Dennô Coil
1 octobre 2008 | Par Zak | Publié dans Critiques | 5 commentaires | lu 1 744 fois
Entre les adaptations de mangas à succès, les projets mercantiles sans grandes ambitions artistiques (qui a cité Gonzo ?), les shônen, les séries méchas, les séquelles, etc. Il est de plus en plus rare de voir des projets personnels, mûris de longue date et qui sortent des sentiers battus. Dennô Coil, série de 26 épisodes produite en 2007 par Madhouse Studios est pourtant de ceux-là. Mitsuo Iso, l’auteur, est à l’origine un animateur très réputé qui a travaillé sur Blood : The Last Vampire, Blue Submarine No.6, FLCL, Ghost in the Shell, Perfect Blue, Porco Rosso, Neon Genesis Evangelion ou encore le segment animé de Kill Bill. Dennô Coil est sa première réalisation (si l’on excepte un épisode de RahXephon) et elle porte déjà la marque d’un futur grand. Si bien que certains n’hésitent pas à parler de lui comme le « Miyazaki de la télévision ». Pas moins.

Au Japon en 2026, Yûko « Yasako » Okonogi, une jeune écolière, et sa famille emménagent à Daikoku car son père vient d’être muté. Cette ville est particulière car elle abrite tout un monde virtuel superposé à la réalité et qu’il est possible de voir grâce à des lunettes spéciales révolutionnaires. Yûko est encore novice dans l’utilisation de cette nouvelle technologie et grâce à sa grand-mère spécialiste du domaine et ses nouveaux amis, Fumie et Haraken, elle va peu à peu apprendre à utiliser les possibilités de cet univers virtuel. Elle va aussi rencontrer Yûko « Isako » Amasawa, une programmeuse talentueuse mais antipathique qui recherche les « illégaux », des virus informatiques détenteurs de grands pouvoirs… L’univers de Dennô Coil évoque assez rapidement celui du réalisateur de Princesse Mononoké ou du Voyage de Chihiro. Non pas pour le genre dans lequel on évolue (la science-fiction ici) mais dans la façon de l’aborder. Ainsi, les héros sont des enfants qui vont devoir parcourir et comprendre un monde parallèle régit par des règles différentes du nôtre. Au début, on serait tenté de faire le rapprochement avec Serial Experiments Lain, série phare dans le domaine de l’exploration des univers virtuels. Pourtant, les thèmes évoqués par Iso (le deuil, l’amitié, l’imaginaire…) semblent tout droit sorti d’une œuvre d’Hayao Miyazaki, et surtout dans la façon, très poétique, de les traiter. On pense aussi beaucoup à Beyond, le segment de Kôji Morimoto sur les Animatrix. Le chara design de Takeshi Honda (Millennium Actress, Blue Submarine No.6) semble aussi trouver son inspiration chez le maître, tout comme les créatures parcourant le monde virtuel et qui symbolisent les programmes informatiques (Satchii, les illégaux).

Qui plus est, Dennô Coil est une série universelle, à la fois adulte du fait de la complexité de son univers mais aussi destinée aux plus jeunes, qui pourront facilement s’identifier aux héros. En plus d’être infiniment plus accessible que Lain. Mitsuo Iso prend son temps pour développer le cadre et les personnages. Si bien que le fil conducteur apparaît alors qu’il reste déjà moins d’une dizaine d’épisodes. Cette lenteur narrative permet d’un côté d’avoir des bases solides mais de l’autre, la série perd de son intérêt vers le milieu avec quelques épisodes poussifs mettant en scène les personnages secondaires. D’autant que ceux-ci (Daichi, Fumie…) vont disparaître complètement de l’intrigue principale sur la fin. Toutefois, les épisodes sont souvent sauvés in extremis par des idées scénaristiques ou visuelles. Nos héros utilisent le monde virtuel comme un terrain de jeu où l’on se « combat » (dans le sens « jouer ») à coup de programmes. Même s’ils semblent mettre en jeu leur propre vie, il suffit d’enlever les lunettes pour que tout disparaisse. La limite entre le réel et le virtuel (ou l’imaginaire en fait) revient souvent au cours de la série. Ce que les personnages ressentent avec leurs lunettes peut-il avoir un lien émotionnel avec la réalité ? Densuke, le chien virtuel de Yasako (un Tamagotchi grandeur nature en somme), est-il aussi important qu’un vrai chien ? Iso apporte une réflexion plutôt intéressante sur le sujet. A partir du 18ème épisode, Dennô Coil prend un virage à 180 degrés et installe doucement une atmosphère beaucoup moins guillerette qu’auparavant. En effet, fini les guéguerres interscolaires à coup de lasers tirés du front ou de poursuites burlesques avec Satchii. L’animé verse un temps dans le genre horrifique avec l’attaque de la maison digne d’un survival horror à la Silent Hill (la brume, les couloirs sombres, les formes menaçantes). Puis une intrigue de thriller se dessine doucement avec un souvenir important enfouit au fin fond de la mémoire de l’héroïne, Yasako.

Cependant, contrairement aux œuvres d’Hayao Miyazaki, Dennô Coil se déroule intégralement dans un environnement urbain, austère (les couleurs tendent vers le gris et le pastel) et labyrinthique (toutes les rues du quartier se ressemblent). De superbes décors auxquels on peut ajouter une animation très au-dessus de la moyenne. Il faut aussi dire que la diffusion se sera écoulée sur neuf mois au lieu des six habituels pour une série au même nombre d’épisodes. Preuve que Mitsuo Iso a su convaincre un gros studio tel que Madhouse du bien fait de son projet, pourtant très éloigné des standards commerciaux. Comme quoi, il existe encore un minimum d’intégrité artistique parmi les dirigeants des grands studio d’animation nippon. En définitive, Dennô Coil mérite sa flatteuse réputation (encore un titre à mettre dans la liste des titres à acquérir d’urgence par les éditeurs français) et on attend déjà la prochaine série de son auteur… À moins qu’on le retrouve prochainement au cinéma. Il en a clairement la carrure.
2 octobre 2008 à 04:56 (#)
ya pas mal d’actualités en ce moment vous avez reprit du poil de la bête non lol.
sinon pour l’animes les dessin sont vraiment originaux mais sa a l’air un peut trop gamin a mon goût merci pour l’actu.
2 octobre 2008 à 05:08 (#)
Moi aussi, j’ai pensé que c’était un peu trop gamin au départ, mais on m’a conseillé de ne pas m’arrêter sur cette première impression . Résultats : je ne suis pas déçue.
2 octobre 2008 à 10:00 (#)
Yeah, Dennou Coil !
Je ne considère pas les épisodes mettant en scène les personnages secondaires comme un défaut, ces épisode permettent d’exploiter l’univers de Dennou Coil.
30 octobre 2008 à 12:28 (#)
Très bonne analyse critique qui résume bien les grands thèmes de réflexion abordés dans la série.
12 décembre 2008 à 12:02 (#)
Dennou Coil fait gamin?
Pour l’avoir regardé de A à Z, je trouve au contraire que c’est l’histoire cyber-punk la plus innovante et complexe qui soit de toute l’histoire de l’animation: GITS SAC et Lain peuvent aller se rhabiller ! (euh, non, pas lain : on va dire égalité avec Lain).
Et bon sang, quelle animation fabuleuse ; ce n’est pas seulement fluide: chaque mouvement effectué par les personnages nous donnent une impression de naturel incroyable.
(en comparaison, GITS SAC par exemple a une animation très fluide, mais les mouvements des personnages font peu naturels : les personnages semblent « coincés »).
Dennou Coil est pour moi la meilleure série de 2007.