Heroic Age
1 mars 2008 | Par Zak | Publié dans Critiques | 1 Comment | lu 223 fois
2004, le studio Xebec donnait naissance à l’un des tout meilleurs ersatz de Neon Genesis Evangelion : Fafner. Une copie, bien loin d’être pâle et toujours inédite en France. Problème de droits ou simple je-m’en-foutisme des éditeurs ? Sachant que le genre “mécha” n’est pas aussi populaire en France qu’au Japon, on a peut être la réponse. Quoi qu’il en soit, une partie de l’équipe de Fafner a rempilé en avril dernier pour une nouvelle série de science-fiction. Plus précisément, un space opera fortement influencé par les jeux vidéo de stratégie à la Starcraft et dont le premier épisode en avait impressionné plus d’un (moi, le premier). Mais 26 épisodes plus tard, le bilan est pourtant très loin d’être satisfaisant.

Age est un jeune garçon abandonné vivant sur une planète désertique du nom d’Oron. Il y passe une vie paisible jusqu’au jour où des humains de la Tribu de Fer, emmenés par la Princesse Deianeira, débarquent sur sa planète. Deianeira recherche l’Élu, celui qui pourra les sauver du joug de la Tribu d’Argent, des êtres supérieurs souhaitant la destruction de la Tribu de Fer. Age est en réalité, l’un des derniers membres de la Tribu des Héros, un humanoïde ayant la possibilité de se transformer en guerrier quasiment invincible appelé Nodoss. Avec l’aide du jeune garçon, le destin des humains et de l’univers pourrait changer… En regardant Heroic Age, on pense immédiatement à la série TV américaine, Battlestar Galactica. En effet, le vaisseau humain voyage continuellement dans l’espace et essayant d’éviter au possible les assauts répétés d’un agresseur bien plus puissant que lui, rappelle fortement la série de Ronald D. Moore. De même, la quête de la Tribu de Fer est sensiblement identique à celle des survivants de la flotte menés par le Galactica : trouver l’Eden. Une référence pleinement assumée, comme celle envers Starcraft, jeu encore ultra populaire en Asie. Ainsi, on se retrouve avec cinq races distinctes : la Tribu de Fer (les humains), la Tribu d’Argent (des humains évolués), la Tribu de Bronze (des insectes), la Tribu des Héros (les Nodoss) et enfin, la Tribu d’Or, celle qui est à l’origine de tout. Comme dans le jeu Blizzard, chaque clan possède ses propres “héros” dont les pouvoirs diffèrent des individus normaux (chez la Tribu de Fer, Iolaus peut se téléporter et Deianeira a des pouvoirs psychiques).

Il est en revanche regrettable que Heroic Age n’arrive pas à se détacher de ces références pour naviguer de son propre chef. Chose que Fafner avait su faire par exemple. Ainsi, dès le second épisode, le soufflé retombe aussitôt. Tout le budget semble avoir été utilisé sur le premier, avant de finalement revenir sur la fin (qui, faut l’avouer, en met pleins les mirettes). Le schéma scénaristique est identique sur la toute première partie de la série : l’Argonaut tombe sur la flotte des Tribus d’Argent et de Bronze et ces derniers se font écraser par Bellcross, le Nodoss se trouvant à l’intérieur d’Age. Nos héros se retrouvent sans danger jusqu’à ce que la Tribu d’Argent lâche ses propres Nodoss. Heroic Age gagne alors en intérêt, même si l’on se demande honnêtement comment la Tribu de Fer faisait auparavant pour survivre. Ils paraissent complètement dépassés par les évènements. La flotte humaine devient alors spectatrice de combats acharnés entre les Nodoss. Ce n’est pas les quatre pauvres méchas de la Tribu qui changeront la donne (Iolaus a l’impression de ne servir à rien et il a bien raison !). Même si Heroic Age propose de nombreuses batailles spatiales, elles restent pour la plupart peu dynamiques (sauf celle avant l’arrivée sur Elysion). Usant généralement de plans fixes, les réalisateurs Takashi Noto (producteur de Fafner) et Toshimasa Suzuki (storyboarder sur Fafner) peine à donner la moindre intensité à l’ensemble. Les vaisseaux tirent dans tous les sens sans que le spectateur ne comprenne quoique ce soit. Pire que tout, certains plans sont carrément réutilisés plusieurs fois au sein d’un même épisode !

Difficile aussi de s’attacher à la brochette de protagonistes tellement ceux-ci paraissent aussi fades et stéréotypés les uns que les autres (hormis toutefois Deianeira, la leader humaniste). Ainsi, Age apparaît au début comme le traditionnel homme-enfant découvrant un monde nouveau. Les gags, souvent infantiles, de sa socialisation au sein du microcosme de l’Argonaut tombent à plat à chaque fois (la bataille de peinture…). Même si ce dernier évolue par la suite, Age restera juste l’enveloppe de ce Gros Bill de Bellcross. Plus drôle, Iolaus est la caricature même du soldat réputé qui se voit dépasser par un nouveau inexpérimenté. Coincé comme s’il avait un balai dans le derrière, cela ne l’empêche pas de collectionner les figurines à l’effigie de sa princesse. Un vrai pervers, je vous le dis ! On regrettera tout de même que son pouvoir de téléportation soit malheureusement sous-exploité tout au long des épisodes. Cette caractérisation foireuse est à mettre sur le dos de Tow Ubukata, pourtant auteur de Fafner et créateur du Chevalier d’Eon, Mardock Scramble et Pilgrim Jäger. Il signe ici un pur script de tâcheron, minimaliste au possible, émotionnellement vide et se reposant trop sur ses références. Mais il n’est pas le seul à blâmer. Même Hisashi Hirai, chara designer réputé (Mobile Suit Gundam Seed, Fafner), signe ici le pire travail de sa carrière (Mehitaka est un croisement entre un cancéreux en phase terminale et Roswell). Il n’y a que le compositeur Naoki Sato qui semble inspiré dans lot, avec de grandes envolées lyriques comme il les affectionne (voir X).

Le constat final est sans appel : Heroic Age est un ratage, surtout à cause de ses promesses non tenues. L’équipe à l’origine de Fafner ne réitère donc pas la réussite d’antan. Alors coup de chance ou simple baisse de régime ? Il faut rester confiant, on jugera pleinement sur leur prochain projet. Mais pour l’instant, en France, on attend toujours Fafner…
10 mars 2008 à 11:02 (#)
Critique assez dure. Pourtant pas injustifié, je reste en effet beaucoup sur ma faim.
Ratage ? Peut être pas, car des scènes, magnifiquement mises en musique, peuvent donner quelques frissons aux plus sensibles… Mais c’est vrai, Fafner m’avait laissé un souvenir merveilleux, et je crains qu’Heroic Age, malgré Angela Aki, tombe vite dans l’oubli.
J’ai beaucoup aimé ce billet. Et la nouvelle version du site. Bon courage