Blood+
11 novembre 2006 | Par Zak | Publié dans Critiques | 5 commentaires | lu 1 912 fois
Blood+ où comment transformer un moyen-métrage anecdotique en saga ambitieuse. C’est la mission que s’est donné Production I.G, studio créé en 1987 et réputé depuis grâce à des titres comme Ghost in the Shell ou Jin-Roh, la brigade des loups. Blood+ est la première réalisation de Jun’ichi Fujisaku, anciennement scénariste sur Ghost in the Shell : Stand Alone Complex, pour un total de 50 épisodes (diffusés entre octobre 2005 et septembre 2006). Une durée importante et significative des ambitions de départ. Ajouter à cela trois mangas : une adaptation de la série, une histoire centrée sur la quête de Saya et Hagi dans la Russie des années 20 et une histoire solo sur Hagi. Sans oublier le roman écrit par Mamoru Oshii en personne et qui vient de sortir chez nous. Ainsi, ce qui ne devait être au départ qu’un essai cinématographique est devenu une saga évènementielle, guerrière et surtout sanguinaire.

Okinawa, de nos jours. Saya Otanashi est une jeune lycéenne presque comme les autres. « Presque » car elle n’a aucun souvenir datant de plus d’un an et une étrange maladie l’oblige à se faire transfuser du sang régulièrement. Vivant sans histoire avec son père adoptif, George Miyagusuku, et ses deux frères Kai et Riku, Saya va pourtant voir sa vie basculer un soir dans son école. Attaquée par une créature monstrueuse répondant au nom de « Chiroptère », elle est sauvée in extremis par un énigmatique violoncelliste du nom de Hagi. Ce dernier lui tend un sabre et réveille en elle ses instincts de tueuse. Après s’être débarrassée du monstre, Saya découvre l’existence d’une guerre de l’ombre entre les Chiroptères et une organisation secrète, le Bouclier Rouge. Engagé pour combattre à leur côté, Saya part en quête de son passé et de ses origines… Blood : The Last Vampire (2000) de Hiroyuki Kitakubo (Roujin Z) est loin d’avoir la même réputation que les autres titres sortis du studio. Mais le film a le mérite d’avoir fait parlé de lui pour son côté jouissif et surtout pour son visuel magnifique (le chara design de Katsuya Terada notamment). Si la série animée reprend le personnage principal (Saya) et les ennemis (les Chiroptères), elle s’éloigne sensiblement du traitement apporté par Hiroyuki Kitakubo et son équipe. L’histoire se déroule chronologiquement une trentaine d’années après les évènements du film et nous présente une Saya amnésique, ignorant complètement son passé de tueuse… jusqu’à sa rencontre avec Hagi. Ainsi, la quête de ses souvenirs fera office de fil conducteur durant toute la première partie de l’animé. Tandis que La seconde sera consacrée à la « guerre » opposant le Bouclier Rouge et les Chiroptères.

Le but de la série a été véritablement de créer une mythologie autour de l’univers de Blood. Les origines de Saya seront dévoilées au cours de l’histoire, tout comme celles des Chiroptères. L’utilisation de flashs-back est récurrente et le spectateur découvre le passé de l’héroïne en même temps qu’elle (des brides de mémoire lui reviennent petit à petit). Blood+ dispose aussi d’un nombre important de protagonistes, si bien que l’on peut parler d’œuvre « chorale » (Saya ne monopolise pas l’écran). Tous ces personnages évoluent dans de nombreux lieux différents : Londres, Paris, Bordeaux, New-York ou encore la Russie et le Vietnam. Ce côté « globe-trotter », fortement appréciable, permet de relancer systématiquement l’intrigue (nouveau lieu, nouveaux enjeux). Cette construction scénaristique rappelle fortement celle de Monster, ce qui est plutôt un compliment. Contrairement aux traditionnels récits vampiriques comme Hellsing ou Trinity Blood, la série de Production I.G propose une variation du mythe. Le Chiroptère comme son nom l’indique est un démon dérivé de la chauve-souris. Un vampire, en somme. Sauf que les individus infectés prennent l’apparence d’un monstre assoiffé de sang et ne peuvent plus redevenir humain. Saya est aussi un Chiroptère, mais d’apparence humaine et son sang peut détruire les siens. Hagi est son Chevalier (son protecteur) car il a bu son sang. Ce qui fait de lui un Chiroptère supérieur, immortel et capable de revenir à sa forme humaine s’il se transforme. Il existe aussi des Chiroptères créés génétiquement : les membres du Schiff. Ils sont aussi puissants que les Chevaliers mais possèdent une durée de vie limitée et craignent le soleil… Comme vous le constatez Blood+ ne se cantonne pas un seul type de vampire, il existe une « caste ». Mais l’animé propose surtout une version moderne et scientifique du mythe : le vampirisme est assimilé à un virus, capable de servir d’arme bactériologique.

Blood : The Last Vampire est un film avant tout porté sur l’action, du fait de sa durée limitée. Néanmoins, c’est loin d’être le cas de Blood+, qui, à l’instar d’animés de « combats » tels que X ou My-HiME, privilégie les personnages et leurs relations. Saya est une héroïne complexe, tiraillé entre l’amour des siens et son destin. Kai cherche à garder sa sœur auprès de lui car elle représente sa seule famille. Hagi veut protéger sa « maîtresse » pour tenir la promesse qu’ils se sont faite jadis. David veut suivre le chemin de son père et accomplir sa mission, au détriment de tout attachement sentimental. Les membres du Schiff cherchent à survivre par tous les moyens. L’ennemi n’est pas en reste puisque Solomon tombe amoureux de Saya, alors que Karl ne vit que pour la tuer, etc. Bref, tout ce petit monde souffre à sa façon et essaye de faire ce qu’ils croient juste. Paris. Kai vaque dans la ville. Il est seul, pensif. Par le fruit du hasard, il aperçoit Irène, une Schiff, soit une ennemie. Affaiblie par un manque de sang, Irène est attaquée par des voyous. Kai la défend et se débarrasse de ses assaillants. Irène ne comprend pas son geste. Pourquoi aider un ennemi potentiel ? Leur rencontre sera donc pacifique. Ils passent la journée ensemble, dans les rues, à discuter. Irène découvrira un sentiment humain qui lui était inconnu : l’amitié. Si les membres du Schiff s’humanisent au contact de Kai, la ville de Paris joue aussi un rôle fondamental. Hagi raconte qu’il aimait, à l’instar de Kai dans cette séquence, se promener seul. Qu’il prenait cela pour une expérience sensorielle, lui permettant de se retrouver, de se rappeler qu’il est toujours capable de sentiments et qu’il peut ressentir des choses. On remarquera que les japonais semblent toujours aussi fascinés par la capitale française…

Blood+ réserve toutefois quelques moments particulièrement jouissifs (ce n’est pas non plus du contemplatif pendant 50 épisodes !). Par exemple à l’épisode 12, Saya et un commando du Bouclier Rouge se retrouvent aux prises avec des bébés Chiroptères dans la jungle Vietnamienne. Une séquence bien gore, à la limite de déviance (les Chiroptères étaient des enfants humains juste avant) mais surtout franchement fun ! On citera aussi l’épisode 16 avec le voyage dans le transsibérien et sa tension montant graduellement jusqu’au final explosif. Côté affrontement, celui opposant Hagi à Solomon au milieu des immeubles new-yorkais (épisode 43) est indéniablement un des meilleurs de la série. Enfin, préparez vos mouchoirs pour la cruelle mise à mort d’un des personnages principaux à l’épisode 32, le sublime lever de soleil de l’épisode 45 et la toute dernière réplique de Hagi. On arrive bientôt à la fin de cet article et le nom de Mark Mancina n’a pas encore été évoqué. Toutefois, s’il y a bien un élément qui fera l’unanimité dans Blood+, c’est bien sa bande originale. Production I.G est allé jusqu’au États-Unis pour chercher le compositeur. Si Hans Zimmer (Gladiator, Pirates des Caraïbes, le secret du coffre maudit) a d’abord été approché, c’est finalement Mark Mancina qui fut engagé (Zimmer produisant tout de même la BO). Training Day, Speed, des Disney comme Tarzan ou Frères des ours ont prouvé que Mancina était un auteur talentueux. La preuve en est, son score pour Blood+ est exceptionnel. Certains réalisateurs de cinéma tueraient pour obtenir les thèmes musicaux de l’animé. Je pense notamment à Blood Grand Theme, morceau fortement inspiré des travaux de Hans Zimmer, le baroque et majestueux The Vampires’ Threat ou encore Being Chased, aux consonances rappelant le thème principal du film Predator (soit le score ultime d’Alan Silvestri !).

Plus important, la musique est un personnage à part entière et son rôle qui va au-delà de la simple illustration sonore. Sa présence est importante et elle confère une grande puissance émotionnelle (le retour de Saya après son exil est à frissonner !). La voix caverneuse Jouji Nakata (Amshel) enjolive le tout, tout comme les présences d’Akira Ishida (Joel), Keiji Fujiwara (Nathan), Nozomu Sasaki (Carl), soit quelques-uns des plus talentueux seiyuu actuels. Que du bonheur pour les oreilles. Si l’univers sonore de Blood+ frise la perfection, on ne peut pas dire que ce soit le cas de l’animation. La déception est considérable venant d’un studio réputé pour son irréprochabilité dans ce domaine (voir par exemple Ghost in the Shell : Stand Alone Complex). Jun’ichi Fujisaku semble beaucoup plus à l’aise pour raconter des histoires que pour les mettre en images. Les affrontements manquent souvent de punch, malgré la présence éclair de Shigeyasu Yamauchi sur l’épisode 40. On regrettera aussi un chara design signé Chizu Hashii trop approximatif (Kai est malmené du début à la fin). Il est loin le trait virtuose de Terada… Le scénario n’est pas non plus exempts de critiques. Bon nombre d’épisodes auraient pu passer à la trappe. L’histoire de Blood+ a tendance à stagner, à se répéter, même si de nombreux éléments viennent souvent relancer l’intérêt (comme le changement de lieux évoqués plus haut ou la multiplication des intrigues secondaires). Des menus défauts qui empêcheront la série de devenir un classique dans son genre. Quoi qu’il en soit, la série de Production I.G a le mérite d’avoir une véritable conclusion, soit une chose essentielle dans une saga. Cependant, Saya nous reviendra rapidement puisqu’on nous promet déjà un long-métrage live réalisé par Ronny Yu (Le Maître d’armes) pour 2008. En attendant, Nankurunaisa !
3 février 2009 à 03:34 (#)
Moi j’ai juste une question ! A quand la sortie de cette superbe anime en dvd en France ?? Bientôt j’espère !
3 février 2009 à 10:11 (#)
La série n’est toujours pas acheté pour la France donc… patience !
4 février 2009 à 07:21 (#)
Pourtant il a été licencié chez Dybex … cela doit être un Fake.
4 février 2009 à 06:31 (#)
Cela n’a jamais été confirmé par Dybex en tout cas.
4 février 2009 à 06:46 (#)
C’est bien dommage, Dybex devrait y penser.