Ghost in the Shell : Stand Alone Complex
31 janvier 2006 | Par Fukurou | Publié dans Critiques | lu 452 fois
À la base, il y avait le manga de Masamune Shirow. Fresque SF/cyberpunk complexe à tous les niveaux, elle nous entraînait dans les affaires d’une certaine Section 9, affiliée à des affaires criminelles diverses (terrorisme, hacking…). Le succès aidant, la version papier a donné lieu à un deux films réalisés par Mamoru Oshii, dont le récent Innocence. Ceux ci reprennent des thèmes et éléments du manga, mais à une sauce bien différente, plus contemplative et épurée, et plus axée sur des questionnements métaphysiques et philosophiques que dans l’œuvre d’origine. Et entre les deux longs, a débuté l’anime dont il est question ici.
Stand Alone Complex, a l’annonce de sa naissance, avait déjà tout pour réjouir le public, puisque son géniteur n’était autre que les -à juste titre- très appréciés studios Production IG (Blood: The Last Vampire, Jin-Roh, la séquence animée de Kill Bill…). Et leur série de réussites s’agrandit ici encore, puisque SAC est tout simplement un des meilleurs anime de ces dernières années. Empruntant à la fois aux films et au manga (bien que plus proche de celui-ci), l’oeuvre installe un contexte complet et complexe. Place de l’homme face à la machine, avancée de la technologie (intelligence artificielle et cybernétisation des humains) et politique sont les thèmes principaux qui nourrissent la série, décomposée en deux “parties”. Les “stand alone” tout d’abord, des épisodes indépendants, qui permettent de s’éloigner un peu de l’intrigue principale et d’aborder de multiples sujets, et les “complex” épisodes qui poursuivent l’arc scénaristique de la saison. Si le major Motoko Kusanagi est toujours “l’héroïne” principale, la série a le mérite de développer également les autres membres de la Section 9, et d’introduire de nouveaux personnages ultra-charismatiques (le Laughing man, Gouda et surtout Kuze dans la saison 2). Là où l’on mettait le plus souvent Motoko et Batou en tête d’affiche auparavant, la complémentarité de l’équipe est encore plus appuyée ici, et même des persos totalement relégués au second plan auparavant, comme Saito ou Pazu, gagnent en intérêt (d’ailleurs, l’un des meilleurs épisodes est celui centré sur le passé de Saito, c’est dire). Notons aussi l’apparition des “mascottes” de la série, les Tachikoma, unités mobiles dotées d’une IA, qui, en plus d’ajouter une touche comique, se révèlent réellement utiles au récit et aux thèmes traités (en plus d’être attachants) ; la seconde saison, à ce titre, les met totalement en valeur. La série a su tirer parti de son format, l’univers de base s’enrichit, et, loin d’être un simple copier/coller, part progressivement dans sa propre direction (sans pour autant trahir l’oeuvre de base).

Dans cet univers froid, virtuel et mécanisé jusqu’au bout des ongles, on dénote toutefois quelques touches d’humour (chose impensable dans les films) et de rares (mais d’autant plus fortes) touches d’émotions, lors de certains épisodes indépendants notamment. Des épisodes qui permettent également de souffler un peu dans tout ce maelström, avec au passage quelques sympathiques références (comme l’épisode rendant hommage à Cat’s Eyes, ou encore celui qui s’inspire de Taxi Driver). Bref, une série très complète, sans nul doute. En plus de tout ça, IG oblige, la réalisation s’avère être tout simplement l’une des plus réussies à ce jour dans le domaine de l’anime TV. Le chara-design soigné et varié est aussi réussi que les décors et les détails techniques, un vrai petit bonheur visuel qui ne déçoit que rarement. Les scènes d’action enfin, bien que peu nombreuses, sont assez mémorables. Après toutes ces qualités, qu’est-ce qu’on pouvait espérer de mieux ? Une bande-son de l’une des meilleures compositrices d’OST actuelles, peut-être ? Ça tombe bien, parce que c’est l’inépuisablement douée Yoko Kanno qui s’y colle, le rêve. Elle expose ici une autre de ses multiples facettes et se confirme définitivement comme à l’aise dans tous les registres. La majorité de la BO est composée d’électronique, et à part moindre, de rock. Superbes morceaux instrumentaux, tantôt planants et ambiants, tantôt furieusement dynamiques. Et, pour parachever le tout, Kanno a réuni des chanteurs/teuses merveilleux, comme Steve Conte, Origa, Scott Matthew, mais aussi une nouvelle venue dans la team Kanno : la très prometteuse Ilaria Graziano.

Bref, avec tout les atouts de son côté, SAC s’impose comme une référence de la SF cyberpunk télévisée. Toutefois, j’ajouterai juste que cet anime pourrait ne pas plaire à tout le monde : le tout est tellement fouillé qu’on peut parfois ne pas tout comprendre du premier coup. D’ailleurs, et c’est l’un des seuls défauts de la série, elle diffuse parfois une quantité d’informations élevée en trop peu de temps, et commet quelques écarts pas forcément utiles, si bien qu’il arrive qu’on soit de quelques fois un peu perdus. Bref, si vous recherchez un truc léger ou de l’action à hautes doses, il n’est pas dit que vous apprécierez. Le climat, le traitement et les enjeux étant également bien différents des longs métrages affiliés (donnant d’ailleurs une vraie raison d’être à la série, plus qu’en tant que simple exploitation de filon commercial), on peut également apprécier l’un et pas l’autre… Personnellement, je trouve qu’ils se complètent à merveille en accentuant chacun une facette de cet univers passionnant. Si en revanche vous aimez les œuvres adultes, vastes, et entraînant à la réflexion, vous pouvez vous jeter la tête la première dans les 2 premières saisons (la seconde, Stand Alone Complex - 2nd GIG devrait paraître cette année en France). En attendant la troisième, déjà annoncée…
