Brave Story
24 janvier 2007 | Par Zak | Publié dans Critiques |
C’était il y a déjà presque quatre années, Kôichi Chigira nous livrait un classique instantané de la japanime avec Last Exile. Pourtant, ce qui devait au départ être un long-métrage de cinéma n’est resté au final qu’une “simple” série animée (j’insiste sur les guillemets). Ainsi, il est difficile de ce faire un nom parmi les grands en restant cantonné au petit écran (tout comme Mahiro Maeda, dont on attend avec impatience son premier long). Mais le studio Gonzo a désormais des ambitions cinématographiques et Brave Story, second film à sortir après le décevant Origine, s’impose donc comme le projet idéal pour passer à la postérité. Pour cela, Chigira adapte un roman d’aventures de Miyuki Miyabe et prend deux figures connues de chez Sunrise pour l’épauler : Ichiro Okouchi au scénario et Yuriko Chiba au chara design et à la direction de l’animation (tous deux ont travaillé sur Planetes et Code Geass - Lelouch of the Rebellion). Mai 2006, le film est projeté en avant-première mondiale au Festival de Cannes. Le début de la consécration ?

Wataru Mitsuya est un jeune garçon de 10 ans. Un soir, en pleine chasse aux fantômes dans une bâtisse abandonnée, il rencontre un étrange garçon qui semble venir d’un autre monde. En réalité, il s’agit de Mitsuru Ashikawa, le nouvel élève de sa classe. Ils se lient rapidement d’amitié mais ce dernier cache un sombre passé et veut changer son destin en allant à Vision, un monde alternatif où les souhaits deviennent réalité. Lorsque le père de Wataru décide de quitter le cocon familial pour une maîtresse et que sa mère se retrouve à l’hôpital, le jeune garçon voit le monde s’écrouler autour de lui. Il décide alors de franchir cette porte gigantesque qui mène à Vision dans le but de changer, lui aussi, sa destinée… Ouf ! Pour ce second essai cinématographique, Gonzo montre enfin les dents et signe un film rivalisant sans vergogne avec les meilleurs titres de ces dernières années. S’adressant autant aux enfants qu’à leurs parents, Brave Story est une longue quête initiatique à travers un monde fantastique où les chevaliers côtoient les dragons. Si l’originalité n’est pas de mise, les fans de jeux de rôle apprécieront les multiples références avec recherche de trésors et upgrade d’armes (Zelda powa !). Cependant, Brave Story étonne par ses partis pris (Ashikawa prêt à tout pour réussir sa quête, y compris à tuer), son étonnante noirceur (le discours du père de Wataru sur le point d’abandonner sa famille, le drame qu’à vécu Ashikawa, l’invasion des démons) et la réflexion, certes naïve, mais profondément humaniste sur la notion de destin (le bonheur ne peut exister sans le malheur). La mise en scène de Chigira colle à ses personnages, les rend immédiatement sympathiques aux yeux du spectateur, sans pour autant négliger les scènes d’actions (Wataru contre le monstre marin, l’attaque du golem, le duel de magicien, etc.).

Si les enfants apprécieront sûrement le formidable film d’aventures, les plus âgés pourront peut être émettre différentes interprétations quant au voyage de Wataru. Ainsi, on peut aisément extrapoler sur le fait que le jeune garçon s’invente un monde merveilleux pour échapper à la triste réalité. Même si le happy end final contredit cette hypothèse (en plus de renier l’aspect jusqu’au-boutiste du film, mais c’est un autre problème), il se peut que Wataru essaye de trouver une conclusion heureuse à son voyage et ce, par tous les moyens… imaginaires. Quoi qu’il en soit, Brave Story confirme le talent indéniable de Kôichi Chigira (on le savait depuis Full Metal Panic! de toute façon) même si on regrettera que certaines intrigues secondaires soient laissées en suspens (quid du père de Miina ?). Sorti depuis maintenant six bon mois au Japon, Brave Story reste malheureusement encore inédit dans l’Hexagone. On attend donc la sortie française avec impatience car Brave Story est une œuvre riche, immersive, émotionnellement intense, doublée d’une réflexion de notre société moderne (le divorce et ses ravages). Tout simplement magique.