Kaiji
22 novembre 2009 | Par Zak | Publié dans Critiques | 1 Comment | lu 630 fois
Nobuyuki Fukumoto est inconnu en France car aucune des ses œuvres n’est disponible. Mais pourtant, au Japon c’est une star. Ses mangas sortent de l’ordinaire et son auteur pallie son absence de talent dans le dessin (c’est moche, sans aucun doute), par des scripts fabuleux jouant comme jamais avec les nerfs de ses lecteurs. Kaiji (39 tomes depuis 1996) est la seconde adaptation par Madhouse de l’un de ses mangas après Akagi en 2005. Diffusé entre octobre 2007 et avril 2008 sur 26 épisodes, Kaiji couvre les 13 premiers tomes du manga et a pour thème central le jeu. En effet, si Akagi se déroulait dans l’univers très spécialisé du mah-jong, Kaiji est plus universel. Les jeux d’argent ou autres paris nous parle forcément plus, c’est pourquoi le manga est rapidement devenu populaire. Mais ce succès, on le doit surtout à un scénario efficace tel une mécanique parfaitement huilée et un sens du rythme à faire pâlir les créateurs de 24 heures chrono. Joue ou meurt, à toi de choisir !

Kaiji Itô est un raté. Vivant dans un petit studio minable à Tokyo et incapable d’avoir un emploi stable, il passe son temps à perdre son argent aux jeux ou autres paris. Un jour, il reçoit la visite d’un mafieux car il se serait porté garant des dettes d’un ami par le passé. Non seulement Kaiji a une vie de merde mais en plus il se retrouve endetté d’une lourde somme ! Toutefois, on lui propose une alternative qui lui permettrait d’effacer son ardoise : participer à un jeu clandestin durant une nuit sur un paquebot nommé « Espoir ». Kaiji accepte la proposition. Les ennuis ne font que commencer… Kaiji est la troisième réalisation de Yuzo Sato après l’OAV Bio Hunter et… Akagi bien sûr (il a depuis fait One Outs aussi). Sato fut aussi animateur clé sur Ninja Scroll et The Sky Crawlers, ainsi que storyboardeur sur Death Note, Claymore et Gungrave (la crème des productions récentes Madhouse). Bref, un habitué des adaptations de manga à succès, doublé d’un connaisseur de l’univers de Fukumoto. Soit le candidat logique pour Kaiji. Il retrouve ainsi son scénariste d’Akagi, Hideo Takayashiki (aussi auteur de Rideback, One Outs, Master Keaton, Maison Ikkoku, Ashita No Joe 2…) et le seiyû Masato Hagiwara qui interprétait déjà le personnage d’Akagi (et Tôa Tokuchi One Outs). Kaiji est scindé en deux arcs (attention la suite dévoile l’intrigue). Le premier couvre les neuf premiers épisodes et se déroule à l’intérieur du paquebot Espoir. Notre héros va devoir jouer au janken restreint, une sorte de pierre-feuille-ciseau avec des règles bien précises. Un jeu simple en apparence, mais qui se révèle bien plus complexe en réalité. Les anciens profitent de l’inexpérience des noobs pour les arnaquer (dont ce pauvre Kaiji). Différents clans se forment et tentent des stratégies plus ou moins astucieuses (Kaiji trouve deux associés en cours de route). Et enfin, l’argent distribué en début de partie devient un atout considérable (Kaiji s’en sert pour acheter des cartes).

Une chose est sûre, la croisière ne s’amuse pas ici. Le temps est limité (quatre heures) et la défaite synonyme de mort. Ou peut-être pire encore (esclave à vie pour les yakuzas ?). Le doute plane sur le sort des perdants, qui finissent nus comme des vers dans une salle sombre (Kaiji ira y faire un tour pour s’y échapper dans un ultime sursaut d’orgueil). La seconde partie est encore plus machiavélique avec trois nouvelles épreuves : une traversée au-dessus du vide sur des poutres, une partie de cartes contre l’organisateur et enfin pour finir, un jeu de hasard contre le big boss des yakuzas. Autant vous dire que le chemin est parsemé d’embûches pour le pauvre Kaiji. Surtout lorsqu’il verra ses camarades faillir les uns après les autres ! On pourrait classer Kaiji dans le même panier qu’un Death Note et Code Geass, soit de purs thrillers fonctionnant sur leur rythme trépidant, de multiples coups de théâtre et sur la bataille psychologique que se livre le personnage central. De même, chacune de ces séries disposent d’un sous-texte intéressant : la justice pour Death Note et la place de la jeunesse dans notre société pour Code Geass. Pour Kaiji, c’est le pouvoir de l’argent. Logique lorsque l’on parle de jeu. Toutefois, l’œuvre de Fukumoto se démarque pour son approche plus adulte (les tics du shônen sont soigneusement évités), voir carrément nihilistes par moment. Les individus engagés dans ces paris absurdes ne sont pas considérés comme des êtres humains. Kaiji découvre durant l’épreuve des poutres, qu’ils sont en réalité les jouets de richissimes personnalités. Le but principal n’est pas de gagner le gros lot, mais plutôt de divertir par le biais d’un spectacle dangereux et surtout dégradant. Série quasiment parfaite sur les quinze premiers épisodes, Kaiji montre des faiblesses dans sa dernière ligne droite. La triche fait son apparition de manière quelque peu absurde (l’émetteur qui mesure les pulsations cardiaques), le suspense vire au torture porn gratuit à la Saw (Kaiji met en jeu son ouïe, puis après ses doigts) et le propos perd en subtilité (les discours redondants de Tonegawa sur le fossé séparant les riches/puissants et les pauvres/ratés). On a frôlé de peu le chef-d’œuvre.

La personnalité très travaillée de Kaiji doit une grande part à la réussite de la série. Loser immédiatement sympathique (au début il crève les pneus du mafieux qui va lui rendre visite sans savoir que c’est sa voiture), Kaiji est beaucoup plus intelligent qu’il ne le laisse paraître. Durant la partie sur l’Espoir, il devient rapidement un leader et établi une stratégie de jeu que peu d’individus auraient pu mettre en place. Toutefois, Kaiji est trop gentil. C’est sa nature. Après la trahison de son ami Ando, il continuera à avoir confiance en lui, sachant pertinemment que ce dernier pourrait lui refaire le coup. De même, s’il se considère comme un raté, Kaiji devient un tout autre homme avec des cartes en mains. Quelqu’un capable de prendre des risques insensées car il est persuadé que ses coups sont infaillibles. Ce qui le mènera à sa perte au vu de son état à la fin de la série (pourtant il ne semble pas découragé pour autant). Comme on l’évoquait en début d’article, Fukumoto avoue être mauvais en dessin. Dommage alors que Madhouse n’ait pas mis un peu plus les moyens pour mieux faire passer la pilule. Le chara design de Masato Hagiwara (directeur de l’animation sur Claymore) est trop fidèle à l’œuvre d’origine, les métaphores visuelles censées décrire l’état mental des personnages sont ringardes et l’animation rudimentaire au possible. Heureusement, la bande son rattrape le tire avec un très bon score de Hideki Taniuchi dans la lignée de son travail sur Death Note. Kaiji étant une série très bavarde, le doublage devait absolument être une réussite. Ce qu’il est grâce à Masato Hagiwara dans le rôle du héros principal mais aussi Hakuryuu dans celui du diabolique Tonegawa (qui chante aussi l’ending) et Fumihiko Tachiki (Gendô Ikari dans Evangelion et Bunji Kugashira dans Gungrave) dans celui du narrateur. En effet, les épreuves de Kaiji sont commentées, ce qui donne un côté « sportif » à l’ensemble tout en intensifiant le suspense déjà très présent.

Si vous arriverez à passer au delà du chara design, vous allez à coup sûr avoir envie de finir Kaiji d’une traite tant la série est addictive. On regrettera juste que la seconde partie soit inférieure à la première (comme pour Death Note !) et que la critique sociale n’ait pas les arguments suffisants pour être totalement crédible. Même si toutefois, la vision désespérée de l’être humain donnée par Fukumoto mérite le coup d’œil tant elle tranche avec le reste de la production d’animés. Madhouse a annoncé depuis la mise en chantier d’une nouvelle saison, on peut donc espérer une diffusion pour 2010. Zawa Zawa en attendant.
23 novembre 2009 à 05:11 (#)
ANDOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOO !