La Légende de Beowulf
28 novembre 2007 | Par Zak | Publié dans Critiques | 3 commentaires | lu 326 fois
Oubliez Christophe Lambert et ses cheveux peroxydés, ainsi que les innombrables navetons pour mioches décérébrés (Eragon…) qui n’ont rien compris à l’essence même de l’heroic fantasy. Aujourd’hui, Robert Zemeckis, réalisateur féru de nouvelles technologies, ressuscite la légende, celle de Beowulf, dont l’histoire fut contée dans le célèbre poème épique datant du VIIIème siècle. Un texte qui inspira tous les récits modernes d’heroic fantasy, Le Seigneur des anneaux en tête. Au cinéma, seul Le 13ème Guerrier de John McTiernan (1999) était jusque-là digne du poème. Avec le réalisateur de Forrest Gump à la barre, cette troisième adaptation du mythe (après le nanar avec Cricri en 1999 et une version islandaise avec Gerard « Leonidas » Butler en 2005) était loin d’être parti pour enthousiasmer les foules.
I am ripper, tearer, slasher ! I am the teeth in the darkness ! The talons in the night ! Mine is strength ! And lust ! And power ! I AM BEOWULF !

En effet, bien que Zemeckis soit l’auteur de la cultissime trilogie Retour vers le futur, ses dernières œuvres sont loin d’avoir convaincues son monde. Notamment Le Pôle Express, premier long-métrage en images de synthèses utilisant le « performance capture », procédé qui permet de recréer à la perfection les expressions et les gestes des comédiens. Un film novateur, à la mise en scène révolutionnaire, mais aussi un film vide, ne suscitant aucune émotion, en plus d’être ciblé uniquement pour les moins de 10 ans. Rassurez-vous, La Légende de Beowulf garde les qualités du Pôle Express tout en y effaçant ses défauts… en parti. Destiné à un public adulte (et encore, on nous promet une version bien plus gratinée en DVD !), Zemeckis (mais aussi les scénaristes Neil Gaiman et Roger Avary) nous offre ce qu’aucun réalisateur n’oserait plus faire dans une production d’une telle envergure (150 millions de $). Ainsi, il n’est pas étonnant de voir Grendel, le monstre terrorisant le royaume de Hrothgar, défoncer, démembrer ou dévorer des humains. Il n’est pas non plus étonnant de voir nombre d’allusions sexuelles, d’entendre les personnages jurer comme des chartiers tout le long ou d’essayer de tuer le monstre en lui découpant la « verge ». L’image du héros, bien sous tout rapport en prend aussi pour son grade, puisque si Beowulf est un guerrier sacrément balèze, c’est aussi un fêtard de première, enjolivant ses exploits antérieurs et surtout travaillant davantage pour l’argent et le pouvoir que pour l’honneur. Cette ambiguïté permet à Zemeckis de développer une véritable réflexion sur l’héroïsme où Beowulf doit réparer ses erreurs du passé, notamment tuer sa propre progéniture, pour atteindre le statut de rédemption. Plus vraies que nature, les doublures virtuelles ressemblent à s’y méprendre aux comédiens jouant leur rôle. Ray Winstone (acteur anglais méconnu qu’on a pu voir dernièrement dans Les Infiltrés) donne une force incroyable au personnage de Beowulf. Il en est de même pour Angelina Jolie, vénéneuse à souhait dans le rôle de la mère de Grendel. En revanche, les regards manquent toujours autant de vie. Difficile ainsi de faire passer des émotions (le gros point faible du métrage) et de toucher le cœur du spectateur, malgré un spectacle souvent viscéral.

Cerise sur le gâteau, La Légende de Beowulf bénéficie d’une sortie en salles en trois dimensions. Même si peu de salles diffusent le film dans ces conditions (principalement dans l’Est de la France et uniquement en VF), le film s’apprécie d’une toute autre façon. Une expérience unique qui implique le spectateur directement dans l’action, en plus de lui en mettre pleins les mirettes durant toute la durée du film. Ainsi, le combat opposant Beowulf au dragon, digne de God of War, apparaît comme la séquence la plus spectaculaire vu au cinéma depuis bien longtemps (la référence à Berserk est jubilatoire !). Techniquement, La Légende de Beowulf surpasse Final Fantasy : les créatures de l’esprit et Le Pôle Express réunit. Robert Zemeckis s’offre des plans et travelling inédits, incapables à réaliser en live. Une nouvelle étape cinématographique vient d’être franchie et par les burnes d’Odin, que c’était bon !
28 novembre 2007 à 09:14 (#)
Jolie critique ! J’éspère pouvoir allez le voir
29 novembre 2007 à 11:14 (#)
"La Légende de Beowulf surpasse Final Fantasy : les créatures de l’esprit"
En même temps c’est pas bien difficile … N’ayant pas vu Beowulf je ne saurais dire si il est mieux fait que Final Fantasy Advent Children qui pour ma part élève le niveaux des films avec personnages de synthèse à un degré jamais inégalé (qui a parlé de fanboy ?!)
La technologie utilisé n’est peut-être pas non plus la même mais à 150 M de $ le film, Zemeckis aurait je pense, dû se tourner vers des techniques comme celle de Square Enix. Si vous n’êtes pas convaincus je vous invite à regarder la cinématique de fin du jeu FF7 Crisis Core, mini chef d’œuvre de techniques (le sang la pluie WAOW!) et d’émotions.
3 mars 2009 à 11:38 (#)
Eh oui! Les regards restent sans âmes. Vraiment dommage parce qu’on tenait là un grand film. Des images incroyables et un scénario qui ne sacrifie pas au politiquement correct, enfin presque : le sexe de Béowulf jamais visible dans la scène où il combat nu le géant hideux; le héros virevolte pourtant dans tous les sens…
Donc, un supplément d’âme, la prochaine fois qui mettra réellement en relation les personnages entre eux et les personnages avec les spectateurs. ça tient à pas grand chose.