en 2001. Un enfant sur deux (entre 9 et 13 ans) lit des mangas et la francophonie constituerait aujourd’hui, selon le même rapport qui ne cite pas ses sources, le deuxième marché mondial de bande dessinée asiatique, derrière le Japon. Mais accrochez-vous nous sommes pas les seuls sur l’affaire les Chinois et Coréens devraient nous surpasser cette année…
Un des problèmes majeure est celui-là : 203 éditeurs ont publié de la bande dessinée en 2005, et 70% des albums ont été édités par seulement 17 d’entre eux. Le géant se distingue fortement : Média Participations, fort de ses différents labels (Dargaud, Lombard, Dupuis, et Kana - Gilles et quelques BD comme L’Ours Barnabé de Philippe Coudray), il représente 11,58% de la production francophone (alors que sa part marché dépasse les 40%) et a publié, en 2005, 417 titres contre 363 l’an passé.
Cependant le mariage très recent de Tonkam et Delcourt, avec 10,08% des titres produits, puis vient Flammarion avec 7,36%, et puis avec 7,13% les éditions Soleil. Il ne faut pas oublier le groupe SEEBD (Saphira, Kabuto, Akiko et Tokébi) avec 233 titres (soit 6,47% de la production), Panini, avec 177 titres (soit 4,91 % de l’offre BD), Pika avec 120 titres (soit 3,33%), le groupe Tournon avec 78 titres (soit 2,16%), Les Humanoïdes Associés avec 69 titres (soit 1,91%), Asuka avec 64 mangas (1,77%), Albin Michel BD avec 60 titres (soit 1,66%), Paquet avec 53 titres (soit 1,47%), le groupe La Martinière avec 52 titres (soit 1,44%), Bamboo avec 51 titres (soit 1,41%), Taïfu avec 48 mangas (soit 1,33%), le groupe Bayard avec 48 titres (soit 2,31%)…
Il est clair que la stratégie des “gros éditeurs” est d’étouffer le marché en maintenant leur visibilité coûte que coûte… De plus en plus d’éditeur se lance dans le manga… Or, seules ces dernières “grosses” enseignes sont capables de proposer une compétence globale, c’est-à-dire une offre qui comprend la quasi-intégralité des nouveautés de l’année. Mais avec un revers à la médaille : bien équipées informatiquement, elles fonctionnent sur un flux tendu, avec un stock minimum, et liquident impitoyablement les titres qui ont une “rotation” trop faible.
Si la profusion des mangas est l’un des principaux facteurs d’augmentation de la production BD, c’est toujours le cercle très fermé des principaux éditeurs qui produit le plus. D’autant plus que ces maisons d’édition possèdent tous des labels “manga”, acheteurs de licences. Un de ces groupes contrôle 40% du marché de la BD francophone et a publié, en 2005, 417 titres à lui tout seul.
Même si le nouveau “Astérix” (mis en place à 3 178 000 exemplaires) et 77 séries bénéficient d’énormes tirages, les mangas se placent régulièrement parmi les meilleures ventes, tel “Naruto” dont 6 tomes (tirés entre 70 et 110 000 exemplaires chacun) sont parus en 2005.
Aujourd’hui, les petits éditeurs se font manger, les prix augmentent, le nombre de nouveautés aussi, on se retrouve avec une cinquantaines de nouveaux tomes chaque mois, de quoi claquer son salaire ou son argent de poche. Dommage qu’une carte “Illimité” n’existe pas en manga…