Abenobashi Magical Shopping Street

12 octobre 2006  |  Par Zak  |  Publié dans Critiques  | 

Coproduit en 2002 par le légendaire studio GAINAX et Madhouse Studios, Abenobashi Magical Shopping Street illustre parfaitement la politique du studio qui donna naissance à Neon Genesis Evangelion : faire des séries sur le phénomène otaku (passionné monomaniaque d’animés, de jeux vidéo et de figurines). En effet, l’otaku fut considéré au départ comme un inadapté social, mais après la création de GAINAX (composé essentiellement d’otakus), la donne fut changée grâce à la production d’œuvres de réflexion portant sur le phénomène en lui-même (Otaku no Video). Avant d’être une comédie parodiant nombre d’animés ou de films, Abenobashi parle avant tout de l’otaku, ignorant la réalité et s’inventant des personnages et mondes fantaisistes issus de ses fantasmes.

Sasshi et Arumi sont amis depuis l’enfance et vivent dans le quartier marchand d’Abenobashi, dans la banlieue d’Osaka. Le quartier en question voit ses habitants expropriés en vue d’un réaménagement. Seul Masayuki, le grand-père d’Arumi, s’y oppose fermement. C’est dans ce contexte dramatique que les deux jeunes gens apprennent par hasard que les quatre fauves divins protégeant les points cardinaux du quartier marchand sont vénérés dans leurs boutiques respectives. Il semblerait y avoir un lien étroit avec le Sanctuaire Seimei qui se trouve à l’extrémité du quartier marchand. Suite à un accident, Masayuki brise l’enseigne “Pelican” (qui est en fait l’un des quatre fauves divins) de la boutique d’Arumi. Le soir où l’expropriation aurait dû commencer, un évènement étrange se produit. Le lendemain, Sasshi et Arumi s’égarent dans le Sanctuaire Seimei et se retrouvent dans un monde insolite. Complètement différent du quartier habituel, c’est un quartier marchand magique qu’ils découvrent, où le bon sens n’a plus sa place. Que font-ils là ? Pourront-ils rejoindre le monde réel ? Nous retrouvons à la réalisation un habitué des productions GAINAX en la personne de Hiroyuki Yamaga, auteur du célèbre film Les Ailes d’Honneamise et de la série Mahoromatic. Hideaki Anno fait même parti du staff puisqu’il participa au storyboard du 13ème et dernier épisode. Enfin, la musique est signée Shiro Sagisu (Bleach, Nadia et le Secret de l’eau bleue ou encore le film live Casshern). Dans cette comédie, nous allons suivre les pérégrinations de nos deux héros, Sasshi et Arumi, dans divers mondes plus loufoques les uns que les autres : la préhistoire, le polar, la science-fiction, l’heroic fantasy, la guerre ou encore le monde multi-référentiel de Hollywood. Chacune de ses destinations fait l’objet d’un épisode. La raison de ses voyages deviendra une évidence au fil du temps : ces mondes sont créés par l’imagination de Sasshi (qui est un otaku), celui-ci ne veut pas retourner à la réalité au risque de perdre Arami.

Dans chaque monde, nous retrouveront les mêmes personnages : Masayaki évidemment, mais aussi “Papain”, le père d’Arami et son délicieux accent français, Sayaka, la grande sœur de Sasshi, Tarô, son grand-père, Munemune, une jeune femme aux attributs impressionnants et le mystérieux Yutas qui semble avoir un lien avec les voyages. Chaque personnage ayant un rôle différent suivant le monde (tout en gardant leur personnalité d’origine). Abenobashi joue donc la carte de la parodie et n’hésite pas à égratigner ce que vénèrent les otakus : les jeux vidéo pour le monde de l’heroic fantasy, les animés de baston pour le monde de Hong-Kong, etc. On retiendra surtout l’épisode shôjo où Sasshi se retrouve dans un collège uniquement constitué de filles canons ainsi que l’épisode se déroulant à Hollywood et parodiant un nombre incalculable de films en peu de temps (Terminator, The Thing, Retour vers le futur, Titanic et j’en passe). À contrario, certains épisodes sont complètement ratés comme celui de la guerre et celui du monde féerique où l’humour tombe généralement à plat. La série joue essentiellement sur les codes de la parodie (comme Excel Saga), de ce fait le même schéma est répété à chaque épisode (on prend un univers et on se moque de lui). Le scénario en pâtit nettement et la psychologie des personnages se révèle extrêmement mince. Les auteurs essayent bien d’instaurer un semblant d’histoire (notamment lors de l’épisode révélant l’identité de Yutas) mais en vain puisque dès que les scènes comiques sont laissées de côté, l’ennuie guette. De plus, certains clichés ne font pas dans la finesse : l’otaku est masculin et la fille est toujours là pour le ramener à la réalité preuve d’une plus grand maturité ou alors l’abus de fan-service certes drôle au début mais gavant à force.

Abenobashi Magical Shopping Street ne s’inscrira pas au panthéon des succès de la GAINAX mais fera passer un excellent moment en la compagnie de Sasshi et Arumi. La série est disponible en deux coffrets chez Déclic Images (simple et collector, VOSTF uniquement). Il est dommage encore une fois que la qualité inégale des épisodes empêche la série de Hiroyuki Yamaga de passer le stade de la simple parodie (d’autant plus que la critique envers le phénomène otaku est trop gentille). Et dire que c’est la dernière série du studio qui soit regardable… C’était mieux avant.

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