Death Note

5 août 2007  |  Par Zak  |  Publié dans Critiques  |  7 commentaires  |  lu 453 fois

deathnoteop2large01qh9.jpgVéritable phénomène au Japon depuis le début de sa parution en 2004, Death Note est aujourd’hui une série animée chez Madhouse Studios. Terminée depuis peu à la télévision nippone, l’ampleur de cette frénésie touche désormais aussi la France, puisque le manga a commencé à être édité chez Kana depuis le début de l’année (le 5ème volume sortira d’ailleurs courant du mois). Le succès depuis est indéniable et même le quotidien national Le Parisien évoqua le manga sur une demi-page. Mais quelle est la clé d’un tel engouement ? C’est ce que nous allons voir au cours de cet article. Sachez juste que vous n’avez jamais vu de série animée comme Death Note. Au temps où les séries méchas et autres shônen dominent le marché, ça fait clairement du bien.

deathnote1.jpg

Ryûk, un Shinigami, s’ennuie dans le monde des Dieux de la Mort. Pour pimenter son existence, il décide de faire tomber son “Death Note” dans le monde des humains et ainsi observer comment ceux-ci vont l’utiliser. C’est un lycéen de 17 ans, Light Yagami, élève brillant et doué dans tous les domaines qui le ramasse. En l’ouvrant, Light découvre les règles expliquant l’utilisation du carnet. Si l’on écrit le nom d’une personne dont on connaît le visage dans le carnet, elle mourra d’une crise cardiaque 40 secondes plus tard. N’y croyant pas un instant, le jeune homme ne peut s’empêcher d’essayer et écrit le nom d’un criminel qu’il vient d’apercevoir au journal télévisé. Ce dernier s’écroule 40 secondes plus tard au grand étonnement de Light. Il décide alors de l’utiliser afin d’éliminer tous les meurtriers du Japon pour enrayer la montée exponentielle de la criminalité que subit le pays actuellement et ainsi fabriquer un monde à son image… Death Note est l’œuvre du dessinateur Takeshi Obata et de la scénariste Tsugumi Ôba. Le premier est surtout connu pour son manga précédent, Hikaru no Go (1999-2003), quant à la seconde, on ne sait quasiment rien d’elle. Si bien que certains pensent que son nom serait en réalité un pseudonyme. Une discrétion médiatique qui n’est pas sans rappeler celle de Fran Walsh, la femme du réalisateur Peter Jackson et surtout scénariste de la trilogie du Seigneur des anneaux (roman qui a longtemps été réputé inadaptable). Death Note est rapidement devenu un succès du fait de son originalité, son suspense insoutenable et surtout sa roublardise évidente. Sorte de seinen pour adolescents ou de shônen pour adultes, le manga raconte le duel sans merci que se livre deux surdoués de la manipulation psychologique. Light d’un côté et de l’autre L, un détective capable de résoudre n’importe quelle énigme et dont personne n’a jamais vu le visage.

deathnote2.jpg

Diffusé entre octobre 2006 et juin dernier sur la chaîne NTV, l’animé se voulait fidèle vis-à-vis de son modèle d’origine. Les 12 tomes du manga sont ainsi condensés en 37 épisodes réalisés par Tetsuro Araki, un quasi inconnu de 31 ans qui avait participé au storyboard de Galaxy Angel et de Black Lagoon. Quant à l’adaptation, elle est l’œuvre de l’expérimenté Toshiki Inoue auquel on devait déjà Galaxy Angel, Kiba, Fullmetal Alchemist, Ninja Scroll et actuellement Devil May Cry. Inoue a été aidé au scénario par Shoji Yonemura (Berserk, Glass Fleet) et Yasuko Kobayashi (Gilgamesh, Claymore et Galaxy Angel, encore). Pas de stars donc, Madhouse a joué la carte de l’expérience et de la jeunesse en même temps. Beaucoup de storyboarders et d’animateurs ont déjà travaillé sur de “gros” titres : Gungrave, Blood+, Ergo Proxy, Samurai Champloo, Nana… Un staff solide renforcé par la présence de Masaru Kitao (Gungrave, Galaxy Angel) à la direction de l’animation et au chara design. Si Death Note part d’un postulat classique en manga, à savoir la rivalité entre deux personnages semblables et différents à la fois, l’animé trouve son inspiration principale dans les séries TV live américaines actuelles. En effet, son rythme frénétique, ces multiples retournements de situation et son relatif manque de crédibilité semblent tout droit venir des 24 Heures Chrono ou autres Prison Break. Le procédé du split screen est même utilisé plusieurs fois au cours de la série. On s’aperçoit aussi que le genre “thriller” est quasiment absent en manga. Monster est, par exemple, l’un des représentants du genre mais au final très différent de Death Note. Car ce dernier est avant tout un authentique blockbuster, un pur divertissement qui sait toutefois rester intelligent jusqu’au bout. Death Note est une œuvre très bavarde, voir même cérébrale, tout en restant extrêmement ludique. Les affrontements entre les deux personnages principaux à coup de théories fumantes deviennent rapidement jubilatoires pour les spectateurs que nous sommes.

deathnote3.jpg

Etant donné qu’il est quasiment impossible de parler en détails de la série sans en déflorer les tenants et les aboutissements, il est fortement conseillé d’avoir vu l’animé ou le manga avant de continuer cet article à partir de maintenant. Il vaut mieux prévenir car il est évident que Death Note se consomme avant tout à la première vision en allant en terrain inconnu. Ainsi, il est fortement possible que la série perde une grosse partie de son intérêt à la revoyure… En effet, la réussite de Death Note tient avant tout dans l’incroyable travail d’écriture de perfectionniste effectué sur le scénario pour que jamais le spectateur ne puisse deviner ce qui va se passer à la scène suivante. On est constamment sous pression, la tension est quasi permanente (mention spéciale à l’avant dernier épisode qui risque de causer des crises cardiaques sans que votre nom soit inscrit dans le Death Note !) et la série nous laisse rarement un moment de répit. L’animé est scindé en trois parties distinctes. La première, la plus passionnante, se concentre sur l’affrontement entre Light, nommé Kira (”Killer ” prononcé à la japonaise) par les médias et l’énigmatique L. La seconde, à partir de l’épisode 18, met L et Light aux prises avec un nouveau Kira (manipulé par Light en réalité) et la troisième, dès l’épisode 27, nous propulse quelques années dans le futur où Light, a remplacé L après sa mort. Mais revenons en premier lieu sur le duel mental opposant les deux héros. Malgré la prudence de Light pour cacher ses exactions, L le soupçonne rapidement car il est le fils du chef de la police donc quelqu’un qui pourrait consulter les fichiers de la police pour obtenir les noms des criminels. L voit en Light un adversaire à la mesure de son talent mais aussi une personne en qui il peut s’identifier. En revanche, les deux hommes ne partagent pas la même conception de la justice. Kira est juste un meurtrier pour L alors que Light pense pouvoir devenir un nouveau dieu sauveur d’une humanité en perdition.

deathnote4.jpg

L prend rapidement le risque de rencontrer Light et de lui dévoiler son identité. Coupable ou non, Light intéresse beaucoup L (ou Ryuuzaki, comme il se fait appeler par l’équipe policière engagée pour arrêter Kira) si bien que leur relation s’avère souvent ambigüe. Malgré l’absence totale de sentiments chez Light (ce n’est guère mieux chez le névrosé L), on ressent de l’amitié entre les deux hommes. Voir plus, puisque les scènes crypto-gay sont légions, dans le but de plaire à un public féminin japonais généralement très friand de cela. Difficile, par exemple, de ne pas y penser lors de la très symbolique séquence du lavage des pieds (épisode 25, le meilleur de la série soit dit en passant) faisant surtout référence à la Bible (Jésus lavant les pieds de ses disciples dans le verset consacré à la trahison de Judas). Contrastant avec les personnalités sombres des deux protagonistes principaux, Misa Amane et Ryûk détendent l’atmosphère et apportent un peu de légèreté à l’ensemble. La première est la caricature de la starlette adolescente “gothic lolita” qui devient la petite amie de Light. Si l’idée d’en faire un second Kira était plutôt bonne, il est en revanche regrettable que jamais “Misa-chan” n’apporte l’once d’humanité à Light qui en aurait fait un méchant encore plus marquant. Son rôle, celui de la potiche, est donc quasi inutile sur toute la seconde moitié de la série (heureusement on l’a voit peu). Tandis que le second, Ryûk le Shinigami et grand amateur de pommes est sur Terre en temps qu’observateur. Suivant Light comme son ombre, il ne peut être vu que part le détenteur du Death Note. Les connaisseurs de Hikaru no Go remarqueront immédiatement l’analogie avec Saï, le maître du Go qui suivait Hikaru. Parmi les autres personnages, on trouve les clones de L (M et N, fallait l’inventer !), qui peinent à trouver le charisme de leur modèle. Mais on retiendra surtout Mikami Teru, le quatrième Kira et “apprenti” de Light. Ce jeune procureur, passionné par la justice depuis son enfance, voit en Kira un dieu qui fera régner l’ordre sur Terre. Malheureusement sous-exploité, le personnage permettra toutefois de développer un peu la thématique sur la notion de justice.

deathnote5.jpg

En effet, l’animé ne cesse de questionner le spectateur sur le véritable sens de la justice. L’implication de ce dernier est constamment mise à l’épreuve et l’on s’identifie immédiatement aux personnages. Durant la bataille opposant Light à L, il est impossible de rester neutre. On se retrouve obligé de choisir un camp, d’en changer en cours de route, d’imaginer ce qu’on ferait à leur place… Faut-il se débarrasser de manière radicale des criminels pour atteindre un monde parfait ? Une question délicate à laquelle s’ajoutent les méthodes musclées de L pour faire craquer les suspects rendant le personnage assez antipathique au final et bien moins fascinant que Light (alors que foncièrement, c’est lui le “gentil” de l’histoire). Death Note évoque en filigrane, la société moderne japonaise qui rend les individus totalement déshumanisés, vils, expurgés du moindre sentiment et où les plus forts manipulent les autres sans états d’âmes. L’influence négative des médias est aussi pointée du doigt via la médiatisation extrême des actes de Kira (des chaînes entières sont créés à l’effigie du “sauveur”, L utilise la télévision pour faire passer ses messages à Kira…). Mais pas question d’être moralisateur. Death Note reste avant tout un divertissement et les thématiques abordées sont finalement secondaires dans le récit. Ce qui joue aussi en sa défaveur puisque le thème de la justice est tellement passionnant qu’on aurait aimé qu’il soit un peu plus fouillé. D’un point de vue technique, la série s’avère malheureusement inégale, jonglant entre le sublime (le final crépusculaire) et le bâclé. Cela devient une sale habitude chez Madhouse (Gungrave souffrait déjà de cela par exemple). Il reste néanmoins de superbes dessins, notamment le chara design. La musique est signée par deux jeunes compositeurs, Hideki Taniuchi (Otogi Zoshi) et Yoshihisa Hirano (Midory Days). Plutôt nombreux (de quoi tenir 3 OST), les thèmes jonglent admirablement entre les genres. On peut passer d’un morceau lyrique à un autre plus rock’n’roll pour finir sur de l’électro.

deathnote6.jpg

Les inspirations sont considérables, par exemple le L’s Theme ressemble vaguement à Tubular Bells de Mike Oldfield qui avait lui-même fortement influencé le thème principal du film L’Exorciste. Côté seiyuu, si Light est interprété par un jeunot du nom de Mamoru Miyano (très convaincant), on appréciera surtout la présence de Kappei Yamaguchi (Ranma de la série éponyme) pour le rôle de L. D’autres pointures du doublage sont de la partie comme Nozomu Sasaki (Mello mais surtout Johan Liebert dans Monster), Maaya Sakamoto (Kiyomi Takada et qu’on ne présente plus), Keiji Fujiwara (Shuichi Aizawa et Maes Hughes dans Fullmetal Alchemist) et Hideo Ishikawa (Ray Penber et Itachi Uchiwa dans Naruto). Enfin, impossible de ne pas évoquer non plus le délirant et psychédélique second opening What’s Up People?! du groupe Maximum the Hormone qui a dû en choquer plus d’un (dans le bon sens du terme). Cet article touche bientôt à sa fin et l’on a à peine esquissé les différences entre le manga et l’animé. Sachez juste que la série est fidèle du point de vue de l’histoire mais assez grandiloquente et tape à l’œil vis-à-vis de l’œuvre originale. Seul un élément important change finalement : la fin, ici plus sobre, poétique et beaucoup moins cynique que dans le manga. En conclusion, si vous ne connaissez pas le manga, jetez-vous sur cette œuvre complexe, élaborée, osée et intelligente comme ses héros principaux, car Death Note est tout simplement la meilleure série actuelle.

Commentaires

  1. Bomberx dit :

    6 août 2007 à 12:28 (#)

    Bon Article, mais personellement, depuis le début j’ai toujours été au coté de Kira, je n’ais jamais changé d’avis et de camp :). J’ai adoré les 2premieres parties de la serie mais aprés l’épisode 25 (ou j’ai fait un sourire démoniaque ^^) j’ai trouvé sa vraiment trés moyen.

  2. Ludo dit :

    6 août 2007 à 01:30 (#)

    Idem, a partir de l"épisode 25, cela devient moyen car on ne peut résumer 5 tomes en 12 épisodes.
    En manga c’est bcp mieux.

  3. Dark ChoueTTe dit :

    6 août 2007 à 06:46 (#)

    Pour l’analogie avec Sai, on pourrait y croire visuellement parlant, dans le concept de l’esprit visible par le héros seul, mais ça s’arrête là : Sai a un rôle bien différent et une importance qui se révèle au fur et à mesure considérable voire essentielle dans HNG. (que je n’évoquerai pas pour cause de gros spoil)

  4. Zak dit :

    6 août 2007 à 06:51 (#)

    En complément d’information, il est fortement possible que la série soit diffusée très prochainement à la TV (TNT ou non).

  5. Jigga dit :

    15 août 2007 à 01:30 (#)

    La relation ambigüe entre Light et L existe seulement vraiment dans l’anime, les scènes fanservice pour fangirls ont été rajouté dans l’anime après que la production ait vu que les fangirls adorait les mettre ensemble (tandis que dans le manga il n’y a rien comme scène de ce genre, pas une once même je trouve). C’est pour ça que je trouve l’anime bousillé par rapport au manga, j’ai toujours taillé le fanservice, ça n’apporte rien à une oeuvre et ne fait que prendre le spectateur pour un mouton. Il suffit de matter Tenjou Tenge avec les gros seins des filles pour le voir. Fangirls ou Fanboys, c’est la même daube, et c’est triste de voir que madhouse soit tomber dedans -. Bref encore une oeuvre à prendre dans son format d’originalité

  6. L!nkdu78 dit :

    1 septembre 2007 à 02:46 (#)

    Pas mal, ce petit article !! J’adore cette série. C’est vraiment un manga qui nous tient en haleine ! ^^

  7. albian dit :

    2 septembre 2007 à 07:06 (#)

    Tres honnêtement, oui, questionnement sur le bien, le mal, la justice, jusqu’où peut on aller etc.
    mais je m’attendai à quelque chose de mieux pensé, plus fouillé et plus profond.

    cela dit, je ne connais pas la version papier ;)
    le "duel" entre les deux principaux protagonistes, L et Light est au final assez décevant, on tourne autours du pot, L, le génie devine des choses surprenantes et passe à côté d’autres qui sont évidentes.
    les réalisateurs donnent l’impression de vouloir être certain que l’on comprend ce qui se passe et du coup explique trop, le suspensen souffre beaucoup.
    la relation entre M, N et light est survolée.
    au final, une anime pas très convainquante, on s’apesantie sur des détails qui n’amènent pas grand chose sans approfondir véritablement le fond de l’intrigue alors qu’il y a d’excellentes idées mais pas assez exploitées.
    difficile d’apprécier cette anime après avoir vue Ergo Proxy qui l’écrase et de très loin.

Vous voulez laisser un commentaire ?

Catégories


Archives

Abonnez-vous par RSS

Statistiques

  • Total Stats
    • 40 Authors
    • 923 Posts
    • 5 Pages
    • 654 Tags
    • 4,939 Comments
    • 1,618 Comment Posters
    • 13 Links
    • 19 Post Categories
    • 1 Link Categories
    • 938 Spam Blocked