Eureka Seven
21 juin 2009 | Par Zak | Publié dans Critiques | 1 Comment | lu 2 057 fois
Tout auréolé du succès de Fullmetal Alchemist, le studio Bones lança en avril 2005 sa deuxième série de 50 épisodes. Un nouveau gros projet mené par Tomoki Kyoda, l’assistant de Yutaka Izubuchi sur la série RahXephon. Contrairement aux aventures des frères Elric, Eureka Seven n’est pas tiré d’un manga mais c’est une création originale tout droit sortie du cerveau génial de Dai Sato. Le scénariste de Ghost in the Shell : Stand Alone Complex et Ergo Proxy, accouche ici d’une série mécha aux influences marquées (Evangelion en tête, comme d’habitude, mais aussi Macross). Cependant, il n’est pas question de se reposer sur des acquis comme sur RahXephon. Eureka Seven dispose d’assez de personnalités pour oublier rapidement ses pairs. Et c’est surtout une pure série d’aventures comme on en voit malheureusement de moins en moins. À l’occasion de la sortie de l’animé en coffrets chez Beez, retour sur l’un des titres phares des années 2000.

Renton Thurston, 14 ans et fils du défunt sauveur de l’humanité Adrock, mène une existence ennuyeuse dans la petite ville de Bellforest en compagnie de son grand-père mécanicien. Son unique loisir est de « riffer » sur les vagues de trappa, c’est-à-dire surfer sur les courants aériens fait de particules de lumière transparentes. Il idolâtre et rêve de rencontrer Holland, champion en la matière et fondateur du GekkoState, un groupe de rebelles anti-gouvernementaux qui utilise le riff comme symbole contre-culturel. Le GekkoState se déplace à bord du Gekko-Go, projet secret de vaisseau de combat volé aux militaires, fait sa publicité dans les pages de son propre magazine, le Ray-Out, et utilise des LFO, des robots géants, comme armes. Un soir, un LFO appelé Nirvash s’écrase sur le garage de son grand-père. À son bord, Eureka, une jeune fille membre du GekkoState dont Renton tombe immédiatement amoureux. L’accident attire l’attention des militaires et le jeune garçon s’enfuit avec Eureka. Il se retrouve ainsi propulsé au sein du GekkoState. Mais Renton déchante rapidement car ceux qu’ils admiraient en tant que surfeurs virtuoses sont en réalité un groupe de résistants en guerre contre l’armée… Débutant comme un shônen avec un jeune héros tête à claques et immature, Eureka Seven s’écarte pourtant rapidement des conventions du genre. Le studio Bones tente une approche similaire à celle de Fullmetal Alchemist, qui consiste à prendre les codes d’une série pour adolescents pour les transformer en une œuvre adulte (voir le contraste entre les séquences dites légères et celles plus graves). Avec en prime un traitement original des méchas (qui surfent !) même si le schéma général évoque furieusement les opus de la saga Macross. À savoir, une romance épique sur fond de guerre et de fin du monde. L’aspect space opéra en moins.

Sur les premiers épisodes, on pense surtout à Mars Daybreak, autre titre Bones (de 2004) qui démarrait de manière quasi identique avec un héros intégrant un équipage de « gentils pirates » (c’est aussi le cas de Xam’d: Lost Memories que nous évoquions récemment). Sauf que Mars Daybreak restait jusqu’au bout une série tout public et inoffensive. Or, c’est loin d’être le cas d’Eureka Seven. Renton va vivre une véritable plongée dans l’horreur de la guerre en se retrouvant impliqué dans une bataille dont il ignore tout des aboutissants : anti sectarisme religieux, massacre de civils, villes détruites… Le paysage décrit dans Eureka Seven est vraiment effrayant et on remarque au fil des titres que cela devient une véritable obsession chez Bones. Après quelques loners à l’intérêt variable, la série trouve enfin son rythme de croisière (à partir du moment où Renton rencontre le couple Beams). Il faut dire aussi que la création de l’univers et de la mythologie de l’animé relève d’un travail de titan. Ainsi, les scénaristes prennent leur temps pour fignoler le cadre et les personnages. Pour cela Dai Sato est épaulé par quelques pointures comme Chiaki J. Konaka (Serial Experiments Lain), Hiroshi Ohnogi (Noein), Ichiro Okôchi (Code Geass), Shôtarô Suga (Darker than Black), Megumi Shimizu et Yûichi Nomura (Xam’d: Lost Memories pour les deux). Avec une telle équipe il ne faut pas s’étonner de la complexité de l’intrigue principale (et des sous-intrigues), de la psychologie fouillée et progressive des héros et de l’extrême richesse du background (avec ni plus ni moins qu’une religion inventée uniquement pour l’animé). D’autant plus que tous ces points sont clairement privilégiés par rapport à l’action là où d’autres productions du genre préféreront se reposer dessus. Ici, les affrontements de méchas sont souvent relégués au second plan, sans que les morceaux de bravoure imposés soient sacrifiés pour autant (voir l’attaque du Gekko-Go par Charles et Ray, les combats Nirvash/The End, Holland en mode « Predator », l’assaut final du Gekko-Go…).

Eureka Seven raconte surtout une love story. Elle débute comme une bluette adolescente avec un Renton timide qui rougit au moindre regard appuyé d’Eureka. Les clichés sont bien présents, mais au départ seulement. L’attirance de Renton envers Eureka rappellera fortement celle entre Shinji et Rei dans Neon Genesis Evangelion. À l’instar de Rei, Eureka est très froide même si elle est la « maman » de trois (insupportables) mouflets qu’elle a recueilli sur un champ de bataille (après avoir pourtant tué leurs parents !). Le lien fort unissant Renton au Nirvash, va obliger Eureka à essayer de comprendre le jeune garçon. Elle va alors progressivement s’humaniser à son contact et surtout ouvrir son cœur. La sensation de vide qui va l’envahir lorsque Renton quittera le GekkoState en milieu de série, lui fera comprendre toute l’affection qu’elle a pour le jeune garçon. C’est assez paradoxal, car son amour se déclare juste au moment où sa beauté, si parfaite, se dégrade. Mais cela ne va pas empêcher leur union de devenir de plus en plus forte au fil du temps. La scène du maquillage, anodine en apparence, traduit pourtant parfaitement la singularité des sentiments de Renton. D’ailleurs, pour montrer l’évolution des personnages, le script n’a pas besoin d’effectuer une ellipse dans le temps. Elle se fait toujours de manière fluide au sein du récit. Ecrit avec une incroyable justesse et évitant toute mièvrerie, la romance entre nos deux héros est, en plus, essentielle à l’intrigue principale. En effet, elle pourrait sauver le monde ! On connaît pire justification… Les midinettes (nous en sommes tous une) seront servies puisque deux histoires d’amour secondaires, toutes aussi réussies, viennent se greffer au récit : celle entre Holland et Talho (ah l’épisode de la bague !) et celle particulièrement ambiguë entre Dominic et Anemone (qui prend tout son sens en plein climax final !).

Eureka Seven est aussi une vraie série d’aventures globe-trotter. On visite avec le Gekko-Go tous les recoins du monde. Et ils sont nombreux, comme en témoignent les diverses régions, citées ou simples villages que traversent nos héros (avec des décors différents pour chaque lieu). Si le GekkoState passe une bonne partie de son temps à repousser les assauts de l’armée dans la grande tradition « Gundamienne », chaque arrêt donne lieu à de nouvelles rencontres et intrigues. À l’instar de Fullmetal Alchemist, l’univers d’Eureka Seven évoque irrémédiablement celui du jeu de rôle pour son incroyable profondeur. Outre le couple vedette Renton/Eureka, le troisième personnage central de l’animé et la véritable star est sans conteste Holland. Le charismatique leader du GekkoState est un des héros de série animée les plus fascinants de ces dernières années. Détestable au début à cause de ses réactions imprévisibles (Renton en fait souvent les frais), il devient pourtant de plus en plus intéressant au fur et à mesure que le récit avance. Holland est un jusqu’au-boutiste. Il était perfectionniste lorsqu’il était champion de riff et il n’a pas changé comme en témoigne la façon dont il veut imposer ses idéaux (mais il vaut mieux ne rien dire pour ceux qui n’ont pas vu la série). Il faut dire aussi que le seiyû Kenji Fujiwara (sûrement le plus doué actuellement) signe ici l’une de ses meilleures prestations, tout simplement. Comme souvent chez Bones, le doublage est parfait en général. On notera que la seiyû de Renton, Yûko Sanpei, est aussi l’interprète de Nakiami dans Xam’d: Lost Memories. Pour en revenir vite fait à Holland, on regrettera finalement que la relation avec son frère Dewey, le big bad guy déclaré, soit si sous-exploitée. Qui plus est, les motivations de Dewey mettent davantage en avant sa folie que ses véritables convictions. Difficile alors d’adhérer au personnage, qui représente la seule déception du script.

Techniquement la série se révèle inattaquable, laissant loin derrière la plupart des autres productions télévisuelles (même celles de 2009). Que ce soit le chara design de Kenichi Yoshida, le mecha design de Shôji Kawamori, le score de Naoki Sato ou encore la mise en scène furieuse et opératique des combats aériens, Eureka Seven tape vers le haut, très haut. Sauf peut-être au niveau des openings et endings, assez moyens (quoique, le troisième est fort sympathique). Passionnée de musique, Dai Sato a parsemé la série de nombreuses références musicales (titres des épisodes, noms de villes, le couple Ray/Charles…). C’est anecdotique mais cela donne un cachet supplémentaire à l’ensemble. Ce qui fait qu’Eureka Seven s’est imposé comme un classique dès sa diffusion, plaçant le studio Bones tout en haut de l’échelle de la production nippone d’animé. Une place qu’ils ont su maintenir depuis les succès critiques et publics de Darker than Black, Soul Eater, Xam’d: Lost Memories et… Fullmetal Alchemist: Brotherhood. À noter qu’un long-métrage, titré Eureka Seven: Pocket Full of Rainbows est sorti au mois d’avril dernier. Mais contrairement à Conqueror of Shamballa pour FMA, ce n’est pas une séquelle mais une nouvelle version alternative (mêmes enjeux, mais péripéties différentes). On a déjà hâte ici de replonger dans cet univers palpitant. Comme dirait Holland avec son fameux leitmotiv : « Ne réclame pas. Empare-t’en. Ainsi, tu l’obtiendras. Nous sommes le GekkoState ! »
22 juin 2009 à 09:20 (#)
Totalement d’accord avec toi (pour une fois
) !