Kono Minikuku Mo Utsukushii Sekai

21 mai 2006  |  Par Robot  |  Publié dans Critiques  |  lu 49 fois

Kono Minikuku Mo Utsukushii Sekai

Takeru et Ryou sont orphelins, lycéens et meilleurs amis du monde. Si Ryou est quelqu’un de calme et bienveillant, Takeru se distingue plus par son côté je-m’en-foutiste et sa vision cynique de la vie (“Quoi que je fasse, ce monde ne sera pas meilleur ou pire”). Ce qui ne l’empêche pas de souvent réfléchir à des questions graves et complexes. Alors que nos deux héros effectuent une livraison pour la boutique (également auberge) de l’oncle de Takeru, ils sont éblouis par une “étoile filante”, qui s’écrase en pleine forêt. A l’endroit précis de la chute, ils trouvent une belle jeune fille nommée Hikari qui s’attache d’emblée à Takeru. Peu après, un monstre surgit et tente d’attaquer Hikari. Takeru se transforme alors en monstre surpuissant et la sauve. Il décide ensuite de la ramener chez lui… Voici comment débute Kono Minikuku Mo Utsukushii Sekai (12 épisodes) que nous a proposé le studio Gainax en 2004.

Célèbre pour avoir révolutionné le monde de l’animation japonaise avec Evangelion (au point d’en devenir un phénomène de société), le studio peine depuis à retrouver ces sommets (occupés dorénavant par I.G et Gonzo), et ce malgré des animes de grande qualité (Mahoromatic, Abenobashi). Coupons court à tout suspense : Ce n’est pas avec Kono Minikukumo que ça se fera. Cet objectif n’étant clairement pas visé avec cette production, comme nous le verrons plus tard. La première chose qui frappe le spectateur de l’anime est sa ressemblance visuelle avec une autre série du studio : Mahoromatic. Le staff de la série a visiblement été reconduit pour cette production. Ainsi, le character design est vraiment agréable, avec des personnages tout en rondeur (surtout les femmes) et un trait simple. On est loin de l’ultra réalisme d’un “Satoshi Kon” (Tokyo Godfathers par exemple), mais c’est un style réellement plaisant qui ravira un large public (mention spéciale à Takeru transformé). Les vêtements sont classiques, hormis le costume de Hikari qui devrait inspirer les conventions cosplay pendant un bon moment ! Les décors sont au diapason des personnages qui les habitent. Sans être époustouflants, ils sont de qualité. On soulignera tout de même un soin plus appuyé pour les intérieurs (lycée, maisons modernes de style occidental) qui ont vraisemblablement plus inspiré les dessinateurs que les décors en plein air, un peu vides. L’animation, quand à elle, se révèle tout aussi bonne, même si on ne le remarque pas forcément à la première vision. En effet, la plupart des scènes, comme les moments de baignades, de cours au lycée ou de promenade ne nécessitent pas, il est vrai, une énorme débauche de moyens. Il faut alors attendre les rares combats contre les monstres pour constater tout le savoir-faire des animateurs de Gainax. La mise en scène hausse elle aussi le niveau : découpage ultra-dynamique, violence brute et coups très rapides. On en reste impressionnés. Dommage qu’ils soient si courts.

Kono Minikukumo est donc une jolie preuve que le studio Gainax reste une référence technique dans le monde de l’anime. Leur travail respire le professionnalisme. L’aspect graphique n’est pas le seul point commun qui unit Mahoromatic et Kono Minikukumo. On retrouve également avec plaisir l’équipe de doubleurs ayant officé pour la maid robotique, et qui a encore une fois fait du bon boulot. Une performance homogène même si on remarque plus particulièrement les voix de Hikari, Ryou et Jennifer-sama. Terminons le côté technique par les bonnes musiques, pas inoubliables mais parfaitement appropriés aux scènes. Elles remplissent bien leurs rôles en appuyant les sentiments des personnages. A noter les génériques de début et de fin, très entraînants et qu’on ne se lasse pas d’écouter ; Fait très rare avec les animes d’aujourd’hui où on a tôt fait de sauter les deux premières minutes pour commencer directement l’épisode. Si l’aspect technique d’un anime est une part importante dans la réussite de celui-ci, il n’en reste pas moins en retrait vis à vis un d’un scénario. Et malheureusement, mille fois malheureusement, c’est là où le bât blesse. L’intrigue renvoie à une situation qui est devenue un classique de l’animation japonaise. Un être “spécial” (avec un lourd secret) débarque soudainement dans la vie du héros. Ce dernier doit alors adapter son existence sociale à cette présence étrangère (famille, groupe d’amis). Parmi les séries marquantes de ce type, citons Onegai Teacher (qui est d’ailleurs évoqué en clin d’oeil dans le second épisode). On retrouve donc dans Kono Minikukumo tous les clichés habituels de ce genre de production : les amis obsédés-frustrés qui jalousent le héros (véritables poumons humoristiques de la série), l’amie ou personne proche secrètement amoureuse du héros, l’héroïne super bien roulée qui fait envie à toutes les amies du héros, le héros qui devient rouge écarlate rien qu’à l’idée de toucher la main de l’héroïne, la journée à la plage, la randonnée à la montagne, etc. Le problème ne réside pas ici en la répétition de ces poncifs mais dans leurs traitements. En effet, Kono Minikukumo n’applique aucune spécificité à ces derniers. Il n’y a pas d’outrance exagérée (Mahoromatic), pas d’intensité douloureuse des sentiments (Onegai Teacher), pas de délire irréaliste (School Rumble). Le ton reste globalement sobre et le fan-service plus en retrait que dans Ichigo 100% par exemple. On a alors bien du mal à trouver un caractère particulier ces moments. On regarde donc ces scènes amusantes, parfois drôles, en attendant impatiemment une progression de l’intrigue.

Et malheureusement, la plus grosse déception vient de cette dernière. Après les quatre très bons premiers épisodes qui nous introduisent les héroïnes principales, Hikari et Akari, l’histoire s’attarde considérablement avec des épisodes plus décontractés (au lycée, à la plage, les courses etc.) peu utiles à la progression du scénario. Les quelques indices disséminés ça et là sont trop peu nombreux pour éviter le sentiment d’enlisement. Il faut attendre la fin de l’épisode 8 pour découvrir l’enjeu de l’histoire qui, étonnamment, n’évoluera pas d’un pouce jusqu’à la fin ! Alors que le studio Gainax nous avait habitué à des histoires complexes, avec des secrets cachés, des fins virtuoses, on a ici une intrigue très (trop ?) simple. Attention, spoiler : Hikari doit détruire le monde. Attention toutefois à ne pas faire de conclusion hâtive ! Si le studio Gainax a décidé de mettre en scène une histoire simple, ce n’est pas par fainéantise ou manque de moyens (De nombreux chefs d’oeuvre ont été produit avec une histoire simple). C’est tout simplement que les auteurs voulaient mettre en avant un autre élément de l’anime : les relations entre personnages, en particulier Hikari et Takeru. A la manière d’un Saikano et son couple Shu-Chan et Chise, le studio Gainax a voulu tout miser sur le charisme et l’intensité de leur relation. A un tel point que les autres personnages, excepté Ryou et Akari, ne paraissent pas bien profonds à côté d’eux (surtout Mari, la cousine de Takeru, agaçante à souhait). Le problème encore une fois, vient de son traitement dans l’anime (un comble quand on a réalisé le génial Kare Kano). En résumé, Hikari aime Takeru le plus purement du monde mais celui-ci va mettre globalement toute la série avant de reconnaître ses sentiments et se lancer. On apprendra ensuite que c’est dû à un traumatisme d’enfance qui, il faut bien l’avouer, est assez mal amené. Après les deux premiers épisodes, on a clairement l’impression que Takeru est bien plus gêné par sa timidité et ses amis (qui viennent toujours l’interrompre au dernier moment avant de conclure) que par un quelconque trauma. La naïveté extrême de leur relation et la lenteur de sa progression rendent l’attachement à cette romance bien difficile.

Cette tentative ratée d’adhésion au couple Takeru-Hikari est d’autant plus incompréhensible que l’autre relation principale Akari-Ryou (rapports ambigus famille-amour) est infiniment plus touchante et intéressante (Ryou a aussi eu un traumatisme d’enfance qui explique bien des détails le concernant). Pourtant, l’histoire les met en retrait par rapport à l’autre couple. Dommage. Finalement, cet échec atteint son paroxysme à la fin de la série lors d’un dénouement décevant, mielleux à souhait. On en reste assez perplexe. En conclusion, Kono Minikukumo est une déception venant de la part d’un studio tel que Gainax. L’histoire est beaucoup trop simpliste et l’anime manque de personnalité. C’est vraiment incompréhensible de la part de l’auteur de Kare Kano, FLCL ou Abenobashi, justement réputés pour leurs partis pris artistiques et narratifs. Toutefois, il ne faut pas rejeter en bloc cette œuvre. Ce serait trop stupide. En dehors du contexte “Gainax”, on a tout de même une bonne série au visuel impeccable, à la réalisation technique soignée. L’intérêt de l’histoire est à l’appréciation de chacun, selon sa sensibilité pour adhérer au couple Hikari-Takeru. Gainax ou pas, on passe quand même un bon moment et c’est bien là l’essentiel pour un dessin animé. Ne lui en demandez juste pas trop.

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