Heat, le manga culte de Buronson et Ryoichi Ikegami
5 avril 2008 | Par Reith Saji | Publié dans Manga | 2 commentaires | lu 597 fois
Heat, un doux nom, trop, pour un manga de cette envergure. La production de manga au Japon s’étend à perte de vue. Ce n’est pas une si bonne chose puisque par cet agglutinement de séries sortant en même temps, cela nous fait passer à côté de véritables perles rares qui donnent un sens au manga et à toute la communauté dont nous faisons partie. Heat, un nom qui semble si simple mais qui se révèle particulièrement compliqué une fois que l’on prend le courage de lire les premières pages. Sorti en 2002 au Japon mais édité en France qu’en 2007, ce seinen frappe fort avec un total de 17 volumes dont 12 actuellement chez nous.
Heat est ce que j’appelle un manga à but intellectuel, c’est-à-dire que l’auteur, Buronson, à qui ont doit le scénario de Hokuto no Ken et Sanctuary, traite d’actualité et analyse le milieu mafieux japonais de façon minutieuse. En effet, Buronson s’inspire de faits réels des années 90 pour concevoir Heat et ainsi il obtient en 2002 le prestigieux Shogakukan Manga Award. Un tel projet méritait un dessinateur de talent, un dessinateur qui partage la même vision et qui porte le même intérêt pour la littérature. Qui mieux que Ryoichi Ikegami, à qui l’ont doit le mythique manga, Crying Freeman, pouvait prétendre travailler au côté de Buronson. Ces deux artistes sont de vieux amis et n’hésitent pas à collaborer ensemble dès que l’occasion se présente. C’est pourquoi nous retrouvons ce magnifique duo pour le manga Sanctuary qui fut un best-seller au Japon. Je tiens à prévenir que quand ces deux artistes collaborent ensemble, toutes leurs œuvres deviennent des références au Japon. Cependant ces genres de manga en France peuvent ne pas plaire à tous le monde (il faut de tout pour faire un monde), car certains lisent pour s’évader, d’autres pour se divertir, ou encore pour faire comme tout le monde. C’est ce qu’il y a de bien avec le manga, il n’y en a pas au rabais, chacun à son style donc ces qualités et ces défauts. Heat est beaucoup plus qu’un simple manga, il incarne à lui seul un monument dans le domaine de la bande dessinée japonaise, et surtout il relève le niveau des mangas déconcertant qui sortent en France actuellement.


Disponible en France grâce aux éditions Kabuto, Heat met en scène Karasawa Tatsumi, un usurier et copropriétaire d’un club dans le quartier Kabuchi-cho (quartier des plaisirs et du divertissement à Tokyo). Associé avec son ami, Itami, Karasawa est un vagabond qui souhaite faire du quartier Kabuchi-cho un havre de paix. Malheureusement, Karasawa à un problème avec l’autorité, ce qui l’incitera à prendre en main la direction du quartier Kabuchi-cho. Nous voici spectateur de son ascension dans ce quartier détenu par les plus puissants Yakuza mais surtout par des politiciens qui ne sont pas prêt à laisser cette mine d’or aux mains d’un rebus de la société. Le personnage de Karasawa Tatsumi est assez difficile à cerner puisqu’il se considère comme une Grue, le faible oiseau qui à la faculté de manipuler ces prédateurs par son envol. Tatoué d’une grue au dos qui marque sa liberté, il va créer une véritable philosophie à travers les chapitres dont tous ceux qui seront à son contact entreverront le chemin qui mène au noble sentier octuple. Attention, ne pas confondre Heat avec Sanctuary pour ceux qui l’ont déjà lu, parce que ça ne traite pas d’un yakuza qui prend possession d’un quartier et qui se bat contre les autres clans. Mais d’un homme honnête qui va devoir se salir les mains pour assurer une vie paisible à ceux qui l’entourent. Ce qui lui vaudra les foudres de différents clans yakuza et de personnes très influentes qui désirent garder le contrôle de ce quartier car c’est une énorme source de revenus pour les plus corrompus. Malgré tout, le code d’honneur de Karasawa est universel, n’importe qui peut être convaincu par son engagement envers ces principes et cela lui apportera le soutien de certains yakuza et fonctionnaires qui verront en lui l’honneur du samouraï.
Derrière la fiction se cache une part de réalité, c’est d’ailleurs une analyse minutieuse du milieu mafieux japonais pourrait-on dire. Buronson a voulu constituer une série qui montre jusqu’où un homme peut se battre pour ces idéaux et ses principes même si cela le conduit à prendre la voie du crime. L’auteur a également avoué que Heat était pour lui, beaucoup plus qu’une histoire sortie de son imagination mais une étude sérieuse établit à partir de longues recherches complètes et de contacts avec des yakuza qu’il a interviewé. La psychologie de Karasawa Tatsumi ne laisse pas indifférent car elle est réelle, nous sommes en présence d’un individu, qui considère la vie comme une bénédiction et qui ne peut supporter que les plus forts s’attaquent au plus faibles. Engagé dans ces actions, et prêt à revendiquer ces choix, Heat nous montre avec classe, l’étendu d’un homme qui deviendra vite une référence pour les lecteurs. Karasawa est un anti-héro puisque sa façon de résoudre les problèmes qui l’entoure se rapproche de celle d’un yakuza et non d’un bon citoyen. La différence entre yakuza et Karasawa ? Le fait qu’il ne dépend d’aucun clan, d’aucune autorité, nul ne peut le commander, et que ceux qui travaillent pour lui sont tous maîtres de leur destin, prennent leurs propres décisions pour ne rien regretter par la suite, savoir jusqu’où chacun est capable d’aller afin de protéger ce pour quoi ils vivent. Dans ce manga vous retrouverez gunfights, combats à mains nues et enquêtes policières, amitiés, trahisons, etc. Heat est si riche littérairement parlant qu’il est difficile d’énumérer les styles dont il est constitué, on a de tout sachant que la toile de fond est l’univers des yakuza.


Qui est Karasawa Tatsumi ? Une histoire romancée inspiré d’un homme ayant réellement vécu dans un Tokyo des années 80/90 et qui a voué sa vie à faire du quartier Kabuchi-cho un lieu où la cohabitation des différences soit un atout pour le Japon et non un sujet de collision. Aussi bien poignant que captivant, Heat mélange les genres tout en gardant une originalité jusqu’alors inégalée. Chaque personnage à un rôle important car dans la vie, il est impossible d’être doué dans tous les domaines et de tout connaître. La diversité des personnages apportent un réel intérêt dans l’histoire car Karasawa seul n’est rien, c’est avec sa “bande” qui s’agrandit de volume en volume qu’il peut imposer sa vision de liberté autour de lui. On est très loin d’un personnage comme Ryô Saeba par exemple, cette fois-ci nous sommes en présence d’un personnage qui gagne en force grâce à tout ceux qui l’entoure. Withman a dit un jour, “il y a en chacun de nous, une conscience, une pensée qui s’élève, indépendante, séparée de toutes les autres, calmes comme les étoiles, brillant éternellement.”. C’est ainsi que je qualifierai Karasawa Tatsumi. Pour Karasawa, la jouissance de la vie comprend beaucoup de choses. L’essence du bonheur en nous-mêmes, en la vie, en la famille, en la nature (arbres, fleurs, nuages, ciel, terre…), mais également en l’art (poésies, littératures, cultures, etc.), dans les relations entre les individus, toutes sont des formes de communion de l’esprit et amènent au bonheur. Le personnage principal a plus de défauts que de qualités car il est humain. Chaque page qu’on tourne nous fait prendre conscience que le bonheur est à nos pieds, et qu’il n’y a pas besoin d’être milliardaire pour profiter des moments qui ponctuent chaque jour notre quotidien. Le plus surprenant est aussi l’évolution de Karasawa, qui mûrit à chaque nouveau tome ce qui a pour conséquence de rendre l’histoire encore plus bouleversante car nous suivons ce personnage à travers le temps qui s’écoule. Heat demeure pour beaucoup, un des meilleurs mangas publiés en France (avec Berserk, Jojo’s Bizarre Adventure, Hokuto no Ken, Sanctuary, Grappler Baki, et d’autres qui innovent encore et toujours le manga), et je remercie les éditions Kabuto qui grâce à leurs choix judicieux de favoriser les œuvres de Buronson et Ryoichi Ikegami, nous font partager une culture japonaise mal connue.
Alors le manga Heat, simple bouquin ou véritable doctrine ? Chacun est libre d’y voir ce qu’il souhaite, pour ma part, je vois à chaque nouveau volume de Heat, une mine de savoir qui enrichit considérablement ma culture générale mais également mon ouverture d’esprit. Il est vrai que les fans de manga sont considérés comme des communautaristes (restant qu’entre eux), Heat ouvre véritablement la porte qui séduira tous ceux qui souhaitent découvrir un Japon réaliste et haletant ainsi qu’une pensée littéraire du savoir vivre en société. Mon article trop subjectif ? Très certainement, cependant, il faut savoir regarder au delà des murs, et se faire sa propre opinion sur ce qui nous entoure. Le manga Heat est une source riche traitant de la relation entre les gens, chose qu’en France nous perdons de plus en plus. L’individualisme a prit le pas sur la solidarité, la peur s’est imposée contre la découverte des différences qui constitue la nation française. Diviser le peuple pour mieux régner, tel est la politique française. Dans une époque où l’incertitude s’étend, il est temps de prendre position, et penser par soi-même. Mettre de côté tous les préjugés c’est ce que le manga Heat essaye de faire passer comme message. Heat n’est pas unique, mais original, tout comme d’autres manga. Ce style doit nous amener à prendre conscience qu’il n’y a pas d’ennemis autour de nous mais des différences qu’il faut apprendre à connaitre car chaque chose qui nous est étranger nous enrichis personnellement, spirituellement, culturellement, etc. Je terminerai mon article sur le manga Heat avec les mots de Riku Jôshima : “Notre monde est dominé par la discrimination ! L’inégalité devant les aptitudes constitue la base de sa mécanique ! Que comptes-tu faire ?”
5 avril 2008 à 08:33 (#)
Très bel article, voilà qui donne envie d’y jeter un oeil !
8 juin 2008 à 01:02 (#)
Bon article, bonne description, il y a des points ou je suis d’accord et d’autres non. Tant que le principal est dit !
Le tome 13 devait sortir, mais je n’ai pas de nouvelles… et de votre coté?
P.S : Buronson et Ikegami ont de nouveau collaboré pour LORD des editions Pika ( on reconnait tout de suite la tête de M’sieur Kara )