Gantz

8 décembre 2005  |  Par Zak  |  Publié dans Critiques  |  lu 57 fois

S’il y a bien une série de 2004 dont le concept sort de l’ordinaire c’est bien Gantz du studio Gonzo. L’animé est une adaptation du manga éponyme de Hiroya Oku qui compte actuellement 19 volumes (toujours en cours de parution). La réalisation a été confiée à Ichiro Itano, auteur des OAV Violence Jack et Angel Cop (soit le profil adéquat pour Gantz). La série se divise en deux saisons pour un total de 26 épisodes ou plutôt 24 lors de sa diffusion à la télévision japonaise. Il faut savoir que la première saison a été grandement censurée (40 minutes en moins !), alors que rien n’a été touché sur la seconde saison (la série a changé de chaîne entre temps, passant de A-TX à Fuji TV). Pourquoi une telle censure ? Tout simplement parce que Gantz est destiné à un public adulte. En effet, sexe et violence graphique extrême se mêlent, soit tous les bons vieux clichés du manga. Pourtant, ce serait une erreur de croire que nous sommes en présence d’une œuvre racoleuse car Gantz est avant tout une critique acerbe de la société actuelle.

Kei Kurono, est un étudiant de 16 ans tout ce qu’il y a de plus banal. Plutôt pervers sur les bords, ne pensant qu’à perdre sa virginité et fantasmant sur des revues remplies de belles donzelles dénudées, il vit sa vie sans se soucier d’aucune autre personne que lui. Mais cette vie bien banale et ennuyeuse va basculer : alors qu’il attend le métro pour rentrer chez lui, un clochard tombe sur les rails. Personne autour de lui ne semble décidé à aider le malheureux, une certaine exaltation morbide à l’approche de l’inévitable accident semblant même envahir la foule. Kurono n’est d’ailleurs pas plus motivé que les autres à l’idée de descendre sur les rails pour remonter le clochard. Manque de chance pour lui, il se trouve qu’un de ses anciens camarades d’école, qu’il n’avait pas revu depuis des années, se trouve lui aussi sur cette voie de métro : Masaru Katou. Ce dernier, ne supportant pas l’idée d’assister à la mort d’un homme, se précipite sur les rails, bien décidé à sauver le clochard. C’est alors qu’il reconnaît Kurono, et lui demande de l’aider. Kurono bien malgré lui, ne voulant pas passer pour un dégonflé devant tout ce monde, se décide enfin à bouger. Ils réussissent tant bien que mal à hisser l’homme sur le quai, mais pour eux il est déjà trop tard, ils meurent percutés par le métro. Ils ont alors la surprise de se retrouver transférés dans un banal petit appartement de Tokyo, où d’autres “morts” sont réunis autour d’une étrange sphère noire : Gantz.

Peu de pitchs ont le mérite d’être aussi intrigants que celui de Gantz. Après avoir été transportés dans cet appartement, les personnages font la connaissance de cet individu roublard qui se fait appeler Gantz (qui vit donc dans une espèce de boule noire). Désormais, il contrôle leur vie et va les obliger à combattre diverses créatures dans des chasses nocturnes en pleine ville. Pour cela, il leur fournit des armes et des combinaisons futuristes. Le jeu peut commencer. En effet, c’est bien le terme adapté même si la plupart des missions se finiront en bain de sang. Nos héros vont devoir affronter des créatures plus loufoques les unes que les autres dans un laps de temps imparti. Voyez plutôt : un martien poireau, des oiseaux multicolores et même des statues de Bouddha. Aucune indication ne sera donnée sur leur identité. Après tout, quel est l’intérêt ? Il faut les tuer ! C’est justement là le problème. Nos héros ne sont pas des meurtriers mais pour survivre il va falloir se défendre : tué ou être tué, là est la question. Qui plus est, il faut finir la mission avant la fin du compte à rebours sous peine de voir sa tête exploser dans une gerbe de sang surréaliste (même chose si les personnages sortent de la zone de chasse). La série est extrêmement gore (peut être plus que Elfen Lied) mais cette utilisation d’une violence exacerbée à la Verhoeven est avant tout présente pour faire passer un message bien plus subtil qu’il n’y paraît. Gantz est une œuvre moderne directement ancrée dans le 21ème siècle et propose une vision désespérée et très critique de notre société. Ce nihilisme, on le ressent particulièrement dans les comportements des personnages : égoïsme, lâcheté, soif de violence (et de sexe) et voyeurisme malsain sont au programme. On ne peut pas dire que Hiroya Oku porte l’humanité dans son cœur.

Nos héros sont au nombre de trois. Il y a bien sûr Kei Kurono : pervers, égoïste, trouillard, on ne peut pas dire que le personnage soit sympathique et c’est peut être ce qui fait son intérêt. En effet, l’évolution psychologique de Kurono va être un des points d’orgue de l’intrigue. Au fil des missions, Kei va prendre confiance en lui et devenir un tueur très efficace. Katou possède plus les traits d’un leader. C’est lui qui va diriger les missions en essayant d’avoir le moins de pertes possibles (sans toutefois y parvenir). Il vit avec son petit frère dans une famille d’accueil. Traités comme des chiens, son petit frère battu, Gantz ne fait que nous renvoyer dans la figure une certaine réalité. Calme de nature, Katou se montrera à de nombreuses reprises extrêmement violent (voir la scène où il tabasse un caïd dans les toilettes du lycée). Des actes qui trouvent leur explication dans la vie dure qu’il mène. Les deux protagonistes principaux vont faire la connaissance de Kei Kishimoto (qui porte donc le même prénom que Kurono), une fille aux atouts avantageux. Elle va être au centre d’un triangle amoureux qui va rapidement se dessiner : Kurono va tomber amoureux d’elle (ou plutôt va avoir envie d’elle), mais Kishimoto aime Katou. Dilemme classique, en somme. Sauf que le triangle va prendre une autre direction avec l’apparition de Sei et la mort tragique d’un des personnages principaux (dans un épisode d’anthologie). Parmi les autres protagonistes, on peut citer Jouichiro Nishi, un gamin psychopathe qui n’interviendra que lors de la première saison avant de mourir à quelques points de la liberté. Enfin, petit coup de coude sympathique envers le spectateur : la présence de Sadako en référence au fantôme vengeur du film Ring (traité ici en dérision, puisque la fille se révèle être d’une grande beauté sous ses longs cheveux noirs).

“Il n’y a pas de labyrinthe sans sortie”. Gantz propose donc aux ressuscités de jouer à un jeu où la seule façon de gagner est de tuer la cible. Sauf qu’ici, nous ne sommes pas dans un jeu vidéo et tout est bien réel. Le seul échappatoire est de commette l’irréparable, c’est-à-dire un meurtre. L’œuvre de Oku est aussi une étude du comportement humain. À l’origine, l’Homme est une bête et même s’il a évolué au fil des siècles, les brides de sa bestialité sont restées ancrées dans son subconscient. “Tuer” devient un acte naturel, l’Homme est redevenu un animal. La série va encore plus loin lors du climax final en développant une réflexion sur la violence dans le monde avec un parallèle sur la guerre d’Irak. Le personnage de Muroto étant un produit de l’animosité de notre société. Une victime en soi. La dernière mission (après les Bouddha, la série part dans une autre direction que le manga) est une chasse au Kuronien ! Kei est donc la cible à abattre et la présence de deux psychopathes ne va pas arranger la situation. La série a été très critiquée pour son final, tout simplement parce que rien n’est expliqué concrètement. Nous ne saurons rien sur les origines de Gantz, ni sur le destin de Kurono. Alors que la fin de Last Exile pouvait s’expliquer de manière cohérente (pour prendre un exemple immédiat de fin “obscure”), celle-ci laisse totalement au spectateur le soin d’imaginer sa propre vision des choses. Qu’est-il advenu de Kurono ? Est-il mort ou libéré ? Pourquoi Gantz est reparti ? Ou tout simplement pourquoi tout ça ? Le spectateur se sent frustré. Quoi qu’il en soit, il ne faudrait pas jeter la pierre à l’animé juste pour une fin bâclée (et puis c’est un bon argument pour se lancer dans la version papier ensuite).

Si Gantz possède une histoire atypique, sa réalisation l’est tout autant. Le style graphique est un mélange de 2D pour les personnages et de 3D pour les décors. La mise en scène est un des atouts indéniables de la série, la 3D permet d’amples mouvements de caméras carrément bluffants et impossible à réaliser en animation traditionnelle : zooms, travellings acrobatiques et plans-séquences improbables. Le résultat est stupéfiant. Autre point remarquable : les missions se déroulent en temps réel. Ce choix plutôt rebutant au premier abord (le rythme est lent) va renforcer, au fur et à mesure, l’implication du spectateur sur les différents enjeux. On est directement projeté au cœur des missions, l’immersion est presque totale. Côté musique, on retiendra surtout l’opening Super Shooter de Rip Slyme dont les paroles et le style s’inscrivent parfaitement dans l’ambiance générale. Sorte de Battle Royale animé, Gantz est une œuvre originale, hardcore, poignante, intelligente, glauque et jouissive à la fois. D’un nihilisme total, la série Gonzo entraînera le spectateur dans les tréfonds obscurs de l’âme humaine. Asian star vient de sortir le premier volume (6 épisodes sur un double DVD) sur les quatre de prévus. C’est une excellente occasion pour se lancer dans ce conte morbide tout simplement unique.

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