Kemonozume
15 mars 2008 | Par Zak | Publié dans Critiques | lu 1 291 fois
Si le nom de Masaaki Yuasa ne vous dit encore rien, tâchez de bien le retenir car le bonhomme est entrain de se faire un nom dans le domaine de l’animation japonaise. Si bien, que certains voient déjà en lui un équivalent aux Satoshi Kon et autres Mamori Oshii. Bien sûr, Yuasa fait preuve d’une esthétique complètement différente de ses pairs. Un style unique, même si fortement inspiré par l’univers de l’américain Bill Plympton (réalisateur des Mutants de l’espace et de Hair High). Après la bombe Mind Game qui atomisa les divers festivals où il fut diffusé (mais malheureusement toujours inédit chez nous), le réalisateur nous revenait en 2006 pour une série de 13 épisodes sous le titre mystérieux de Kemonozume.

Depuis des milliers d’années, l’humanité lutte en secret contre les Shôkujinki. Ces monstres cannibales sont capables de prendre l’apparence des humains pour mieux se fondre dans la masse et dévorer leurs victimes. L’organisation chargée de les chasser se nomme Kifuuken. Toshihiko Momota est un expert dans le maniement de l’épée et fils du leader de l’organisation. Un jour, il tombe amoureux d’une magnifique jeune femme, Yuka Kamizuki. Vivant une parfaite idylle, Toshihiko se retrouve néanmoins un jour face à un cruel dilemme lorsque son père est assassiné : Yuka est en réalité une Shôkujinki et Kazuma, le frère de Toshihiko l’accuse d’être l’auteur du meurtre. Par amour, Toshihiko choisi de rester avec Yuka et ensemble, ils fuient. Kazuma, devenu leader du Kifuuken, lance alors ses hommes à leurs trousses… La télévision est un passage désormais quasi obligatoire pour les grands noms de l’animation qui officient habituellement au cinéma : Satoshi Kon sur Paranoia Agent, Yoshiaki Kawajiri sur X, Sunao Katabuchi sur Black Lagoon… Masaaki Yuasa n’y échappe pas non plus et passe de Studio 4°C à Madhouse Studios pour les besoins de Kemonozume. Si le studio change, le style du réalisateur reste le même : mélange d’animation traditionnelle, de rotoscopie, d’esquisses, de coups de crayon et d’éléments 3D. Rien à voir donc avec ce que l’on peut voir habituellement en série animée, d’autant plus que Kemonozume ne lésine pas sur le gore et le sexe ! L’animé se permet même de voguer entre les différents genres à chaque épisode. En effet, on peut passer de la comédie burlesque (l’épisode hilarant où Yuka paralyse Toshihiko et le cache du détective), au road movie touchant (le voyage avec les petits vieux), en passant par le pur actioner jouissif (les bastons contre les Shôkujinki). Tout ça, sans que la transition soit brusque.

Mais d’un autre côté, Kemonozume est particulièrement difficile d’accès. Les délires visuels de Yuasa restent particuliers et peu enclin à être destinés au grand public. D’autant plus, que le manque de temps et d’argent l’empêche souvent d’aller au bout de ses ambitions (l’animation est loin d’être parfaite par exemple). De même, on sent un certain recyclage d’idées vues dans Mind Game. Néanmoins, Kemonozume est une œuvre adulte à la croisée des genres et au style graphique atypique, qui lui permet d’être unique dans le paysage des séries TV. Il faut espérer maintenant que Kaiba, prochaine série du réalisateur, dont la diffusion débutera en avril prochain au Japon, dépassera nos attentes.