Kiddy Grade
6 novembre 2006 | Par Zak | Publié dans Critiques | lu 200 fois
Nous sommes en 2002, alors en pleine expension, Gonzo ne cesse de surprendre. Les succès de Vandread, Hellsing et Full Metal Panic! permettent au jeune studio de rivaliser avec les plus grands. C’est à ce moment que sort Kiddy Grade de Keiji Gotoh (Uta~Kata), une série de science-fiction très colorée et plus portée sur l’action que sur les réflexions philosophiques. Doté de 24 épisodes, l’animé sera diffusé au Japon du mois d’octobre 2002 à mars 2003 (et disponible en France en DVD chez Déclic Images). La série TV donnera naissance à plusieurs mangas : Kiddy Grade Conclusion (un volume), Kiddy Grade Reverse (un volume) ou encore Kiddy Grade VS (deux volumes). Une fois encore, le succès fut au rendez-vous et nombre de japonais se sont passionnés pour les aventures de Eclair et Lumière. Voyons si ce succès est si mérité…

Nous sommes en l’an SC0328 et l’univers est contrôlé par les Nobles qui se servent d’organisations diverses à cet effet. Une de ces organisations, GOTT ou Galactic Organization of Trade and Tariffs, recrute des individus aux pouvoirs spéciaux afin d’accomplir certaines missions périlleuses. Membres de l’organisation GOTT, Eclair et Lumière font parties de l’ES, une unité spéciale destinée à faire régner l’ordre et la discipline dans l’espace. Leur habilité se mesure à la nature de leurs pouvoirs spéciaux. Elles sont de classe C, la classe la moins élevée dans la hiérarchie des membres ES. Dirigées par Eclipse, elles voguent de mission en mission afin d’escorter des diplomates pour qu’ils arrivent à bon port, démantèlent des réseaux mafieux et aident leurs partenaires dans des missions plus complexes. Accompagnées dès leur première mission par Armbrust, un inspecteur de l’Union Galactique, elles vont bientôt réaliser que quelque chose ne tourne pas rond au sein de GOTT. « Tadam ! ». Ce cri jovial lancé par une adolescente de 16 ans est craint par tous les criminels de la galaxie et lorsqu’ils l’entendent, il est déjà trop tard. Naviguant dans leur vaisseau rouge vif à travers l’univers, Eclair et Lumière sont deux des membres ES les plus efficace du GOTT. En réalité, les deux filles sont des humains améliorés par de la nanotechnologie (elles ont vécu bien plus que leur âge ne le laisse paraître). Eclair possède une force et une résistance prodigieuse, tandis que Lumière peut manipuler tous les systèmes informatiques existants. Une complémentarité qui fait d’elle, une équipe de choc. À l’instar de leurs compétences, nos deux héroïnes possèdent des personnalités très différentes : Eclair est très énergique et tient plus du garçon manqué (excellent doublage de Ryoko Nagata) alors que Lumière est très raffinée et plutôt discrète. Alors pourquoi ce duo fonctionne avec autant d’effervescence ? Tout simplement grâce à l’amitié qu’elle se porte l’une envers l’autre.

Comme la plupart des séries, les premiers épisodes ne sont là que pour présenter l’univers et les différents personnages. Kiddy Grade se déroule dans un monde futuriste, où l’humanité a exploré plusieurs galaxies et colonisé nombre de planètes. Les Nobles (descendants directs des Terriens) tirent les ficelles dans l’ombre et dominent l’univers. Ils sont à l’origine du GOTT, la police de l’univers. L’organisation, possède des agents très spéciaux : les membres ES, dotés de pouvoirs spéciaux et capables de survivre à toutes sorte de missions. Parmi eux, nous avons Eclair et Lumière mais aussi Alv et Dvergr, deux femmes peu fréquentables ou encore Sinistra et Dextera, deux hommes réputés pour être le duo le plus efficace de la section. Ils fonctionnent tous en couple, possèdent chacun un vaisseau et un mécha autonome. La caractérisation de ces personnages se fait directement dans l’action et leur charisme naît des actes héroïques qu’ils effectuent (les auteurs ne s’embarrassent pas de psychologies de bazar pour les rôles secondaires). Eclair est véritablement le personnage central de l’intrigue et tout gravite autour d’elle (en d’autres termes, ce sera le seul personnage vraiment exploité). Finalement, après une présentation légèrement redondante (la première partie de la série, bien que divertissante, manque terriblement d’intérêt), l’histoire s’étoffe nettement par l’apport d’intrigues secondaires toutes reliées à la principale (le passé d’Eclair, l’exclusion de nos deux héroïnes du GOTT, le complot des Nobles, etc.) et d’une atmosphère légèrement plus sombre. Mais avant de détailler les points forts et faibles du scénario, revenons sur un élément primordial (façon de parler) et omniprésent de Kiddy Grade : le fan-service. Eclair est bien évidemment une représentation fantasmée de la femme parfaite : plastique irréprochable, sourire ravageur et bonne humeur communicative (je suis sûr qu’elle sait faire parfaitement la cuisine et le ménage). Un rêve, en somme. Les plans de culottes et de seins rebondis sont légions (Eclair ira même jusqu’à augmenter la taille de sa poitrine en cours de route !). Bref, c’est du grand n’importe quoi pour plaire au fan nippon de base.

Revenons à nos moutons, il ne manquerait plus que mon article soit parasité par des ENORMES nénés. Le 11ème épisode marque un tournant puisque Eclair et Lumière sont radiées de l’ES pour avoir désobéi à un ordre direct et se retrouvent pourchassées par le GOTT. Celles qui étaient les chasseuses, deviennent les proies. Ne l’entendant pas de cette oreille, les deux filles décident d’attaquer directement à la source leur ancien employeur car il y a quelque chose de pourri au royaume du GOTT. Et la paf ! Le spectateur se prend un 15ème épisode de fou au dénouement crépusculaire renvoyant aux images terrifiantes du 11 septembre. À ce moment, on se demande vraiment si l’on assiste à la même série qu’au tout début. Malheureusement, tout ceci sera gâché par des révélations peu surprenantes (la fausse Eclair), voir inutiles (le retour d’Eclipse). Le niveau remontera sur la fin, la série lorgnant enfin du côté du space opéra avec une gigantesque bataille spatiale nous offrant un véritable festival de couleurs et de lumières digne d’un 14 juillet sous acide. On pourra noter aussi certaines idées audacieuses comme le fait de changer les héroïnes de look en plein milieu de l’histoire (les seins de Eclair qui grossissent notamment, on y revient…) et de donner des noms français et allemand pour la plupart des personnages (ce qui donne des prononciations souvent hilarantes). Bref, Kiddy Grade possède largement de quoi satisfaire son public (et surtout le mâle en rut). Mais, car il y a toujours un mais dans ces cas là, la série souffre d’un défaut clairement identifiable : une réalisation approximative. Non pas que techniquement, ce soit inégal, l’animé possède une animation souvent sans faille. C’est au niveau de la mise en scène de Keiji Gotoh que cela coince. Sur la première partie, il n’arrive presque jamais à rendre la moindre scène d’action ludique. Les mouvements de caméras sont, soit statiques, soit jamais au bon endroit. Bien heureusement, le bonhomme et son équipe se reprennent par la suite en nous offrant de vrais combats jouissifs (par exemple, l’affrontement entre les « nouvelles » Eclair et Lumière et leurs clones).

Je soupçonne que la popularité de la série vienne surtout du caractère érotique de son héroïne, Eclair (si c’est Lumière, j’appelle les flics, parce que ce serait grave là). Car, il faut avouer que Kiddy Grade a du mal à rivaliser en terme de qualité avec les autres succès du studio Gonzo. Le script en demi-teinte, l’univers trop barbe à papa, la caractérisation trop simpliste des personnages et le manque d’intensité dans les affrontements, font de cette série, une œuvre indubitablement mineure. Sympathique, mais mineure.