Ergo Proxy

10 mai 2007  |  Par Zak  |  Publié dans Critiques  |  4 commentaires  |  lu 127 fois

Les séries, se vendant uniquement sur le nom de leur scénariste, sont rares. Pourtant, c’est le cas de Ergo Proxy, seconde production de Manglobe Inc. après Samurai Champloo. En effet, Dai Sato, possède déjà un lourd bagage derrière lui : Cowboy Bebop, Eureka Seven, Ghost in the Shell : Stand Alone Complex, Wolf’s Rain, Freedom, Samurai Champloo, le film live Casshern et actuellement Toward the Terra… De sacrés titres, qui ont souvent brillé par la qualité de leur écriture. Evidemment, c’est aussi le cas de Ergo Proxy, série de 23 épisodes de 2006 se déroulant dans un monde futuriste dystopique que n’aurait pas renié Philip K. Dick ou William Gibson…

Dans un futur indéterminé, Romdo, une cité abritée par un dôme, protège ses habitants des émanations toxiques du monde extérieur. Les humains et les robots y vivent dans une paix relative et tout est sous contrôle du gouvernement. Alors qu’elle enquête sur une mystérieuse affaire de meurtre, Re-l Mayer, inspecteur au Service des Renseignements, reçoit un message prémonitoire l’avertissant que quelque chose va se “réveiller”. Le soir même, elle est attaquée par un monstre aux capacités surhumaines nommé Proxy… D’où vient cette créature et qui est celui qui s’est interposé ? En quête de vérité, Re-l est bien décidé à résoudre cette affaire, quitte à s’aventurer hors de la ville… Le cyberpunk, courant littéraire apparut dans les années 80, est intimement lié à l’univers du manga par le biais d’œuvres cultes telles que Akira ou Ghost in the Shell. Or, on s’aperçoit rapidement que peu de séries télévisées récentes ont tenté de toucher au genre (Ghost in the Shell : Stand Alone Complex et surtout Texhnolyze). Après tout, ce n’est pas ce qu’il y a de plus commercial. Il est donc évident qu’aux premiers abords Ergo Proxy apparaît comme un coup osé pour Manglobe Inc (surtout que Samurai Champloo n’a pas été un carton). En effet, les œuvres cyberpunk sont généralement pessimistes, voir carrément nihilistes envers l’avenir de notre société. À l’instar de Blade Runner de Ridley Scott, Ergo Proxy débute comme un film noir, avec une enquête de police sur fond de meurtre sordide commis par un AutoReiv (des humanoïdes mécanisés).

Un virus nommé Cogito, touchant uniquement les robots, leur permet d’acquérir une âme. Ils prennent alors conscience de leur existence, de leur identité. Le thème de l’humanisation des machines est récurrent, voir archi rebattu, dans le cyberpunk (et dans la science-fiction tout court !). Fort heureusement, Ergo Proxy vogue rapidement vers de nouveaux horizons lorsque Re-l part dans une quête initiatique (et d’identité) en compagnie de Pino, une AutoReiv infectée et Vincent Law, un mystérieux individu lié au Proxy qui l’a attaqué. Ainsi, la série met en avant la solitude des personnages (le véritable thème de la série) dans ce monde dévasté et désespérément désert (les villes sont intactes mais vide de monde). À ce titre, l’épisode où nos héros se retrouvent bloqués au beau milieu de nulle part, est symptomatique de cela. Durant des jours, ils vont vaquer à leurs occupations (dormir, manger, dormir…), sans échanger le moindre dialogue constructif. Re-l (prononcez “lil”) Mayer est un personnage typique du cyberpunk. Solitaire et cynique, elle campe une anti-héroïne déterminée dans ses choix. Dont celui d’aider Vincent Law, accusé à tort d’un meurtre qu’il n’a pas commis. Vincent, bien que joyeux d’apparence, cache un lourd passé dont il cherche désespérément les racines. Très noir et très hermétique, la série sait pourtant changer radicalement de style en cours de route. Grâce notamment à la petite Pino, qui, bien qu’une machine, est assurément le personnage le plus humain de toute la série. On savait aussi que Dai Sato aimait bien mélanger les genres au sein d’un même titre. Dans Samurai Champloo on pouvait passer d’un épisode dramatique à un autre très comique avec une surprenante fluidité. C’est une nouvelle fois le cas ici avec ces quelques moments de récréation apportant une touche d’humour bienvenue, dont une excellente parodie des jeux télévisés (l’autre centré sur Pino et le monde des cartoons s’intègre moins bien à l’ensemble).

La réalisation de Shukou Murase (Witch Hunter Robin et storyboarder sur Samurai Champloo) est malheureusement moins audacieuse, virtuose et énervée que celle de Shinichiro Watanabe sur Samurai Champloo (à noter que Watanabe a storyboardé l’épisode centré sur Pino que j’évoquais plus haut). Cependant, les rares séquences d’actions décoiffent par la qualité des cadres et de l’animation. On citera par exemple la poursuite dans le centre commercial et sa superbe utilisation du ralenti (la séquence renvoie directement à celle, culte, de la fusillade des escaliers du film Les Incorruptibles de Brian De Palma). Finalement, au regard de l’intégralité des épisodes, Ergo Proxy s’avère assez proche de Texhnolyze : rythme très lent, univers noir et glacial où les émotions sont exclues, teintes monochromatiques de l’environnement, personnages désabusés, final apocalyptique… Du pur cyberpunk donc, pour un animé qui risque de faire controverse (Dybex vient de commencer à sortir la série en France). Certains n’accrocheront pas du tout, d’autres crieront au chef-d’œuvre… La marque des animés importants en somme.

Commentaires

  1. ProxyOne dit :

    6 juin 2007 à 01:38 (#)

    Une petite correction : la scène des escaliers est un hommage à celle des escaliers d’Odessa qui prend place dans le film intitulé "Le Cuirassé Potemkin" d’Eisenstein (1925). La scène des Incorruptibles en est egalement un des nombreux hommages, mais ce n’est pas la bonne reference! CQFD!

  2. Zak dit :

    6 juin 2007 à 07:22 (#)

    Monsieur CQFD, je n’appelle pas ça une correction. La dite scène est bien plus connue via le film de De Palma que celle du film d’Ensenstein. Faudrait demander à Dai Sato à quel film il a pensé en premier…

  3. H dit :

    8 juillet 2007 à 12:36 (#)

    Je viens de regarder la série, et je suis assez dubitatif. La série est vraiment atypique, à la croisée des genres, et l’intrigue cyberpunk n’hésite pas à flirter avec le fantastique ou la pure science-fiction. Le background métaphysique est important, mais pas envahissant. Certains épisodes suscitent l’adhésion, d’autres déroutent complètement. Le final, plutôt réussi même si on a connu plus clair, laisse supposer une suite. Une oeuvre majeure, atypique, très dense, à voir.

  4. Eisenstein dit :

    18 juillet 2007 à 12:47 (#)

    Peu importe que le public actuel ne connaisse plus la scène des escaliers du cuirassé potemkine… Brian de Palma comme bien d’autres s’en sont inspiré. La référence d’origine est donc bien à chercher du coté d’Eisenstein.

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