Ghost in the Shell : Stand Alone Complex 2nd GIG

14 juillet 2008  |  Par Zak  |  Publié dans Critiques  |  4 commentaires  |  lu 572 fois

Véritable pierre angulaire de l’animation japonaise de ces dernières années, la série Ghost in the Shell : Stand Alone Complex de Kenji Kamiyama donna une suite un peu moins d’un an après la fin de celle-ci (on est début 2004). La production de cette nouvelle saison de 26 épisodes commença pourtant au tout début de la diffusion de la série originelle. Lors des premiers retours d’audience et de l’engouement général qui s’en suivirent. Ainsi, si la 2nd GIG débarqua si rapidement ce n’était pas pour surfer sur le succès mais bien pour pousser plus loin les éléments et thèmes abordés dans la première saison. À la fois polar high-tech, thriller politique et récit de science-fiction réflexif, voir philosophique, GITS : Stand Alone Complex 2nd GIG bénéficie en prime de la participation exceptionnelle de Mamoru Oshii. Le réalisateur des deux opus cinématographiques de la saga (1995 et 2004) apporta l’idée générale de la nouvelle trame : la révolution des réfugiés. Bien plus sombre que l’intrigue du Rieur tout en disposant d’un contexte politique et social aux réminiscences post-11 septembre, la 2nd GIG s’impose, sans nul doute, comme une œuvre définitive.

Six mois ont passé depuis la dissolution de la Section 9 et l’arrestation du cerveau au cœur de l’affaire du Rieur. Des terroristes, se faisant appeler “Les Onze Individuels “, prennent les employés de l’ambassade de Chine en otage. Motoko Kusanagi et son équipe ont pour mission de sauver les innocents pris dans ce conflit… Une opération que réussit avec succès la Section 9 et qui leur permet alors de sortir de l’ombre grâce à l’appui du Premier Ministre Kayabuki. Un choix stratégique pour cette jeune femme car elle doit faire ses preuves au sein même de son gouvernement composé d’hommes plus âgés. Mais surtout, elle doit aussi faire face à une situation de crise sans précédent, avec au cœur du problème l’avenir des réfugiés. Ces gens ont quitté leur pays d’origine pour fuir la guerre et après avoir aidé à la reconstruction du Japon, le gouvernement les a abandonnés alors qu’on leur avait promis la naturalisation. Ils vivent désormais dans des bidonvilles improvisés qui ne cessent de s’accumuler. La conjoncture devient de plus en plus explosive et il en faudrait peu pour qu’une révolte gronde. Remis dans la course, la Section 9 doit faire face à une recrudescence d’actes terroristes tous revendiqués par les mystérieux Onze Individuels : un piratage d’hélicoptères de combat, une tentative d’assassinat du Premier Ministre, des attentats kamikazes… Contrairement à la première saison, le fil rouge prend beaucoup plus d’importance et laisse peu de place aux épisodes “stand alone” (histoires indépendantes à l’intrigue principale). Ils sont ici regroupés en trois nouvelles catégories : les épisodes Dividual (intrigue unique), Dual (avec le personnage de Godâ) et Individual (sur les Onze Individuels).

Outre les membres de la Section 9, deux nouveaux personnages centraux font leur apparition : Kazunoto Gôda et Hideo Kuze. Le premier est rattaché aux services des renseignements, plus précisément à la stratégie guerrière. Gôda était auparavant un simple cadre de bureau transparent et sans ambitions. Mais suite à son accident qui lui a mutilé la moitié du visage, Gôda a radicalement changé et surtout trouvé le but de son existence. Il devient alors un membre important, dirigeant son service d’une main de fer (des “Men in Black”). C’est un manipulateur de génie, spécialiste du contrôle des médias mais aussi tout simplement des sentiments humains. Kuze lui, a, à l’instar du Major Kusanagi, un corps entièrement cybernétisé. C’est un terroriste qui se revendique des Onze Individuels et qui tente de tuer au début le Premier Ministre Kayabuki. Kuze possède un visage sculpté qui ne bouge jamais et dont la beauté fait de lui l’exact opposé physique d’un Gôda. Il est intéressant de comparer les deux personnages car ils sont tous deux les nouveaux ennemis de la Section 9. Deux leaders charismatiques chacun à leur façon et aux convictions diamétralement opposées. Gôda manipule son monde dans l’ombre pour exterminer les réfugiés, tandis que Kuze devient leur “sauveur” et cherche à faire d’eux une nation à part entière. Vous l’aurez remarqué, le contexte est radicalement différent de celui de la première saison. La Section 9 se retrouvera même plongé en véritable situation de guerre lorsque Kuze et les réfugiés menaceront le Japon avec une bombe nucléaire lors d’un climax explosif. Outre l’implication de Mamoru Oshii, on remarque que le réalisateur Kenji Kamiyama a nettement plus participé à la rédaction du scénario. Ainsi, les autres scénaristes tels que Dai Satô (Samurai Champloo, Ergo Proxy), Jun’ichi Fujisaku (Blood+, Real Drive) et Shôtarô Suga (Darker than Black, Eureka Seven) ont vu leur participation amoindrie pour cette seconde saison.

Cela ne les a pas empêchés de signer des scripts solides comme Night Cruise de Shôtarô Suga, véritable hommage au film Taxi Driver de Martin Scorsese, au travers d’un pilote d’hélicoptère névrosé. Ou encore, le ludique Cash Eye de Dai Satô évoquant la série animée Cat’s Eye tout en pointant du doigt les dérives lubriques et malsaines de hauts fonctionnaires de l’État. Cette nouvelle série permet aussi aux auteurs de développer un peu plus les personnages principaux, notamment le Major Kusanagi via une utilisation astucieuse du flash-back (le très touchant Affection). Paz et le sniper Saitô auront aussi droit à des épisodes narrant leur passé (avec une belle référence au film Full Metal Jacket de Stanley Kubrick pour celui sur Saitô). De manière générale, la 2nd GIG ouvre l’humanité de ses protagonistes au grand jour. On pense notamment à la relation ambiguë entre Kusanagi et Kuze ou Batô et la jeune fille lors de la mission à Berlin dans l’épisode Trans Parent. Le Major montera même un aspect maternel inattendu lors de son voyage à Taïwan dans l’épisode Red Data. De même, dans Trial, Togusa fera passer ses sentiments et son sens de la justice avant sa carrière durant le procès d’un tueur. Un épisode qui se termine d’ailleurs sur une note inattendue et radicale, montrant l’échec total du système judiciaire. Même les tachikomas, les robots de combats de la Section 9, auront droit à leur propre segment (épisode Pat.) durant lequel on les voit débattre sur la notion d’individualité. Tous ces épisodes Dividual permettent véritablement au spectateur de s’impliquer davantage, en étant plus proche des personnages. Car il est évident que la 2nd GIG est bien plus sombre que son prédécesseur. Également moins ludique même si elle réserve quelques grosses scènes d’actions, plus particulièrement lors du climax que l’on évoquait plus haut et qui s’étale sur les trois derniers épisodes.

L’atmosphère désespérée se dégageant de la série se ressent au travers du contexte social et politique, mais aussi au niveau du ressenti des personnages. De manière générale, nos héros semblent beaucoup plus vulnérables qu’auparavant. Ils sont souvent dépassés par les évènements, entre un Gôda qui les mène en bateau et Kuze qui semble intouchable. Ainsi, le costaud Batô se prendra une sacrée rouste lors de son mano à mano contre le leader des réfugiés. Le Major finira cette histoire dégoûtée et quittera la Section 9. Même Kuze, bien que leader aimé de tous, est quelqu’un de très seul et très triste. Il mourra d’ailleurs en anonyme, délaissé de tous, comme s’il n’avait jamais été un héros pour tout un peuple. Bien sûr, la 2nd GIG n’oublie pas non plus d’être avant tout inspirée de l’œuvre Masamune Shirow, dont les questionnements sur l’impact des nouvelles technologies sur notre mode de vie s’avèrent toujours aussi passionnants. Cette seconde saison se déroule plus souvent dans le “cyberspace”, le réseau, gigantesque toile recelant d’informations et forcément, de secrets. L’équipe technique a effectué un travail de titan pour rendre ces passages crédibles à l’écran. La 2nd GIG surpasse la précédente en terme d’animation et de qualité du dessin (qui, au passage, était déjà exceptionnelle). D’ailleurs, quatre ans plus tard, on ne voit que Seirei no Moribito qui puisse rivaliser parmi les titres destinés à la télévision. Et comme par hasard, la série est signée de la même équipe… Si seulement, plus d’animés pouvaient bénéficier d’une telle approche perfectionniste (le soin apporté à la création des l’environnements est juste renversant par exemple). Enfin, Yoko Kanno rempile une nouvelle fois pour signer une de ses meilleures OST, tout simplement.

Ghost in the Shell : Stand Alone Complex 2nd GIG est disponible depuis quelques temps déjà en DVD chez Beez et après un passage sur la TNT sur Europe 2 TV (Virgin 17 aujourd’hui), la série vient de ressortir dans un superbe coffret. Alors bien que la complexité de l’œuvre puisse rebuter les non-initiés en matière de cyberpunk (plusieurs visionnages s’imposent pour en tirer toute la substance), la 2nd GIG est assurément une œuvre maîtresse de l’animation japonaise. Un titre indispensable à se procurer d’urgence si ce n’est pas déjà fait, en même temps que la première saison, les deux opus cinématographiques, sans oublier le film tiré de la série, Solid State Society. Bien que ce dernier comblât le vide ressenti par les fans depuis la fin de la diffusion de la deuxième saison, j’en reprendrais bien une tranche. Pas vous ?

Commentaires

  1. kakashi89 dit :

    14 juillet 2008 à 11:33 (#)

    En effet, rarement (voir jamais) un anime n’a été aussi réussie dans le genre cyberpunk, même si j’ai assez regretté la disparition pour le moins décevante du charismatique Kuze. Mais bon la fin très philosophique (le sacrifice des tachikomas) a éclipsé ce point là. Il faut aussi souligné que l’opening et l’ending sont tout simplement exceptionnels (que ce soit pour le 1st ou le 2nd GIG).

  2. Orieur dit :

    20 juillet 2008 à 12:02 (#)

    Moi j’en reprendrais bien plusieurs tranches.

  3. redsky dit :

    6 août 2008 à 01:17 (#)

    Il est vrai que GitS SAC 2nd GIG est une vrai réussite et un plaisir pour les sens juste que le développement des personalité des personnages m’a surpris par moments comme dans l’épisode Red Data ou la proposition que fait le major à l’adolescent dans le lit par exemple contraste avec son personnage de chef du commando de la section 9

  4. unknow dit :

    22 août 2008 à 10:39 (#)

    vivement GiTS SAC 3th GIG

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