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Fantastic’Arts 2010 : le compte-rendu

3 février 2010  |  Par Zak  |  Publié dans Convention/Festival  |  lu 138 fois

Cette année Animefr.com était à Gérardmer pour couvrir le Festival International du Film Fantastique qui se tenait du 27 au 31 janvier dernier. Vous me direz que le lien avec l’anime est lointain malgré la présence de deux films d’animation (que je n’ai pas vu faute de temps ^^). Mais ce petit festival me tient à cœur, donc si en parler via la Toile permet de le maintenir (il est constamment menacé faute de moyens), autant le faire. Cette année la programmation sur le papier fut assez décevante. Certains films très attendus comme Lovely Bones, Wolfman, Triangle ou Daybreakers étaient aux abonnés absents laissant place à pas mal de fonds de tiroirs et de films que l’ont avaient déjà vu ailleurs. Toutefois, il faut avouer que la sélection brassait tous les genres (du zombie flick bourrin au mélo contemplatif) avec au final pas mal de titres d’excellente facture.

On commence notre bilan par le Grand Prix, décerné à The Door (Die Tür dans sa version originale puisque c’est un film allemand) d’Anno Saul. Le film raconte l’histoire d’un homme qui trouve une porte lui permettant de revenir dans son passé à un moment charnière de sa vie : sa fille mourrait d’un accident pendant qu’il fricotait avec la voisine. Il la sauve à temps mais un problème se pose : son double de l’époque est là aussi. Brassant des thèmes classiques du cinéma fantastique (le double et le voyage dans le temps), le script de The Door a le mérite de traiter intelligemment son sujet. Laissant l’élément fantastique souvent au second plan pour se concentrer sur la recomposition d’une cellule familiale fragile et les états d’âme d’un homme en quête de rédemption. Mais malgré les très bonnes prestations de Mads Mikkelsen (Le Chiffre dans Casino Royale) et Jessica Schwarz, le film tourne souvent en rond pour finir par se perdre sur le final. Un film correct, mais certainement pas une gueule de vainqueur. Le Prix du Jury (le deuxième du podium en gros) et le Prix de la critique sont allés à Moon de Duncan Jones (le fils de David Bowie !). Dommage, car même si Moon est loin d’être parfait, il avait plus les qualités pour remporter le Grand Prix (il partait favori d’ailleurs). Le film raconte les derniers jours d’un astronaute sur une base lunaire avant son retour sur Terre. Tout irait bien s’il ne commençait pas à avoir des visions… Mieux vaut rentrer dans la salle sans rien connaître de l’histoire tant Moon avance de surprises en surprises. Même si on a souvent l’impression d’assister à un « Sam Rockwell show » (il porte tout le film sur ses épaules), Moon distille une atmosphère envoûtante, très mélancolique, tout en abordant des thèmes d’actualité. Avec son look de film de SF old school à la Silent Running, ce premier long-métrage pourrait ainsi marquer la naissance d’un cinéaste intéressant. D’ailleurs, Duncan Jones prépare déjà un nouveau film de science-fiction, Source Code. On a déjà hâte.

Alors que l’on attendait tous La Horde, c’est contre toute attente 5150, rue des Ormes qui remporta le Prix du Public. Ce film québécois (donc en bon français québécois, ce qui n’est pas toujours simple à suivre hostie !) d’Eric Tessier raconte le calvaire d’un homme retenu prisonnier par une famille de tarés. Le père lui laisse une chance de partir, mais avant il doit le battre aux échecs… On se demande encore ce que le public a pu trouver à ce thriller mou du genou. Peut-être à cause de son jusqu’auboutisme (la fin est d’une noirceur terrifiante) et le traitement original d’un sous-genre horrifique éculé (le film de séquestration). Cependant, cela n’en fait pas une réussite pour autant. Le réalisateur débute une réflexion sur le concept de justice pour l’oublier complètement en cours de route et le visuel général est plus proche du téléfilm que du cinéma. Pur film de festoche capable de mettre le feu à une salle, La Horde (Prix du Jury Syfy) est un nouvel essai pour le cinéma horrifique français (ici associé au cinéma d’action très 80’s dans l’esprit). On se souvient encore du désastre Mutants l’an passé à ce même festival. Heureusement, le film de Yannick Dahan (ancien de Mad Movies que j’apprécie beaucoup) et Benjamin Rocher est un vrai plaisir bourrin et régressif comme on aimerait en voir plus souvent. Un groupe de flics décide de se faire justice eux-mêmes après l’assassinat d’un de leur collègue. Ils prennent d’assaut un immeuble délabré de banlieue où se trouve une bande de gangsters. Sauf que sur place ils se retrouvent tous au milieu d’une invasion de zombies… Très référentiel (on pense à Aliens, The Shield, Die Hard, le cinéma de John Carpenter…), un peu beauf (le personnage délirant de René) et très burné, La Horde est un film qui fait plaisir à voir dans un paysage cinématographique français bien trop morne. Allez-y dès le 10 février prochain, c’est un ordre !

On passe maintenant au film détesté du festival : Amer d’Hélène Cattet et Bruno Forzani. Nanti d’excellentes critiques lors de précédents passages dans d’autres festivals, ce film franco-belge a pourtant faire fuir les spectateurs, qui quittaient la séance au fur et à mesure. Vendu comme un hommage au giallo, Amer est avant tout un objet expérimental et sensitif qui tient plus du cinéma d’auteur psychédélique. Construit en trois actes bien distincts avec comme moteur la vie d’une femme, le film se débarrasse de toute construction scénaristique classique. Quasiment dénué de dialogues, Amer a déstabilisé plus d’un spectateur par ses partis pris narratifs, mais aussi visuels et sonores. Soit on accroche, soit pas du tout. Mais il est regrettable que le public n’ait pas voulu voir plus loin que le bout de son nez… À réserver à un public averti pour la sortie prévue le 3 mars prochain. Comme souvent l’Espagne était au rendez-vous avec notamment Hierro de Gabe Ibanez. Alors que certains titres hors compétition (Splice) ou en sélection vidéo (Inside) auraient mérité meilleur traitement, ce drame non fantastique se retrouve ici, sans que l’on comprenne trop pourquoi. Sorte de mixte raté entre Dark Water et L’Orphelinat (gagnant du Grand Prix en 2008), Hierro est une énième histoire de deuil un brin prétentieuse. Maria vit seule avec son jeune fils. Un jour, pendant un voyage sur un ferry en direction des Canaries, son fils disparaît mystérieusement. Quelques semaines plus tard, elle reçoit un appel de la police qui lui dit avoir repêché un corps d’enfant. Mais selon elle, ce n’est pas son fils… Contrairement aux titres cités plus haut, l’élément fantastique n’est jamais présent dans Hierro. Le réalisateur préfère filmer son actrice sous tous les angles avant de se lancer dans une intrigue policière plombée par un twist foireux dès le départ. On notera une séquence de baston entre deux femmes rendant hommage au Kill Bill – Volume 2 de Tarantino. Fun mais complètement hors sujet. Il restait en compétition, le coréen Possessed (Prix du Jury Jeunes) et l’espagnol Les Témoins du mal, mais on a dû faire l’impasse (et on a rien raté apparemment).

Passons aux films présentés hors compétition. Le plus attendu était sûrement Splice de Vincenzo Natali (son Cube avait gagné le Grand Prix en 1999). Ce quatrième long-métrage pour le cinéaste canadien raconte comment un couple de scientifiques créé une créature hybride entre l’animal et l’homme. Si beaucoup le considère comme le meilleur film du festival, Splice a pourtant du mal à se détacher de ses influences du cinéma de David Cronenberg. Toutefois, on sentait réellement l’amour pour le genre et les effets spéciaux sont bluffants. Plus enthousiasment, la suite du remake d’Halloween, toujours signé Rob Zombie était présente. Débutant comme un remake du Halloween 2 de 1981 (Myers poursuit Laurie dans l’hôpital d’Haddonfield), le film part pourtant dans une direction complètement différente et jamais abordée par la franchise. Zombie en profite pour poursuivre son étude psychanalytique d’une Amérique fascinée par l’ultra violence et livre vision inédite de la relation entre Laurie Strode et son frère Michael Myers. Suite au bide du premier épisode en France, le film sortira pourtant directement en DVD fin mars. C’est triste. Autre film attendu, le dernier opus de George Romero, papa du film de zombies et grand maître du cinéma d’horreur (La Nuit des morts vivants en 1968, c’est lui !). Survival of the Dead est la fausse suite de Diary of the Dead (qui était en compétition ici en 2008). Cette fois-ci on suit un groupe de militaires cherchant un refuge pendant la récente invasion de zombies. Ils arrivent sur une île où deux anciennes familles de bouseux se livrent une guerre ancestrale… D’après de nombreux festivaliers, ce seraient le film de trop pour Romero. Pourtant le charme est toujours présent avec une atmosphère très noire et un humour toujours corrosif. Toutefois, il faut avouer que le réalisateur n’a plus la hargne d’en temps… Autre film de zombies, le british Doghouse de Jack West. Une bande de potes décide de partir en week-end faire la fête dans un trou perdu pour réconforter un des leurs en plein divorce. Manque de bol, sur place toute les nanas ce sont transformées en mortes vivantes affamées… Idéal pour une séance de minuit pour délirer mais… c’est tout. Parmi les titres que nous avons ratés, le survival français Dans ton sommeil qui fit l’ouverture (les échos furent mauvais) et le film d’animation scandinave Metropia.

Enfin, on finit ce tour d’horizon par la sélection vidéo remportée par Inside de Phedon Papamichael. Cette excellente série B prend place dans une petite ville très catholique où une vague de suicides fait ravage. Entre récit fantastique classique (magie noire et malédiction) et dénonciation de l’intégrisme religieux (pas toujours très pertinent), le film est une bonne petite surprise qui sortira le 24 février prochain dans les bacs. Plus ambitieux mais beaucoup moins maîtrisé, Dark World raconte trois histoires en parallèle. Celle d’un justicier vengeur dans un monde steampunk, et deux autres se déroulant dans le Londres actuel : un père recherche son fils disparu et un homme croit revoir son amour d’enfance. On passe tout le film à se demander le lien entre les histoires et quand intervient la fameuse révélation à la fin, on se dit : « tout ça pour ça ». On a fait l’impasse sur Détour, Shuttle, Parasites et The House of the Devil de Ti West. Cet hommage aux films d’horreur des années 80 a remporté beaucoup de suffrages des festivaliers. Si bien qu’on le voyait plus remporter le prix vidéo qu’Inside. Voilà, Gérardmer 2010 c’est terminé et on croise déjà les doigts pour que le festival perdure dans la petite ville des Vosges pour l’année prochaine.

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