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Jyu Oh Sei

15 août 2006  |  Par Zak  |  Publié dans Critiques  |  lu 1 214 fois

Devenu un grand de la japanime suite au succès (interplanétaire) de Fullmetal Alchemist, le studio BONES se doit désormais de garder cette réputation si flatteuse. En attendant la sortie française d’Eureka Seven (qui risque de cartonner), voici Jyu Oh Sei, un des deux titres du jeune studio pour la première moitié de l’année 2006 (l’autre étant la comédie loufoque Ouran High School Host Club). Tiré d’un manga en 5 volumes de Natsuki Itsuki (commencé en 1994 et finit en 2003 pour 900 000 exemplaires vendus sur l’Archipel), Jyu Oh Sei est devenu une série en 11 épisodes. Une durée étrangement courte si l’on compare avec les autres animés BONES, mais qui permet une implication immédiate dans l’histoire. Traitant du retour à l’état sauvage, Jyu Oh Sei nous entraîne sur une planète où l’humanité semble revenue à ses instincts les plus basiques : survivre et continuer sa lignée. Mais l’espoir va naître d’un homme…

Nous sommes en 2436, Thor et Rai sont deux frères jumeaux vivants sur la station orbitale Juno. Malgré leur ressemblance physique, leurs traits de caractère sont diamétralement opposés. Thor est un leader pour Rai et ce dernier est trop timide pour s’investir dans quoi que ce soit. Un jour, en rentrant des cours, ils découvrent les cadavres de leurs parents. À peine ont-ils le temps de s’apercevoir de l’horreur de la situation qu’ils sont envoyés de force sur une planète non répertoriée du nom de Chimera. En ce lieu où les plantes carnassières côtoient les criminels les plus dangereux de la galaxie, les deux jeunes frères vont rapidement comprendre que seuls les plus forts peuvent survivre. Mais il existe un moyen de s’échapper de cet enfer : devenir le Jyu Oh, littéralement le « Roi des Bêtes » et ainsi avoir l’autorisation de quitter la planète-prison. Seulement voilà, avant d’y arriver il faut battre les chefs des quatre clans existants. Et la tâche sera loin d’être aisée… Contrairement aux apparences, Jyu Oh Sei n’est pas un énième shônen mais… un shôjo ! Avec toutefois un léger côté seinen (tout comme FMA était un shônen/seinen). Néanmoins, c’est un shôjo peut-être plus destiné à un public masculin. Vous suivez toujours ? Parce qu’il y a de quoi se perdre. Pour comparer brièvement, Jyu Oh Sei se rapproche beaucoup de Vision d’Escaflowne. En effet, l’accent est mis sur les relations entre les personnages – en particulier les romances – et les séquences d’actions et autres combats ne sont que secondaires (X de Kawajiri jouait aussi sur un tableau similaire). Ce n’est pas le seul point commun que partage les deux œuvres, puisque le chara design est très proche des travaux de Nobuteru Yuki (le compositeur Hajime Mizoguchi vient d’Escaflowne aussi). Mais la série dispose pourtant plus d’éléments censés attirer la gente masculine : le héros est un homme, l’univers dans lequel il évolue est très hostile et pour survivre il ne faut pas hésiter à tuer son prochain (même si c’est son propre frère, cf. l’hallucinant premier épisode).

Le côté sans concession de la chose nous rappelle que les femmes sont peut être plus douées pour raconter des histoires matures destinées à un public d’adolescents (FMA en est la preuve immédiate). Ainsi, Jyu Oh Sei vogue vers le seinen (manga pour adulte) à certains moments : la violence graphique (voir psychologique) est omniprésente, les personnages sont plus mûrs que la moyenne (malgré leur jeune âge) et les thématiques abordées sont ouvertement adultes (perte d’humanité, loi du plus fort). Pour mettre en scène cette histoire, BONES a fait appel à Hiroshi Nishikiori, réalisateur auquel nous devons Angelic Layer, Gad Guard, The Melody of Oblivion et Azumanga Daioh (mieux veut oublier de citer l’insoutenable Oku-sama wa Mahou Shoujo par contre…). Un faiseur expérimenté, plus adroit avec les personnages que pour mettre en scène des combats furieux. Soit le profil idéal pour Jyu Oh Sei. En effet, en seulement 11 épisodes, les portraits des différents protagonistes sont parfaitement esquissés. Certains sont ultra charismatiques, Thor bien sûr, mais aussi Third, manipulateur de génie ou Zagi, le « Loup Blanc », tueur sans états d’âme, obligé de cacher ses véritables sentiments du fait de son statut de leader. Du côté des femmes, elles ne sont pas en reste puisque Chen et Karim forment deux magnifiques guerrières en quête d’amour (par contre Tiz, la « copine » du héros est le type même d’héroïne qui m’énerve). À contrario, la réalisation manque d’efficacité dès que ça bouge un peu. Je pense notamment au frustrant combat opposant Thor à Zagi. Si excitant dans l’opening (la chanson est excellente mais il en dévoile un peu trop sur l’intrigue), il est expédié en quelques coups d’épées peu vifs. Heureusement, quelques séquences me contredisent comme lorsque Thor se débarrasse à la façon « Starship Troopers » d’une Verasona. Et surtout, l’intégralité du dernier épisode versant du côté du « monster movie » où des militaires sont liquidés un à un avec la rigueur d’un métronome.

Si les personnages se révèlent bien écrits, l’intrigue principale n’est pas laissée de côté. Le scénario, écrit par Natsuko Takahashi (Bleach et Fullmetal Alchemist) et Ruko Yoshida (Scrapped Princess et Blood+), est construit en deux actes bien distincts. Le premier nous conte les premiers jours de l’arrivée de Thor sur Chimera jusqu’à ce qu’il devienne chef d’un des quatre clans (alors qu’il est encore enfant !). La seconde partie, se déroulant quelques années plus tard, nous montre un Thor adulte sur le point de devenir le Jyu Oh. Ainsi, il pourra enfin comprendre pourquoi ses parents ont été assassinés et la raison pour laquelle on l’a laissé avec son frère sur cette planète. Autant vous dire que la révélation finale s’avérera surprenante pour notre héros (et pour nous aussi d’ailleurs). Par contre, celle du véritable but de Third sera tout à fait prévisible (sans pour autant enlever toute l’aura charismatique du personnage). Jyu Oh Sei met en avant la bestialité présente au fond de chaque individu, soit le côté obscur de l’être humain (qui mène à la tromperie, voir au meurtre). Third dira à un moment : « Les êtres humains sont les plus terribles des animaux ». Une phrase simple mais terriblement efficace dans le contexte de la série (surtout que Third est très mal placé pour jouer les donneurs de leçon). La planète Chimera est le catalyseur de ce retour à l’état sauvage. L’environnement hostile et la présence de nombreux criminels assoiffés de sang font que le danger est permanent et oblige donc les personnes à s’abaisser au rang d’animaux pour survivre. À peine arrivé, Thor est obligé de tuer alors que jamais il n’aurait pensé porter le coup sur quelqu’un. Ici bas, il ne peut plus profiter de sa jeunesse, il lui faut devenir adulte avant l’âge et prouver sa valeur aux autres.

C’est Takeshi Satô (Noein – to your other self) qui eu la lourde tâche de rendre peu accueillante la planète Chimera. Pour cela, chaque recoin de la jungle devait être un danger potentiel (malgré de superbes décors de verdure). De même, durant la seconde partie de l’animé, nos héros se retrouvent en pleine période hivernale (on se croirait sur la planète Hoth de L’Empire contre-attaque). Là encore, l’impression de danger est permanente (quasi absente de couleurs chaudes et nuit permanente). Un univers graphique qui sied à merveille à Jyu Oh Sei, qui s’avère, au final, être une nouvelle réussite pour le studio responsable de RahXephon et Wolf’s Rain. Dommage que la série soit si courte (pourtant les épisodes sont bien remplis) même si une seconde saison pourrait être envisageable (Thor, leader de la reconstruction de la civilisation humaine). En attendant, Hiroshi Nishikiori est parti sur une autre production BONES (Ayakashi Ayashi dont la diffusion commence en octobre) donc ce n’est malheureusement pas d’actualité…

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