Darker than Black
25 novembre 2007 | Par Zak | Publié dans Critiques | 4 commentaires |
Dire que Darker than Black était attendu relève de l’euphémisme. Non seulement, c’était le principal titre de l’année 2007 pour le studio BONES, mais aussi le nouveau projet de Tensai Okamura. Celui qui fut storyboarder sur des séries telles que Neon Genesis Evangelion, RahXephon ou Cowboy Bebop avait déjà réalisé auparavant le segment Stink Bomb de l’anthologie Memories de Katsuhiro Otomo. En 2003, il fut l’auteur d’un des titres phares de BONES : Wolf’s Rain. Après un rapide passage chez A.C.G.T. pour la série d’OAV Project Blue Earth SOS, il nous revient avec un seinen de 25 épisodes bien plus inspirés par l’univers du comics que celui du manga…

Il y a 10 ans, un mystérieux champ de force d’origine inconnue et nommé “La Porte de l’Enfer” est apparu autour de la ville de Tokyo. Une semaine après, certaines personnes ont commencé à développer des pouvoirs surnaturels : les Pactisants et les Poupées. Les premiers sont des humains qui ont acquis un pouvoir spécial (contrôle de l’électricité, de la glace, capacité de voler dans les airs ou de manipuler la gravité), tandis que les seconds sont dénués de toute personnalité et sont utilisés par les Pactisants pour repérer les leurs. En contrepartie de l’utilisation de son pouvoir, le Pactisant doit effectuer un rituel sous peine de mourir : fumer une cigarette, boire une bière, lire des poèmes… Jusqu’à maintenant, leur existence a été tenue secrète à la population par les services secrets mais un Pactisant au nom de code BK-201 fait parler de lui et tue les siens pour le compte d’une mystérieuse organisation nommée Syndicat… Avec son ambiance jazzy (merci Yoko Kanno), ses nuits claires à la photographie si particulièrement (le jaune et le vert dominent), le Tokyo de Darker than Black trouve davantage ses références dans la culture pop américaine que japonaise. Ainsi, la capitale nippone évoque ces cités labyrinthiques, à la fois grandioses et inquiétantes, telles Metropolis de Superman ou Gotham City de Batman. Des villes qui deviennent de véritables personnages centraux au cœur même de l’histoire. Batman semble être une des sources principales d’inspiration pour Okamura. Le justicier masqué est cité à tour de bras comme en témoigne l’accoutrement (le manteau sombre pare-balles) ou les gadgets du héros Hei. De même, son masque n’évoque t-il pas le visage du Joker ? Les autres influences majeures qui jalonnent Darker than Black sont bien évidemment X-Men pour les humains aux capacités extraordinaires (Pactisant = Mutant) et Ghost Rider pour l’interprétation personnelle du Mythe de Faust. Entre Heroes et les différentes adaptations cinématographiques, les comics envahissent littéralement tous les médias existants depuis quelques temps.

Composée exclusivement de stand alone (une histoire par tranche de deux épisodes), un fil rouge se dégage pourtant à la moitié de la série, avec l’incursion d’une organisation de Pactisants qui, pour sauver les leurs, sont prêts à raser Tokyo de la carte du monde. Encore une fois, le scénario cite ouvertement X-Men avec un sous-texte sur la discrimination raciale. Les humains pensent que les Pactisants sont un danger pour eux à cause de leurs pouvoirs et inversement, certains Pactisants pensent être supérieur à l’Homme. Ce qui entraîne un climat de haine irrémédiable dont la seule issue possible est l’éradication d’une des deux races. Une vision nihiliste de notre société que Stan Lee et Jack Kirby essayaient déjà de dénoncer à l’époque. Malheureusement, le scénario de Shôtarô Suga (Seirei no Moribito, Blood+, GITS : Stand Alone Complex) n’exploite finalement que partiellement le matériel de base et se montre au final que très peu critique envers la société actuelle. En effet, les auteurs semblent se cacher derrière le point de vue - résolument neutre - de Misaki Kirihara (mais aussi celui du spectateur), agent des services secrets chargé d’arrêter le mystérieux BK-201. En plus d’être un personnage stéréotypé (la femme ambitieuse, forcément renfermée mais en quête de réconfort), Misaki s’avère être souvent inutile là où l’on aurait aimé en savoir plus sur Hei. Cet énigmatique Pactisant, joue sur deux tableaux différents. Il est Lee Shenshung le jour, un étudiant chinois vivant seul dans un appartement miteux, tandis que la nuit il revêt le costume de La Faucheuse Noire, un redoutable tueur qui n’hésite pas à tuer les autres Pactisants. Mais derrière cette façade, Hei est un homme tourmenté, en quête de vengeance et à la recherche de sa sœur disparue. Si les autres membres du Syndicat travaillant avec Hei ne présentent pas vraiment d’intérêts à être évoqués ici (surtout le chat qui parle dont je cherche encore l’utilité), on retiendra en revanche les classieux November 11 (un cousin de Iceman) et Wei Zhi-Jun (qui combat avec son propre sang !).

Production BONES oblige, Darker than Black fait preuve d’une technique irréprochable. J’évoquais plus haut l’importance de la ville de Tokyo mais celle est réellement magnifiée par le directeur artistique Takashi Aoi (Ergo Proxy, La Fille des Enfers). Comble du narcissisme (même si c’est amplement justifié), les personnages iront même jusqu’à saluer la beauté de la cité lors d’un dialogue entre Hei et Misaki : “La vue n’est-elle pas magnifique ?”. Autre point remarquable : la modélisation des véhicules frise la perfection jusque dans ses moindres détails (l’intérieur de la Porsche de Misaki). C’est assez rare finalement pour être souligné. L’animation quant à elle fait preuve d’une fluidité exemplaire. Les séquences d’actions sont rares mais quand Hei entre en action, c’est un véritable plaisir pour les yeux (voir le premier combat contre Wei ou l’excitant flash-back dans la jungle). Darker than Black aurait pu facilement postuler comme titre de l’année… Mais malgré la qualité évidente des différentes scénarii, il manque un élément essentiel : de l’émotion. Difficile de s’identifier aux personnages : certains paraissent aussi vides que les Poupées, tandis que d’autres sont tout simplement inutiles (le détective Kurosawa qui détend l’atmosphère…). Darker than Black s’ajoutera donc à la déjà longue liste des très bons titres du studio BONES, mais malheureusement pas parmi les premiers.
3 décembre 2007 à 10:51 (#)
il y a des éléments très intéressants dans l’article (auquel j’avais moins pensé..), mais je suis désolée, DtB n’est pas dépourvu d’émotion !!!
Si on va un peu plus loin (je sais, peut etre meme trop loin mais jai le droit dessayer) il est évident que dès le premier épisode le lecteur est invité à chercher par lui même, car l’oeuvre n’est pas noyée dans les explications, et même poussé à aller au dela de lui meme par la curiosité, la volonté de comprendre.
Il faut un effort, un soupcon de patience aussi, pour comprendre le pourquoi des évènements, les intentions de l’auteur, mais même l’émotion, comme je m’en rends compte maintenant. Parce que moi, l’émotion, je l’ai ressentie dans mon âme, je ne pense pas que les "poupées" comme Yin ou l’aide de "mister glace" transmettent une sorte de fadeur.
Des sentiments ressortent, ce ne sont peut etre juste pas des sentiments qu’on a le plus l’habitude de voir dans les mangas (effectivement, c’est un gros contraste avec negima :p,) mais ils sont bien là, et d’autres apparaissent avec le temps…
je suis desolée, je n’ai pas d’exemples concrets (enfin si, mais il me faudrait tout un commentaire pour exposer tout ce que j’ai à dire et c’est trop long) mais j’aurais fait quelque chose pour exprimer mon ressenti.
ensuite, c’est peut etre un peu enflammé, mais pour ma defense, le fait est que je suis completement "tombée sous le charme " de la serie.
bonsoir
4 décembre 2007 à 02:11 (#)
Après au niveau du "ressentit" ça reste très subjectif à mon sens. Il y a pleins d’élements avancés dans la série qui méritent un développement plus approfondit(la faute au choix de scindé les épisodes de façons indépendantes !). Notamment la relation entre Hei et sa copine qui rajeunit… J’aimerais non pas une suite par exemple mais une préquelle sur les évènements de la Porte du Paradis (avec des fights entre Hei et des Pactisants dans la jungle !).
13 décembre 2007 à 07:52 (#)
Darker than Black, dépourvu d’émotion ? Je me souviens encore des larmes que j’ai posée sur trois épisodes. Non, ce n’est décidement pas un anime qui peut être dépourvu d’émotion. Je m’insurge, et je propose un bloquage de tous les lycées pour la peine ;).
Sinon, ravi de voir que je ne suis pas le seul à surkiffer le personnage de Wei Zhi-Jun. Il en impose le monsieur.
13 avril 2008 à 09:27 (#)
Juste pour signaler qu’un 26ème épisode est disponible en DVD au Japon. Il raconte juste une histoire supplémentaire, donc pas de suite de prévue…