First Squad : The Moment of Truth
28 novembre 2009 | Par Zak | Publié dans Critiques | lu 1 259 fois
Coproduite entre le Japon, la Russie et le Canada, First Squad (ou Pervyi Otryad dans sa langue d’origine, le russe !) était sûrement l’OAV la plus prometteuse et donc attendue de l’année 2009. Parce que l’animation était dirigée par les surdoués de Studio 4°C (Mind Game, Detroit Metal City) mais aussi de part son sujet nous projetant sur le front russe en pleine seconde guerre mondiale. Le projet trouve son origine en 2005 par le biais d’un clip de Legalize, un rappeur russe qui avait fait appel aux nippons pour le réaliser. Prévue pour devenir une série d’OAV, First Squad n’en devint finalement qu’une seule. Le design des personnages changea intégralement et le réalisateur du clip, Daisuke Nakayama (chara designer sur Tweeny Witches et animateur clé sur Mind Game) fut remplacé par Yoshiharu Ashino. Cet animateur possède déjà une longue expérience puisqu’il a participé entre autres à Highlander : The Search for Vengeance, Mind Game, Princess Arete ou encore Armitage III. Il avait aussi notamment réalisé la série Tweeny Witches.

1942, aux frontières de l’URSS, l’Armée Rouge résiste durement face aux troupes nazies. Nadya, une jeune russe dotée de pouvoirs de voyances fait partie d’une section d’élite, la First Squad. Exclusivement composée de jeunes recrues aux compétences spéciales, la First Squad est entièrement décimée sur le champ de bataille. Nadya est la seule survivante. Amnésique, elle avance sans but dans l’espoir de retrouver les bribes de son passé. Pendant ce temps, les nazis essayent de ressusciter d’entre les morts une armée de chevaliers teutoniques du XIIème siècle qui pourrait leur assurer une victoire absolue… First Squad : The Moment of Truth est bien étrange objet, aussi fascinant que décevant. D’un côté nous avons une histoire profondément ancrée dans la culture russe avec un zeste de d’ésotérisme entre Indiana Jones et Wolfenstein. Soit un mélange détonant entre un contexte réaliste (la seconde guerre mondiale) et le pur fantastique pulp. Mais de l’autre, on assiste à un spectacle qui ne décolle jamais, à la narration chaotique et au final peu généreux envers le spectateur. Une des bonnes idées de l’OAV est d’avoir entrecoupé l’histoire d’interviews d’acteurs de l’époque ou d’historiens sur les évènements évoqués. Outre l’horreur du champ de bataille, on apprend notamment la course à la technologie que se livrait les deux camps à l’époque (dont une machine que les russes avaient développée pour communiquer avec l’au-delà !). Toutefois, bien que toujours pertinentes, ses interventions prennent trop de place et cassent le rythme de l’animé. C’est d’autant plus gênant que le script n’est pas du tout le point fort de First Squad. On se retrouve avec une histoire très banale de jeunes adolescents aux pouvoirs surnaturels qui doivent sauver le monde (ou plutôt la sainte mère patrie de Russie dans notre cas). La première partie centrée sur la quête identitaire de Nadya à travers la toundra jusqu’à son arrivée à Moscou est clairement la plus intéressante. L’ambiance éthérée évoque le cinéma d’Andreï Tarkovski, tandis que certaines séquences rendent hommage à tout un pan de l’animation russe. Le tout renforcé par un surprenant et très convaincant doublage russe. Plus conventionnelle, la seconde partie verse dans l’actioner basique. Ainsi, le passage dans l’Autre Monde se révèle peu inspiré et atrocement cheap. Tandis que l’on aura attendu pendant plus d’une heure l’assaut contre les troupes de morts vivants… Pour au final se retrouver avec une séquence bâclée d’un coup de cuillère à pot.

Et comme si cela ne suffisait pas, l’OAV se clôt par le biais d’une fin ouverte oubliant ainsi de terminer toutes les intrigues commencées. Un choix étrange sachant qu’aucune suite n’est envisagée ! On a alors plus l’impression d’avoir assisté à un pilote de série TV qui ne verra jamais le jour qu’à un long-métrage. Ainsi, on aurait aimé savoir qui était ce mystérieux sage que l’héroïne rencontre dans la forêt et plus de bastons contre les deux jumelles nazies (qui nous offrent les deux meilleures scènes d’action de l’OAV). Bien que destiné au marché du DVD, First Squad a eu droit à une sortie en salles en Russie et de nombreux passages dans des festivals internationaux sûrement aidé par la présence de Studio 4°C au générique. Après Cannes, Locarno, Moscou, Austin ou encore Strasbourg, on peut espérer retrouver l’animé à Gérardmer pour le Festival International du Film Fantastique qui se déroulera fin janvier. Sachant qu’on avait pu voir là-bas des œuvres comme Wonderful Days, Final Fantasy VII : Advent Children ou encore Resident Evil : Degeneration, sa place semble toute promise.