Infinite Ryvius
10 janvier 2007 | Par Zak | Publié dans Critiques | lu 94 fois
Si le space opera est un genre très exploité en japanimation, vous ne risquez pas d’en voir un de la trempe de Infinite Ryvius tous les jours. Cette série animée de 1999 comptant 26 épisodes marqua la première collaboration entre Goro Taniguchi (s-CRY-ed et dernièrement Code Geass - Lelouch of the Rebellion) et le désormais célèbre collectif Sunrise Hajime Yatate (Cowboy Bebop, My-HiME ou encore Vision d’Escaflowne). Même si Infinite Ryvius respecte certains codes du space opera et de la série mécha (l’ombre de Gundam plane tout autour), ce qui intéresse Taniguchi, c’est de placer des individus normaux dans un environnement hostile et d’observer l’évolution des choses…

Nous sommes en l’an 2225 et cela fait maintenant 80 ans qu’une très forte explosion solaire a créé une région entière de très forte gravité dans notre système solaire. Un champ de plasma liant toutes les planètes entre elles comme un système nerveux, nommé Geduld, avale et détruit tout vaisseau spatial s’approchant de lui de trop près. L’humanité, consciente du danger, a malgré tout décidé de créer et d’entretenir des avant-postes dans l’espace aux quatre coins de notre système solaire. Parmi eux, Liebe Delta, fait office d’académie pour les futurs pilotes comme Koji et Yuki Aiba, deux frères. Lors d’une opération de routine, la station spatiale est entraînée dans le Geduld et semble vouée à une destruction totale. Les professeurs décident alors d’évacuer les étudiants vers le Ryvius, un vaisseau caché au sein de la station. Malheureusement, tous les adultes périssent en désengageant le Ryvius et les 400 élèves se retrouvent livrés à eux-mêmes… Infinite Ryvius peut être considéré comme une variation science-fictionnel de Sa Majesté des mouches de William Golding, célèbre roman mettant en scène un groupe d’enfants coincé sur une île déserte (qui inspira aussi récemment Jyu Oh Sei). Ainsi, nos héros coupés du monde, sont obligés de s’organiser pour survivre : répartir les tâches, apprendre à piloter le Ryvius, travailler en équipe, etc. Un authentique microcosme social se forme, dirigé les secondes années de l’ex-académie (les Zwei). Mais rapidement, des rivalités apparaissent et la motivation des passagers est au plus bas car les secours n’arrivent pas. Blue, un élève rebelle, prend alors le contrôle de l’appareil. Si son pistolet (unique arme à bord) symbolise le pouvoir, il est surtout un symbole de rassemblement (comme la conque dans le roman). Blue et ses hommes instaurent un ordre très strict avec un système de points obligeant les gens à travailler pour manger.

L’analogie avec Sa Majesté des mouches devient alors encore plus évidente lorsque la violence, voir la sauvagerie prend part sur le Ryvius. Les élèves n’acceptent pas les disparités entre les membres du cockpit (exempt de points) et le reste de l’équipage. Blue est obligé de s’enfuir après avoir essayé de trahir les siens pour s’échapper en solo. Il devient alors une proie pour les élèves (comme Ralph dans le roman). Les Zwei essayent alors de reprendre le contrôle de la situation. Mais en vain car le chaos se propage comme une infection. Le fait que le Ryvius soit pris pour un vaisseau terroriste par les autorités n’arrange pas les choses. Nos héros doivent se battre contre ceux qui devaient les secourir. Le danger est à l’intérieur, mais aussi à l’extérieur. Pour se défendre, le Ryvius dispose d’un armement de dernière génération : le Vital Guarder, un gigantesque robot à la puissance de feu exceptionnelle. Infinite Ryvius est donc un authentique space opera. On est même plus proche d’un Battlestar Galactica que d’un Stellvia (série plus récente se déroulant aussi dans une académie spatiale). Le climat oppressant et désespéré, ce côté “survival”, cette impression de danger permanent… Tout ceci on le retrouve dans le récent remake de la série live précitée. Le design général de Shigemi Ikeda (Gantz et Mobile Suit Gundam Seed) et de Kimitoshi Yamane (Vision d’Escaflowne et Mobile Suit Gundam Seed) est résolument “low-tech”, sale, voir rustique. Le Ryvius n’est pas un vaisseau accueillant et il rend les gens mauvais, égoïstes, stupides… Pourtant, Neeya, le “coeur” du Ryvius, représenté par une jeune fille fantomatique, contraste avec cela. Elle aide nos héros à survivre et protège Koji tout au long du périple.

Si Koji Aiba est le personnage principal de l’histoire, il est loin d’avoir la carrure d’un leader. En effet, il est résolument différent des traditionnels héros d’animés : sa relation avec son frère est désastreuse (ce dernier n’hésite pas à le frapper jusqu’au sang), il est manipulé par Blue et est constamment mis à tabac par des élèves jaloux de sa condition de privilégié. Bien que psychologiquement très fouillé (au contraire de son frère dont la caractérisation de “jeune loup” manque de subtilité), Koji n’est pourtant pas le personnage le plus intéressant de la série. En effet, Ikumi (brillamment interprété par Tomokazu Seki), le meilleur ami de Koji, connaît une évolution surprenante. Plutôt gentil de nature, Ikumi va radicalement changer lorsque sa petite amie, Izumi, va être blessée (torturée ?) par d’autres élèves. Menaçant de détruire le Ryvius avec le Vital Guarder, Ikumi prend le contrôle du vaisseau. Commence alors un climat de terreur ayant pour but de stopper tout acte de violence. Ce système fascisant réduit fortement la liberté des occupants du Ryvius et use de la répression contre les agitateurs (une milice spéciale est créée). D’une certaine façon, Ikumi se rapproche beaucoup du Jack de Sa Majesté des mouches (son aura charismatique vient de la peur qu’il engendre). Mais un élément primordial différentie Infinite Ryvius du roman de William Golding : la présence de filles. Ainsi, les rivalités de pouvoir s’étendent aux relations amoureuses. Un triangle (forcément destructeur) se dessine rapidement entre Koji, Aoi, son ami d’enfance et Faina, une fille que Koji a sauvé lors de la destruction de Liebe Delta. De même Izumi, la petite amie d’Ikumi sera l’élément déclencheur de sa folie (elle-même perdra totalement les pédales).

La force de la série tient du boulot d’orfèvre de Goro Taniguchi en tant que réalisateur (sa première série à ce poste, il faut le rappeler) mais aussi bien sûr dans le scénario impeccablement ficelé de Yôsuke Kuroda (Gungrave et Trigun) et Yuichiro Takeda (Banner of the Stars et Xenosaga : The Animation). La tension monte graduellement d’épisode en épisode jusqu’à un climax insoutenable au dénouement imprévisible. On peut encore s’amuser à comparer avec Sa Majesté des mouches puisque la fin est identique et aussi surprenante. Ce qui fait de Infinite Ryvius la meilleure adaptation non officielle de ce classique de la littérature. Ajoutez à cela un aspect technique de haute volée qui a très peu vieilli (le chara design de Hisashi Hirai fait parti de ses meilleures réalisations) et on obtient le haut du panier des productions Sunrise (à 10 € le coffret, l’achat est indispensable).