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Bokurano

20 avril 2008  |  Par Zak  |  Publié dans Critiques  |  lu 1 748 fois

bokurano.jpgMohiro Kitoh n’est pas un mangaka dont les œuvres laissent indifférentes. Son premier titre Narutaru (adapté en série animée en 2003) ne passa pas inaperçu de par son jusqu’au-boutisme et son côté trash assumé. En 2003, il débuta Bokurano, énième histoire de mécha en apparence mais véritable étude de la nature humaine par le biais d’un thriller psychologique. Aujourd’hui, ce seinen compte huit volumes et en 2007, le studio Gonzo adapta l’histoire en format de 24 épisodes. Seulement voilà, au moment de la diffusion seuls six tomes furent disponibles, ce qui laissait présager que, soit Gonzo allait conclure à leur façon, soit ne pas conclure du tout (rappelez-vous de Pumpkin Scissors !). Bien heureusement, la première option fut choisie mais à quel prix ?

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Quinze enfants, huit garçons et sept filles, partis ensemble dans un camp d’été décident d’aller visiter une grotte. Ils trouvent, à leur grand étonnement, plusieurs ordinateurs à l’intérieur et un homme mystérieux du nom de Kokopelli. Ce dernier leur propose de jouer à un jeu vidéo dont le but est de piloter un mécha et sauver la Terre de la destruction. Emballés par le concept, les enfants signent le contrat sauf Kana, la plus jeune du groupe. Ils se réveillent tous un peu plus tard sur la plage en se demandant si ce n’était pas un rêve. C’est alors qu’un gigantesque robot de plusieurs centaines de mètres apparaît devant eux. Kokopelli les téléporte à l’intérieur et leur explique le déroulement du jeu : ils doivent combattre les méchas ennemis qui apparaissent et seule la destruction d’un des deux marquera la fin de la bataille. La légende des quinze garçons et filles peut commencer… Il est évident que la noirceur de l’œuvre de Kitoh ne pouvait pas débarquer, comme cela, à la télévision. Le réalisateur Hiroyuki Morita (Le Royaume des chats) signe donc une version adoucie, voir aseptisée, tout en gardant la substance principale du matériau de base. Ses fracassantes déclarations sur le fait qu’il n’aimait pas le manga ont fait jaser dans les chaumières au moment de la diffusion de la série. Si les changements opérés par le studio Gonzo ont été fait en accord avec le mangaka, ce dernier n’a pas hésité à contre-attaquer en disant que les fans devaient éviter l’animé. Pourtant la série est fidèle, à quelques exceptions près, durant les 13 premiers épisodes. Seul le reste propose de l’inédit lorsque l’animé rattrape l’histoire du manga (au moment où Yôsuke doit piloter).

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À ne pas lire sans avoir vu la série.

Derrière cette banale histoire de monde à sauver et d’adolescents pilotant un mécha, Kitoh signe une œuvre atypique, plus axée sur la psychologie que sur les affrontements (peu présents mais spectaculaires tout de même). Ainsi, chaque personnage aura droit à un développement plus ou moins approfondit de sa vie et de ses motivations personnelles. La terrible révélation du quatrième épisode arrive comme un coup de boutoir pour nos jeunes héros. Ainsi s’ils veulent sauver le monde, ils doivent vaincre l’ennemi et mourir car Zearth, nom donné au mécha par l’un des personnages, utilise toute l’énergie vitale de son pilote. Faut-il alors se sacrifier en martyr pour protéger sa planète, les gens qu’on aime, alors que nous sommes juste des adolescents de 13 ans ? Kitoh aborde l’attente de la mort de manière frontale en dépeignant la vie d’enfants en pleine transition vers l’adolescence. Ainsi, pour chaque nouveau pilote, le spectateur apprend à connaître celui désigné par Coemushi, le « maître du jeu », une peluche vivante à la fois mignonne et terrifiante (doublé par Akira Ishida, qui semble s’amuser comme un fou dans le rôle). Des histoires souvent touchantes, réalistes et sonnant justes mais qui peuvent êtres très glauques aussi. On y évoque le pouvoir et l’argent (Masaru), la famille (Daiichi), la pédophilie (Chizuru), la prostitution (Mako), la mort (Kunihiko), la vie (Maki), le suicide (Yôsuke), la célébrité (Aiko), la politique (Takami) et l’absence de la mère (Jun). C’est l’âme même de l’humanité qui est sondée à travers ces portraits. L’auteur n’hésite pas à faire en sorte que le spectateur s’attache le plus possible aux héros alors qu’il va pourtant les faire disparaître quelques instants plus tard. On s’aperçoit alors que la plupart sont des victimes de la société en plus d’avoir un terrible destin. Et bien que n’y allant pas de main morte, jamais Kitoh ne tombe dans la caricature et le misérabilisme.

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L’intrigue de son côté est continuellement relancée par des révélations et autres rebondissements. Qui n’a pas été sous le choc de voir Takashi, celui désigné comme le héros principal de l’histoire, mourir dès le deuxième épisode ? Ou bien, d’apprendre que les méchas ennemis sont pilotés par des humains venant d’autres dimensions et défendant leur propre Terre ? Bokurano est riche en surprises et l’on sent que Kitoh sait dans quelle direction il se dirige. Malgré cela, le réalisateur Hiroyuki Morita changea quelques éléments de l’œuvre originale. La première grosse différence vient de l’ordre de passage des enfants. Ainsi, désormais Isao et Chizuru passent avant Daiichi et Mako. On trouve d’ailleurs une énorme différence dans l’histoire des deux premiers. Dans le manga, Chizuru tuait Isao en l’égorgeant alors qu’il était aux commandes de Zearth. Une séquence bien trop « hard » pour la télévision changée ici en accident (Isao meurt écrasé). De même, le portrait de Chizuru est plus soft. Viennent ensuite des détails comme le fait que Coemushi coupe le bras de Seki lors de leur première rencontre et que les méchas ennemis sont différents. On dénote aussi des ajouts comme le fait que le pilote désigné porte un tatouage et que Coemushi détermine l’ordre de passage. Pour les 11 derniers épisodes, la série diffère du manga. Les histoires de Yôsuke, Aiko, Takami, Jun et Kana sont totalement inédites. En revanche, seuls les passages aux commandes de Zearth de Takami et Aiko sont inversés. Morita profite alors de ce champ libre pour faire intervenir davantage le gouvernement sur l’affaire (dans le manga, c’est surtout les médias) en transformant l’intrigue en thriller politique. Ainsi, il n’hésite pas à pointer du doigt des politiciens véreux et manipulateurs qui cherchent à tirer profit par tous les moyens et ce, quelque soit la situation (ici l’enjeu est la survit de l’humanité quand même !). Bien heureusement, la série dispose d’une fin même si certaines questions restent en suspens (notamment sur ceux qui tirent les ficelles de tout ça).

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Il est évident que toute la partie inédite au manga n’arrive pas au niveau de ce dernier (tout en restant très bonne). Mais jamais Hiroyuki Morita ne trahit l’esprit de l’œuvre originale sauf durant une séquence : la mort de Tanaka. Complètement flinguée (ah ah !) par des choix de mise en scène à la ramasse, la séquence tombe à plat et Tanaka disparaît comme une merde. Dommage de sacrifier de cette façon un personnage aussi capital. En somme, la série est un bon complément au manga, certes moins trash, production TV oblige. En revanche, la charte graphique du manga est respectée et le chara design est fidèle. Le niveau technique général varie comme souvent chez Gonzo, du meilleur au beaucoup moins bon. Si la musique de Yûji Nomi (Le Royaume des chats) est discrète, les effets sonores se révèlent être une véritable réussite. Ainsi, à chaque fois que l’alarme retentit marquant l’arrivée des méchas, un frisson parcourra l’échine du spectateur. De même, les bruitages mécaniques accompagnant les déplacements de ces gigantesques titans d’acier donnent un cachet rétro futuriste appréciable à l’ensemble. Il est cependant regrettable que Gonzo ait choisi la 3D pour la modélisation des méchas. Elle n’apporte rien, en plus d’être mal intégrée et renforce le côté « balourd » des machines. Mais comme précisé plus haut, Bokurano n’est pas une série que l’on pourrait hâtivement classer dans le genre « mécha ». Par contre, si vous aimez les histoires d’amitié et de sacrifice, tout en montrant la face cachée d’une humanité gangrenée de l’intérieur, Bokurano est pour vous. Ils étaient quinze mais formaient un tout…

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